le Samedi 18 mai 2024
le Jeudi 10 août 2023 7:00 Politique

Rencontre avec Randy Boissonnault : le nouveau visage des langues officielles

Randy Boissonnault est maintenant responsable du portefeuille de l’Emploi, du Développement de la main-d'œuvre et des Langues officielles. Photo : Chambres des communes
Randy Boissonnault est maintenant responsable du portefeuille de l’Emploi, du Développement de la main-d'œuvre et des Langues officielles. Photo : Chambres des communes
(IJL - RÉSEAU.PRESSE - LE FRANCO) - Le député francophone d’Edmonton-Centre, Randy Boissonnault, a été nommé ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d'œuvre et des Langues officielles lors du plus récent remaniement au sein du Cabinet de Justin Trudeau. Dans le cadre de son mandat, ce Franco-Albertain devra jongler entre l’application de la nouvelle mouture de la Loi sur les langues officielles et la pénurie de main-d’œuvre, deux dossiers qui ont été au cœur de l’espace médiatique dans la dernière année. La rédaction s’est entretenue avec le ministre pour discuter des stratégies qu’il mettra en place, à la fois pour dynamiser l’économie, soutenir les travailleurs et promouvoir la francophonie pancanadienne.
Rencontre avec Randy Boissonnault : le nouveau visage des langues officielles
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Le Franco : Nous venons tout juste d’assister à un vaste remaniement ministériel : ce sont pas moins de 23 ministres qui ont changé de fonctions. Vous attendiez-vous à hériter du portefeuille de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et des Langues officielles? Quelle a été votre réaction face à cette annonce?

Randy Boissonnault : C’est certain qu’on ne sait jamais comme ministre les responsabilités auxquelles on sera affecté. [Lorsque je l’ai appris], j’ai immédiatement remercié le premier ministre de la grande tâche qu’il m’a confiée. Ni comme étudiant, ni comme chargé de cours au Campus Saint-Jean, ni comme membre de l’Amicale, je n’aurais pu imaginer être ministre des Langues officielles. En plus, on m’a dit que je suis le premier Franco-Albertain à [pourvoir] ce poste, alors c’est un g[rand] honneur. Pour moi, surtout, c’est un reflet d’à quel point la francophonie pancanadienne est importante pour notre gouvernement.

En ce qui concerne l’Emploi et le Développement de la main-d’œuvre, pour moi, c’est vraiment d’être capable de travailler avec toutes les parties prenantes, toutes les provinces et tous les employeurs pour vraiment accélérer le moteur économique du pays. 

Le Franco : Justement, avec ce remaniement ministériel, force est de constater qu’une attention accrue est portée à l’économie du pays, cela dans un contexte général d’inflation et de hausse du coût de la vie. Comment prévoyez-vous de représenter, dans votre nouveau rôle, les intérêts économiques des Albertains?

R.B. : C’est une bonne question. J’ai eu l’occasion de servir comme ministre associé des Finances dans le passé. J’ai suivi l’inflation et nos mesures d’abordabilité au quotidien… Si on regarde le portrait de 2015 à aujourd’hui, je pense que c’est important de [relativiser], même si la situation est difficile présentement.

Par exemple, depuis 2016, le moment où on a implanté l’allocation canadienne pour enfants (ACE), on se rend compte qu’à Edmonton-Centre, c’est environ de 45 à 50 millions de dollars qui arrivent par mois pour aider les familles avec le coût de la vie qui augmente.

En 2021, on a dévoilé l’entente avec l’Alberta sur les garderies, ce qui a réduit le coût des places de 50%. Pour les aînés, les paiements du Régime de pensions du Canada (RPC) sont indexés chaque trimestre en fonction de l’inflation. Nous avons aussi doublé l’allocation canadienne pour les travailleurs. Ces gens-là, qui sont parmi les moins nantis du pays, reçoivent maintenant leurs paiements bonifiés chaque trimestre.

Bien évidemment, ce n’est pas possible pour le gouvernement d’aider tous les gens qui font face à l’inflation, mais on cherche activement à revenir à la cible de 0 à 2% pour réduire les dépenses des Canadiens.

Le Franco : Que pensez-vous de ce jumelage entre le ministère des Langues officielles et celui de l’Emploi et du Développement de la main-d’œuvre? Croyez-vous qu’il s’agit d’une décision stratégique, alors que la pénurie de main-d’œuvre francophone et bilingue bat son plein? 

R.B. : Oui, c’est bien dit […]. D’ailleurs, notre stratégie sur l’échelle locale et mondiale, c’est de miser sur le bilinguisme de notre pays pour devenir une force économique dans les deux langues officielles. Est-ce que ce sera un jumelage permanent des deux ministères? C’est une question à poser au premier ministre! Mais pour le moment, de mon côté, je vais m’efforcer de faire autant de liens possibles entre les deux ministères et mes deux mandats.

Le Franco : Vous êtes un Franco-Albertain et plus largement un francophone hors Québec. Vous avez une affinité assez évidente avec le dossier des langues officielles. Avez-vous déjà des idées ou des priorités en tête par rapport à la francophonie albertaine et le Plan d’action des langues officielles? Entre l’immigration francophone, la main-d’œuvre bilingue et le financement du Campus Saint-Jean, y a-t-il un dossier qui se démarque selon vous?

R.B. : Peu importe les fonctions que j’occupe, je n’agis jamais sans avoir préalablement eu des discussions avec des personnes sur le terrain. J’aurai des rencontres avec l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA), avec le Campus Saint-Jean et avec les autres acteurs de la francophonie albertaine pour [cibler les priorités].

Je peux dire que j’ai toujours été un grand partisan du Campus Saint-Jean. Quand je n’étais pas député, j’ai même participé à la campagne Sauvons Saint-Jean. Ça continue d’être un dossier très important pour moi. Tout comme la situation du Collège Mathieu [en Saskatchewan], de l’Université de Saint-Boniface [au Manitoba] et des autres établissements postsecondaires francophones du pays.

D’ailleurs, à l’école et ailleurs, on remarque […] que le visage de la francophonie est en train de changer et, pour moi, l’immigration francophone est un autre dossier prioritaire. En 2022, on a atteint pour la première fois la cible d’immigration francophone hors Québec de 4,4 %. Là, la question, c’est de voir si on doit augmenter cette cible. Si oui, comment fait-on ce travail? Ce sont des discussions que j’aurai avec le ministre Marc Miller (nouvellement chargé du portefeuille de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté) et avec le Comité [permanent] des langues officielles. 

Le Franco : Parlant de collaboration, vous héritez de dossiers qui vont nécessiter une forte collaboration avec les provinces canadiennes. Quelle stratégie adopteriez-vous avec la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, qui affiche ouvertement son autonomisme et se montre hésitante face à l’appareil fédéral? 

R.B. : C’est important que je puisse maintenir de bonnes relations avec tous mes homologues provinciaux. Ce travail, je vais le commencer ici, en Alberta. D’ailleurs, j’ai déjà passé beaucoup de temps, cet été, avec la première ministre. On s’est entendus pour trouver des terrains [d’entente].

Il y a des dossiers sur lesquels on ne peut pas avancer sans avoir une étroite collaboration avec les provinces, comme les garderies, l’inflation, l’éducation postsecondaire, le développement de la main-d’œuvre qui sont toutes des compétences provinciales ou des compétences partagées.

Glossaire – Jumelage : Action de grouper