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le Vendredi 3 novembre 2023 14:24 Politique

Cibles en immigration : la francophonie est déçue

Calgary, l'un des aéroports d'entrée de l’immigration francophone hors Québec. Quintin Soloviev - Wikimedia Commons
Calgary, l'un des aéroports d'entrée de l’immigration francophone hors Québec. Quintin Soloviev - Wikimedia Commons
(Francopresse) - La nouvelle cible progressive en immigration francophone à l’extérieur du Québec déçoit les organismes francophones. Le ministre de l’Immigration, Marc Miller, a annoncé mercredi vouloir atteindre une cible progressive allant de 6 %, en 2024, à 8 % en 2026.
Cibles en immigration : la francophonie est déçue
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«La FCFA et ses membres dans toutes les communautés francophones et acadiennes partout au pays, sommes déçus de l’annonce des cibles en immigration francophone par le ministre Miller», a soutenu la présidente de la FCFA, Liane Roy en entrevue avec Francopresse.

Plusieurs organismes francophones à travers le pays tels que l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) et l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) ont joint leurs voix à la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) pour manifester leur insatisfaction.

Plusieurs organismes francophones nationaux avaient emboité le pas à la FCFA, la semaine dernière, réclamant une cible à 12 %.

Même si Liane Roy admet que la nouvelle cible représente une légère progression, elle croit qu’une cible de 6 % en 2024 «est nettement en deçà de ce qui est nécessaire pour rétablir le poids démographique des francophones comme prescrit dans la Loi sur les langues officielles».

Cibles progressives

Mercredi après-midi, le ministre Marc Miller a annoncé une cible progressive de 6 % en 2024, 7 % en 2025 et 8 % en 2026 pour l’immigration francophone à l’extérieur du Québec. 

Cependant, en entrevue avec Francopresse au début octobre, Marc Miller soutenait qu’il serait «difficile» d’atteindre une cible de 6 %. 

Aujourd’hui, il se dit ambitieux face aux nouvelles cibles.

Il a toutefois reconnu que la cible de 4,4 %, établie en 2003, a été atteinte en 2022 «de peine et de misère».

«Est-ce qu’on a fait notre job comme il faut pendant les deux dernières décennies? Non», a-t-il ajouté.

La cible de 6 %, établie pour 2024, permettrait, selon le ministre, «de donner un coup de barre à [son] ministère, de les forcer à dépasser leur façon de penser, et qu’ils mettent en place des mécanismes pour accueillir les gens qui sont d’expression francophone».

Marc Miller vise d’abord la mise en place de mécanismes et de politiques publiques pour accueillir les immigrants d’expression française et d’ailleurs.

«Je vous admets que je préfère ne pas rencontrer la cible de 6 % l’année prochaine, si j’ai les bonnes mesures en place pour pouvoir atteindre le 8 % [en 2026]», a-t-il poursuivi.

Le Commissariat aux langues officielles se montre plus indulgent

En réaction à l’annonce, le commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge a qualifié les nouvelles cibles de «pas dans la bonne direction pour freiner le déclin démographique des francophones en situation minoritaire».

Il évoque néanmoins l’importance de respecter les nouvelles cibles et d’adopter «des cibles encore plus ambitieuses à l’avenir».

Selon Raymond Théberge, il en revient au gouvernement de faire preuve de leadeurship afin de rallier les parties prenantes dans le dossier de l’immigration afin d’assurer la réussite «de cet important projet de société».

Le Comité sénatorial des langues officielles veut accélérer la mise en place des mesures

Dans un rapport de mars dernier visant IRCC, le Comité sénatorial des langues officielles recommandait notamment de fixer une cible de réparation et de croissance adaptée aux besoins des différentes régions.

Le président du comité, René Cormier, soutient qu’il sera nécessaire d’accélérer les mesures, le financement et les ressources «si on veut s’assurer de rattraper ce décalage démographique».

S’intéressant davantage aux mécanismes d’accueil qu’aux cibles en immigration, René Cormier croit qu’il est nécessaire d’instaurer un ensemble de programmes «adaptés aux besoins des communautés».

«Il y a évidemment tous les enjeux qui touchent l’accueil et la rétention des immigrants dans nos communautés francophones, donc il y a un travail incroyable et formidable à faire», explique-t-il.

La FCFA propose un programme spécifique pour l’immigration francophone

Liane Roy comprend que la patience est de mise lorsqu’il s’agit d’instaurer des politiques et des mesures pour outiller le ministère de l’Immigration.

Cependant, elle souhaite travailler de concert avec le ministère pour mettre en place un «programme spécifique pour l’immigration francophone […] qui comprendra des initiatives pour arriver à augmenter les cibles.»

Selon le bureau du ministre, Marc Miller aurait été déjà en contact avec la FCFA et souhaite continuer sa collaboration avec la Fédération. 

En chambre mercredi, les parlementaires ont adopté à l’unanimité une motion du Bloc québécois pour que le gouvernement revoie ses cibles d’immigration dès 2024 en fonction de la capacité d’accueil des provinces et des territoires.

Glossaire : Décennie – Période de dix ans