le Samedi 18 mai 2024
le Vendredi 10 février 2023 9:00 Provincial

Sensibiliser les jeunes à utiliser judicieusement les médias sociaux

Selon HabiloMédias, 77% des jeunes Canadiens d’âge primaire posséderaient déjà leur propre téléphone intelligent. Face à l’omniprésence de ces appareils électroniques à l’intérieur comme à l’extérieur des salles de classe, des écoles francophones de l’Alberta se tournent vers la pédagogie et la prévention pour apprendre à leurs élèves à développer une relation saine avec leurs cellulaires.
Sensibiliser les jeunes à utiliser judicieusement les médias sociaux
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IJL – Réseau.Presse – Le Franco

Depuis plusieurs années, les enseignants des conseils scolaires francophones de l’Alberta sont formés par le Consortium provincial francophone pour le perfectionnement professionnel (CPFPP) afin qu’ils sensibilisent leurs élèves à l’utilisation du numérique. «On a formé à peu près tous les enseignants des quatre conseils scolaires. Il y a aussi eu des formations pour les parents qui ont été très populaires», raconte Éric Caron qui a été consultant en technologie éducationnelle auprès du CPFPP pendant près de dix ans.

Il explique que certaines écoles des conseils scolaires FrancoSud et Centre-Nord ont par la suite élaboré un curriculum pour leurs élèves en s’inspirant des formations reçues par le CPFPP et de contenus offerts par HabiloMédias, cet organisme canadien qui œuvre pour l’éducation au numérique. «Grâce à ce curriculum, différents concepts technologiques sont enseignés aux élèves dépendamment de leur année scolaire. Et il y a une croissance dans l’apprentissage», relate l’ancien consultant qui habite maintenant au Québec.

Éric Caron a été consultant en technologie éducationnelle auprès du CPFPP. Crédit : Courtoisie

Éric Caron a été consultant en technologie éducationnelle auprès du CPFPP. Crédit : Courtoisie

Comme les élèves du primaire et du secondaire ont en grande majorité accès à un téléphone intelligent, les écoles doivent aussi conjuguer avec l’utilisation croissante des médias sociaux par leur corps étudiant, soutient Éric Caron. D’ailleurs, pas moins de 86% des jeunes Canadiens âgés de 9 et 11 ans disposeraient d’un compte sur l’une ou l’autre des plateformes de médias sociaux comme YouTube ou Instagram. Et pourtant, l’âge minimal pour créer un compte est fixé à 13 ans.

D’après Éric Caron, «les faux pas» peuvent être fréquents chez les adolescents qui utilisent les médias sociaux, car «les recherches récentes sur le développement du cerveau démontrent [qu’avant] 25 ans, les jeunes n’ont pas encore développé leur capacité à [gérer les risques] et les conséquences à long terme».

C’est pour cette raison que les pédagogues doivent miser sur une «stratégie de responsabilisation» afin d’apprendre à leurs élèves à gérer «consciencieusement leur identité numérique», mentionne l’ancien consultant en technologie éducationnelle.

Naïveté en ligne

À l’école secondaire Joseph-Moreau du Conseil scolaire Centre-Nord, l’utilisation des réseaux sociaux est abordée dans certains cours «de santé» et lors «des rencontres mensuelles avec les élèves où on fait des rappels sur comment bien protéger ses informations sur le web», décrit le directeur d’école, Marc Potvin. Toutefois, malgré toute la prévention faite, des débordements surviennent à l’occasion. «Notre philosophie, c’est de prendre ça le plus sérieusement possible […] et d’agir [rapidement] pour mettre fin aux problèmes», évoque-t-il.

Parmi les exemples d’utilisation «problématique des médias sociaux», le directeur d’école fait état «de quelques cas occasionnels de cyberintimidation», mais se fait rassurant. «On a dû gérer des cas ici et là, mais ce n’est pas à tous les jours ni à toutes les semaines.» Même son de cloche du côté de Stéfane Kreiner qui enseigne à l’école primaire Notre-Dame située à Edmonton. Il dit avoir vu quelques cas d’élèves «qui écrivent des bêtises dans Google Classroom», mais assure que c’est «rare».

Stéfane Kreiner enseigne à l’école primaire Notre-Dame et préside l’Association des enseignantes et des enseignants francophones de l'Alberta. Crédit : Courtoisie

Stéfane Kreiner enseigne à l’école primaire Notre-Dame et préside l’Association des enseignantes et des enseignants francophones de l’Alberta. Crédit : Courtoisie

Tout comme Éric Caron, l’enseignant au primaire fait remarquer que certains jeunes ne semblent pas toujours saisir les conséquences des gestes qu’ils posent sur les réseaux sociaux. Il se souvient, entre autres, d’une ancienne élève de sixième année qui avait créé un compte Instagram pour une amie sans la prévenir, ignorant que cette pratique était proscrite.

«Ça a été une belle leçon. On lui a dit “tu ne peux pas créer un compte pour quelqu’un d’autre, c’est l’équivalent d’assumer son identité en ligne”», se remémore celui qui est aussi président de l’Association des enseignantes et des enseignants francophones de l’Alberta.

Ces petits gestes naïfs peuvent cependant «laisser des traces», rappelle de son côté Éric Caron. «Les [élèves] doivent comprendre que tout ce que tu écris, tout ce que tu fais [en ligne], les gens vont pouvoir le voir plus tard. Il n’y a rien qui reste anonyme.»

«On lui a dit “tu ne peux pas créer un compte pour quelqu’un d’autre, c’est l’équivalent d’assumer son identité en ligne”» Éric Caron

Et à la maison?

À l’intérieur des salles de classes de l’école Joseph-Moreau, l’utilisation des téléphones est proscrite à moins d’avoir obtenu la permission préalable d’un enseignant. «C’est important que les étudiants comprennent que lorsqu’ils sont en cours, ils sont là pour apprendre», avance Marc Potvin. Sauf que selon Éric Caron, cette stratégie – bien que positive – évite une partie du problème.

«C’est important que les étudiants comprennent que lorsqu’ils sont en cours, ils sont là pour apprendre.» Marc Potvin

Il estime que les parents ont aussi un rôle crucial à jouer pour limiter le temps d’écran de leurs enfants. «La recherche démontre que l’enjeu n’est pas le temps d’écran passé à l’école. Le vrai problème, c’est le temps non supervisé à la maison», explique l’ancien consultant. Lorsque les parents suivent des formations avec le CPFPP, «c’est justement pour qu’ils développent des stratégies pour mieux encadrer l’activité en ligne de leurs enfants».

Une bonne solution pour éviter que son enfant utilise son téléphone «tard le soir», mentionne Éric Caron, est d’introduire «une table de recharge» où tous les appareils sont «branchés au même endroit» pendant la nuit. Cette technique permet aux jeunes de se détacher de leur appareil, eux qui sont autrement «conditionnés à répondre à leurs messages de manière instantanée», fait-il remarquer.

Marc Potvin est le directeur de l’école Joseph-Moreau à Edmonton. Crédit : Courtoisie

Marc Potvin est le directeur de l’école Joseph-Moreau à Edmonton. Crédit : Courtoisie

Et aux parents qui se sentent dépassés par les aptitudes technologiques de leurs enfants, le consultant spécialisé en technologie éducationnelle leur suggère de poser le plus de questions possible. «Si on ne sait pas ce que notre enfant fait en ligne, il faut le demander. On ne doit pas se gêner pour dire : “C’est quoi Tik Tok et tu fais quoi exactement là-dessus?”», conclut-il.

«Si on ne sait pas ce que notre enfant fait en ligne, il faut le demander.» Éric Caron