le Samedi 18 mai 2024
le Lundi 20 mars 2023 9:00 Provincial

Un budget à saveur électoraliste, mais sans trop d’artifices

Un budget à saveur électoraliste, mais sans trop d’artifices
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Grâce à des surplus estimés à 2,4 milliards de dollars pour 2023-2024, le gouvernement albertain a déposé, le 28 février dernier, un budget qui contient un nombre impressionnant de nouvelles dépenses. À trois mois des élections, Danielle Smith et son gouvernement issu du PCU semble vouloir profiter de ses récentes redevances pétrolières et gazières pour jouer la carte de la générosité. 

IJL – RÉSEAU.PRESSE – LE FRANCO

Mais ce budget pourrait bien avoir deux visages, prévient le professeur de science politique du Campus Saint-Jean, Frédéric Boily.

«Ce qu’il faut comprendre, c’est que le gouvernement a accumulé une marge de manœuvre très importante cette année, ce qui lui permet aujourd’hui de faire des investissements majeurs, notamment en matière de santé», explique-t-il. 

Frédéric Boily est un professeur de science politique au Campus Saint-Jean. Crédit : Courtoisie

Ce sont surtout les recettes amassées grâce aux ressources non renouvelables qui permettent au gouvernement d’augmenter ses dépenses, précise le professeur. En outre, plusieurs projets pétroliers et gaziers «sont arrivés à maturité» au cours de la dernière année et, selon les estimations, cela devrait permettre au gouvernement de cumuler des redevances de près de 28 milliards de dollars en 2022-2023, du jamais vu dans l’histoire.

«L’explosion des revenus de la province» permet ainsi au PCU d’augmenter ses dépenses sans risquer de «perdre le contrôle de ses finances publiques», estime Frédéric Boily. «Le deuxième visage de ce budget, c’est qu’il sera tout aussi bien accueilli par la droite économique pour qui l’équilibre budgétaire et le remboursement de la dette sont une priorité», laisse-t-il entendre.

Le ministre des Finances, Travis Toews, a d’ailleurs annoncé vouloir présenter une loi pour interdire les déficits budgétaires, bien que le gouvernement se laisse quelques portes de sortie. «On comprend pourquoi, s’exclame le professeur de science politique. C’est quasi impossible de prévoir la valeur du baril de pétrole qui peut descendre comme on l’a vu pendant la pandémie», ajoute-t-il.

Le ministre des Finances, Travis Toews. Crédit : Capture d’écran, PCU

La santé et l’éducation sortent grands gagnants 

Sans grande surprise, c’est le domaine de la santé qui reçoit la plus grande part du gâteau. Une hausse de près d’un milliard est prévue pour 2023-2024, tandis que les dépenses en santé atteindront 24,5 milliards de dollars. «C’était un incontournable», affirme Frédéric Boily. C’était attendu et très important pour les électeurs.»

Selon le gouvernement, cette somme devrait notamment permettre d’améliorer le délai d’intervention des services ambulanciers, de réduire le temps d’attente aux urgences et de favoriser le recrutement de médecins et d’infirmiers.

L’autre secteur qui bénéficiera d’importantes hausses dans ce prochain cycle budgétaire est celui de l’éducation. Les quelque 8.8 milliards de dollars qui seront injectés lors de la prochaine année devraient permettre l’embauche de 3000 employés, dont des enseignants, des chauffeurs d’autobus et différents membres du personnel. Du financement sera aussi accordé à 58 projets afin que les autorités scolaires puissent mener à terme des projets de construction ou de modernisation de leurs infrastructures.

Quatre de ces projets visent des écoles francophones. «Dans la dernière décennie, ce sont une vingtaine d’écoles que nous avons construites pour la communauté francophone», a déclaré la ministre de l’Éducation, Adriana LaGrange. «On s’engage à offrir des espaces modernes à tous nos élèves et c’est pourquoi on continuera d’investir pour créer des écoles francophones au cours des prochaines années», a-t-elle ajouté. 

La ministre de l’Éducation, Adriana LaGrange. Crédit : Capture d’écran, PCU

Une nouvelle école secondaire verra donc le jour à Airdrie, tandis que le gymnase de l’école La Vérendrye, à Lethbridge, sera agrandi. À Edmonton, de nouveaux espaces scolaires seront construits pour les écoles Michaëlle-Jean et Gabrielle-Roy. Les deux établissements occuperont dorénavant le même terrain. 

Hausse du montant

Du côté du ministère de l’Enseignement postsecondaire, une hausse de 3 millions de dollars a été accordée pour l’enseignement en français (qui atteindra une somme de 9,9 millions en 2023-2024). D’ailleurs, l’Université de l’Alberta recevra 8,6 millions de dollars de ce montant. Il est toutefois impossible de déterminer si cet argent sera injecté directement au Campus Saint-Jean. 

«Nous ne finançons pas le Campus Saint-Jean de manière directe», a affirmé le directeur des communications du ministère de l’Enseignement postsecondaire dans un courriel. «Nous respectons l’autonomie de l’Université de l’Alberta dans la distribution des fonds», a-t-il ajouté. 

Frédéric Boily n’est pas surpris de cette augmentation de budget puisque, selon lui, «pratiquement tous les ministères ont bénéficié de hausses». «Le gouvernement n’a pas voulu laisser aucun secteur de côté pour ne pas essuyer de critiques», note le professeur de science politique.