le Samedi 18 mai 2024
le Mercredi 24 mai 2023 18:00 Provincial

Le Plan d’action bien accueilli en Alberta

Le Plan d’action bien accueilli en Alberta
00:00 00:00

Malgré certains bémols, l’ACFA, le porte-parole pour le développement de la francophonie albertaine et la défense de ses intérêts, se réjouit du nouveau PALO. Présenté le 26 avril dernier par la ministre des Langues officielles, ce Plan d’action est aussi accueilli positivement par d’autres membres importants de la communauté.  

IJL – RÉSEAU.PRESSE – LE FRANCO

Dans une annonce conjointe, l’honorable Ginette Petitpas Taylor et le premier ministre Justin Trudeau ont dévoilé des investissements records de 4,1 millions $ qui sont, dans l’ensemble, «très positifs pour la francophonie albertaine», affirme le président de l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA), Me Pierre Asselin. 

Selon lui, le Plan d’action pour les langues officielles 2023-2028 (PALO) reconnaît plus que jamais à quel point «la francophonie est fragile au pays» et démontre la volonté du gouvernement fédéral à renverser son déclin. D’ailleurs, les sommes prévues pour améliorer l’accès aux services en français dans les provinces et les territoires représentent «une grande victoire» pour la communauté francophone albertaine, car elles permettront de répondre aux besoins particuliers de la francophonie. «C’est ce qui va faire la plus grosse différence sur le terrain», dit-il.

En effet, bien que des discussions devront avoir lieu avec le gouvernement provincial après les élections du 29 mai en vue de la renégociation de l’Entente Canada-Alberta, Me Asselin précise qu’une «bonification financière considérable» pourrait être accordée afin d’accroître les services provinciaux en français.

«On a eu plusieurs conversations avec le ministre Jason Luan, qui est responsable du Secrétariat francophone, et d’autres élus. Je pense que la province est prête à faire un changement et à mettre plus d’argent pour améliorer l’accès aux services en français et maintenant, on aurait l’enveloppe du fédéral pour le faire», analyse le président de l’ACFA.

Me Pierre Asselin est le président de l’ACFA. Photo : Courtoisie

Des investissements en justice

Du côté de l’Association des juristes d’expression française de l’Alberta (AJEFA), on accueille très favorablement les nouvelles mesures d’appui à l’accès à la justice qui ont été annoncées par le fédéral. Selon sa présidente, Me Elsy Gagné, les investissements de 11,3 millions de dollars donnent un «coup d’envoi d’une importance considérable» et offrent des perspectives prometteuses pour la communauté francophone de l’Alberta.

«C’est très positif […] Ça veut dire que le gouvernement fédéral reconnaît l’existence des droits linguistiques au Canada pour les francophones qui ont besoin d’être représentés dans un milieu anglophone […].». Me Elsy Gagné.

«C’est très positif […] Ça veut dire que le gouvernement fédéral reconnaît l’existence des droits linguistiques au Canada pour les francophones qui ont besoin d’être représentés dans un milieu anglophone […]», affirme l’avocate. 

Même si les détails de ces investissements demeurent inconnus pour le moment, la présidente de l’AJEFA espère qu’ils permettront d’accroître l’accès à des ressources juridiques en français. «En droit de la famille et en droit criminel, on a de plus en plus de francophones et beaucoup d’immigrants francophones qui invoquent leur droit d’être représentés en français parce que les lois fédérales le permettent», dit-elle.

Me Gagné se réjouit aussi de la bonification de 5 millions de dollars sur cinq ans du financement de base aux organismes qui appuient l’accès à la justice dans les deux langues officielles. «Cette augmentation, même si elle n’est pas énorme, […] [o]n espère qu’elle va nous permettre d’avoir un peu plus de latitude, de stabilité et de moyens», dit-elle en rappelant que le versement actuel de 80 000$ par année n’est pas suffisant pour couvrir «tous les programmes, les projets et les ateliers» organisés par l’AJEFA. 

Plus d’attention portée sur l’immersion 

Pour freiner le recul du français au pays, des mesures seront prises pour renforcer l’enseignement du français langue seconde et le financement des programmes d’immersion française. Dans ce cadre, une enveloppe supplémentaire de 16,3 millions de dollars a été allouée pour créer un «corridor» visant à améliorer la sélection et la rétention d’enseignants de français à travers le Canada. L’objectif est d’attirer des enseignants qualifiés et de maintenir un niveau élevé d’enseignement en français dans tout le pays.

«Pour nous autres ici en Alberta, il y a un grand défi avec nos programmes ruraux, spécifiquement en ce qui concerne la rétention et le recrutement.». Michael Tryon.

Le directeur général de la section albertaine de Canadian Parents For French (CPF), Michael Tryon, estime que cette initiative arrive à point nommé*. «Pour nous autres ici en Alberta, il y a un grand défi avec nos programmes ruraux, spécifiquement en ce qui concerne la rétention et le recrutement», mentionne-t-il.

Du travail devra être fait rapidement pour trouver des solutions à la pénurie d’enseignants sans quoi certains programmes d’immersion française devront être fermés, ajoute-t-il. «Il y a des [allégations] comme quoi si les choses ne changent pas d’ici les cinq prochaines années, il va falloir couper à certains endroits», affirme le gestionnaire.  

Quelques déceptions

«On cherchait un total de 300 millions de dollars pour le réseau communautaire à travers le pays et nous sommes à 62,5 millions, donc c’est décevant.». Pierre Asselin.

Pierre Asselin souligne que la demande d’augmentation du financement de base des organismes n’a pas été entendue en totalité par le gouvernement fédéral. «On cherchait un total de 300 millions de dollars pour le réseau communautaire à travers le pays et nous sommes à 62,5 millions, donc c’est décevant», explique le président de l’ACFA. 

D’après lui, ce sous-financement forcera les organismes à continuer de fonctionner avec des ressources humaines et financières très limitées. «Ça met à risque leur capacité de répondre à leur mandat, […] alors que ces organismes sont tellement importants pour notre vitalité parce qu’ils permettent aux francophones d’avoir une vie communautaire», analyse-t-il. 

Selon lui, il est très fréquent que les organismes n’aient pas assez de capacités financières pour répondre à tous les besoins qui sont présents dans la communauté. «Les ressources sont étirées et ça ne peut pas durer à long [terme]. Et le problème, c’est que si on ne rend pas les services parce qu’on manque d’argent, ça contribue à l’assimilation», conclut-il. 

 

Glossaire – À point nommé* : qui intervient à un moment opportun