le Samedi 18 mai 2024
le Vendredi 9 juin 2023 10:00 Santé

L’accès aux soins de santé en zone rurale se complexifie pour les francophones

Plusieurs petits hôpitaux qui avaient l’habitude de desservir des patients francophones ont vu leur offre se réduire dans la dernière décennie. En cause, la construction de centres hospitaliers régionaux plus importants comme celui de High Prairie et le rapatriement des docteurs vers ces établissements. Photo - Capture Ecran AHS
Plusieurs petits hôpitaux qui avaient l’habitude de desservir des patients francophones ont vu leur offre se réduire dans la dernière décennie. En cause, la construction de centres hospitaliers régionaux plus importants comme celui de High Prairie et le rapatriement des docteurs vers ces établissements. Photo - Capture Ecran AHS
L’accès aux soins de santé en zone rurale se complexifie pour les francophones
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Si la crise de la médecine familiale affecte l’ensemble du public albertain, les francophones qui habitent en zones rurales doivent faire face à des défis supplémentaires pour avoir accès à des soins dans leur langue. Pire encore, la réduction de services dans certains centres hospitaliers oblige des femmes à se déplacer sur plus de 100 kilomètres pour bénéficier d’un soutien médical, notamment lors de leur accouchement. 

IJL – RÉSEAU.PRESSE – LE FRANCO

Lorsqu’il s’est installé à Fort McMurray en 2015, le Dr Appolinaire Katumba, originaire de la République démocratique du Congo, a rapidement remarqué que la demande pour des services francophones en médecine familiale était «énorme», et ce, partout dans la région de Wood Buffalo. «Au début, j’avais constamment de nouveaux patients. Maintenant, un peu moins, mais le besoin est encore présent», explique-t-il.

Le Dr Katumba, dont la clinique offre aussi des services en gynécologie et en obstétrique, a donc rapidement pris la décision de ne pas plafonner son nombre de patients. Un choix qu’il ne regrette pas, malgré la charge de travail qui en découle. «C’est une maladie au Canada, tout le monde se cherche un médecin de famille, alors je veux aider le plus de gens possible et je ne veux surtout pas sacrifier la francophonie», évoque-t-il. 

Le médecin fait d’ailleurs remarquer que certains de ses patients ne connaissent pas un seul mot d’anglais. D’autres ne sont simplement pas à l’aise avec le jargon médical anglophone surtout lorsque vient le temps «d’expliquer une douleur». C’est pourquoi, selon lui, il est absolument indispensable d’«offrir des services médicaux dans la langue maternelle des patients». 

Pour que davantage de docteurs comme Apollinaire Katumba puissent exercer dans les régions rurales de la province, le directeur général du Réseau santé Alberta (RSA), Paul Denis, aimerait voir l’organisme responsable de l’intégration des diplômés médicaux internationaux, l’Alberta International Medical Graduates Association (AIMGA), assouplir ses exigences linguistiques pour les candidats francophones. 

Selon lui, cela offrirait de meilleures chances aux candidats de réussir le test de compétence de langue anglaise et de s’intégrer au système de santé albertain. «Ce ne serait pas un passe-droit. Pourquoi est-ce qu’on n’accepterait pas d’accorder aux personnes qui ne parlent pas encore bien l’anglais le droit de travailler à condition que ce soit en français? Ils desserviraient spécifiquement les francophones dans les régions», argumente-t-il. 

Le manque de médecins de famille, la pointe de l’iceberg

La pénurie de médecins de famille francophones est loin d’être le seul défi auquel sont confrontées les zones rurales de l’Alberta, fait valoir Paul Denis. Rien pour aider, d’autres spécialités médicales sont également en manque de praticiens.

Plusieurs petits hôpitaux qui avaient l’habitude de desservir des patients francophones ont vu leur offre se réduire dans la dernière décennie. En cause, la construction de centres hospitaliers régionaux plus importants comme celui de High Prairie et le rapatriement des docteurs vers ces établissements.

Pourquoi est-ce qu’on n’accepterait pas d’accorder aux personnes qui ne parlent pas encore bien l’anglais le droit de travailler à condition que ce soit en français?» Apollinaire Katumba. Photo – Courtoisie

Ainsi, les femmes enceintes qui habitent dans la région de Rivière-la-Paix ne peuvent plus accoucher à l’hôpital de McLennan comme elles avaient pris l’habitude de le faire, mentionne-t-il. «Elles doivent faire entre quarante-cinq minutes et une heure de route. Ça demande de la planification, un suivi à point, parce qu’on ne veut pas accoucher dans l’auto. Et la distance à couvrir suppose nécessairement des dangers», s’inquiète-t-il. 

D’un autre côté, pour les francophones qui sont incapables d’être servis dans leur langue, c’est toute la question de la barrière linguistique qui se manifeste, évoque Paul Denis. «C’est un droit légitime de pouvoir être soigné dans sa langue. Ça peut être très stressant de ne pas comprendre ce qu’un docteur nous dit», s’attriste-t-il.

James Wood, un représentant d’Alberta Health Services (AHS) qui a décliné la demande d’entrevue de la rédaction, mentionne dans un échange de courriels que des efforts sont faits en continu pour aider les patients qui parlent français à naviguer dans le système de soins de santé albertain. Il cite, entre autres, que AHS rend disponibles, au besoin, des services de traduction aux locuteurs francophones. Néanmoins, comme souligné dans l’article du 14 février 2022 de votre journal, L’interpretation dans le milieu médical, la traduction ne peut être suffisante sans une parfaite interprétation des faits médicaux.

C’est un droit légitime de pouvoir être soigné dans sa langue. Ça peut être très stressant de ne pas comprendre ce qu’un docteur nous dit!» Paul Denis, directeur général du Réseau santé Alberta. Photo – Courtoisie

Il ajoute aussi que «la coordinatrice des services en français d’AHS […] cherche toujours activement à recruter des professionnels de la santé francophones» et à «travailler en partenariat avec des organismes communautaires pour promouvoir le soutien aux populations francophones de la zone Nord de la province».

La ligne infosanté de Services de santé Alberta (811) 

Accessible gratuitement 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, la ligne info-santé 811 offre un service téléphonique de consultation en soins de santé.

Pour plus d’information : 

Alberta Health Services

 Répertoire santé du  Réseau santé Alberta