le Samedi 22 juin 2024
le Mercredi 27 décembre 2023 15:29 Société

Les fêtes, un terrain propice au stress et aux frictions familiales

(De gauche à droite), Charity Lui est une travailleuse sociale agréée et une thérapeute qui exerce à Edmonton alors que la psychothérapeute Maxine Poulin offre ses services à Red Deer. Photo : Courtoisie
(De gauche à droite), Charity Lui est une travailleuse sociale agréée et une thérapeute qui exerce à Edmonton alors que la psychothérapeute Maxine Poulin offre ses services à Red Deer. Photo : Courtoisie
(IJL - RÉSEAU.PRESSE - LE FRANCO) - Entre les réunions familiales, les activités entre amis, les dépenses et le manque de sommeil, le temps des fêtes peut causer son lot d’épuisement et de stress, surtout dans les foyers où les conflits sont monnaie courante. Deux expertes proposent des stratégies pour préserver l’ambiance festive et éviter les désaccords pendant cette période tumultueuse de l’année.
Les fêtes, un terrain propice au stress et aux frictions familiales
00:00 00:00

«Si on sait d’avance qu’on a tendance à être anxieux pendant les fêtes, une des choses que je recommande, c’est de limiter le nombre de réunions familiales ou d’activités qu’on fait», annonce d’entrée de jeu Charity Lui, une travailleuse sociale agréée et thérapeute bilingue qui exerce à Edmonton.

À l’approche de Noël, elle remarque auprès de sa clientèle une propension à la surcharge et un sentiment d’obligation sociale assez tenace. Pourtant, elle est d’avis que cette période devrait principalement être consacrée au repos. «Ce n’est pas normal d’arriver en janvier et d’avoir besoin de vacances après les vacances. Il faut se demander pourquoi on en arrive là et comprendre quels sont nos déclencheurs», estime-t-elle. 

L’experte remarque que ce sont «souvent» les dynamiques familiales elles-mêmes qui peuvent épuiser et générer du stress, notamment lorsque des conflits latents ressurgissent lors des repas en famille. «Des clients sont anxieux de voir leur famille parce qu’ils savent que ça peut exploser en désaccord», remarque-t-elle. Une réalité qui peut cependant être évitée, ou du moins atténuée, en établissant des limites claires avec ses proches.

«Quand on a des conflits en famille, on constate souvent que c’est toujours avec les mêmes personnes. On tombe dans une dynamique [récurrente]. C’est pourquoi on doit apprendre à mettre en place des limites personnelles, se demander de quoi on a besoin pour se sentir bien et s’assurer de se respecter», illustre Charity. 

Qui dit limite, dit paix d’esprit 

Une hypothèse que partage également Maxine Poulin, une psychothérapeute qui travaille à Red Deer. Elle observe cependant une réticence chez certains de ses clients à l’idée d’établir des limites avec leurs proches. D’ailleurs, ces derniers expriment un «fort sentiment» de culpabilité, mais aussi de l’impuissance en constatant que leur famille a tendance à outrepasser ces règles.

«C’est difficile de mettre des limites, mais au final, il faut être capable de se choisir soi-même. Et une limite, ce n’est pas discutable», explique-t-elle. Par exemple, une personne peut se sentir à l’aise pour discuter de politique, mais pas de son conjoint. Elle doit être en mesure de communiquer cette limite et de mettre en place un plan si jamais ses proches ne respectent pas ses souhaits, «ce qui arrive souvent, malheureusement», mentionne Maxine. 

Dans la mesure où les membres d’une famille sont incapables de respecter les limites personnelles d’un individu et que la dynamique devient trop toxique, plusieurs solutions peuvent être envisagées, telles que limiter la durée des visites, nuance Charity Lui. «Si on veut faire acte de présence, mais on sait qu’il y a de forts risques de désaccords, on peut partager une contrainte de temps avec les hôtes en avance. Du genre “je peux venir dîner, mais je dois partir à 15h”».

En préparant le terrain et en s’assurant de ne pas passer une journée entière avec une personne avec qui l’on a tendance à se quereller, il est probable que l’on appréhende moins l’événement. «En plus, on va être moins stressé et les choses se passeront de manière plus harmonieuse», résume la travailleuse sociale. 

Dans des cas plus graves, où les conflits familiaux prennent trop d’amplitude, Maxine estime qu’il peut être nécessaire d’opter pour des mesures radicales.

«On est dans une culture où, dès qu’on a un lien par le sang, on se sent obligé d’avoir une relation. Mais je ne suis pas d’accord. Quand une dynamique est trop toxique, que ça cause du mal-être, on doit envisager de couper les ponts», dit-elle.

De l’évitement conscient 

Les débats politiques peuvent aussi être la source de frictions lorsque oncles, tantes, beaux-frères et cousins se retrouvent autour de la table pour dîner et abordent des sujets épineux qui mettent en relief leurs divergences de conviction. Dans ces moments, détourner la conversation vers des sujets moins conflictuels contribue à apaiser l’atmosphère. 

«Quand il y a un blocage dans une conversation, souvent c’est en raison d’un conflit de valeurs. Si ça devient trop émotif, c’est mieux de ne pas nourrir le débat davantage puisque la conversation a des chances de dégénérer en chicane et c’est là qu’on va ressentir du stress. Ça va ruiner la soirée», ajoute Charity. 

L’évitement peut être nécessaire, mais les désaccords doivent aussi être abordés de manière constructive et les opinions divergentes accueillies plutôt que ridiculisées, souligne, quant à elle, Maxine Poulin. Dans un monde idéal, l’écoute devrait donc être la priorité absolue dans toute conversation, aussi sensible que soit le sujet.

«Ce qu’il faut comprendre, c’est que d’écouter ne veut pas dire qu’on est d’accord. C’est une marque de respect. Ça nous permet d’identifier les valeurs des autres, de conclure que l’on pense différemment et d’accueillir l’autre dans ses convictions», précise-t-elle.

Glossaire – Outrepasser : dépasser, aller au-delà de