le Vendredi 1 mai 2026
le Jeudi 30 avril 2026 7:00 Éducation

Tu iras à l’école… en français !

En plein Mois de la Francophonie, le ministère de l’Éducation de l’Alberta a annoncé le 9 mars dernier son désir de voir à la construction éventuelle de trois nouvelles écoles francophones à Edmonton. De bonnes nouvelles, mais qui ne doivent pas faire oublier les luttes passées.

Tu iras à l’école… en français !
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La présence d’écoles francophones en Alberta n’est pas le fruit du hasard. Elle est le résultat de décennies de mobilisation et de batailles juridiques menées par des parents et des communautés déterminés à défendre leur droit à l’éducation en français.

Pour Valérie Lapointe-Gagnon, professeure agrégée et spécialiste, notamment des questions constitutionnelles et des francophonies canadiennes, au Campus Saint-Jean, l’un des tournants majeurs de ces combats demeure l’adoption de l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés en 1982, qui garantit aux minorités francophones du Canada le droit à l’éducation dans leur langue.

« C’est sûr que ça donne le droit… de saisir les tribunaux quand les droits ne sont pas respectés », explique-t-elle.

Mais ce droit constitutionnel n’a pas suffi, à lui seul, à transformer le système scolaire. Selon la professeure, ce sont surtout les parents francophones qui ont permis de faire avancer la cause.

C’est ainsi qu’en 1990, avec la mobilisation de parents franco-albertains, « on va voir la cause Mahé qui va se rendre jusqu’en Cour suprême, et qui va donner le droit à la gestion scolaire », rappelle-t-elle.

Cette décision a marqué un tournant, car elle a obligé plusieurs provinces, dont l’Alberta, à réorganiser leur système éducatif afin que les francophones puissent non seulement fréquenter leurs écoles, mais aussi les gérer.

Les débuts ont toutefois été difficiles. L’ouverture des premières écoles francophones a suscité de fortes tensions, tant au sein de la majorité anglophone que de la communauté francophone.

C’est ainsi qu’en 1990, avec la mobilisation de parents franco-albertains, « on va voir la cause Mahé qui va se rendre jusqu’en Cour suprême, et qui va donner le droit à la gestion scolaire », rappelle-t-elle.

Cette décision a marqué un tournant, car elle a obligé plusieurs provinces, dont l’Alberta, à réorganiser leur système éducatif afin que les francophones puissent non seulement fréquenter leurs écoles, mais aussi les gérer.

Les débuts ont toutefois été difficiles. L’ouverture des premières écoles francophones a suscité de fortes tensions, tant au sein de la majorité anglophone que de la communauté francophone.

 Pour certains anglophones, les francophones avaient déjà accès à un système d’éducation en français : c’étaient les écoles d’immersion

— Valérie Lapointe-Gagnon

Or, pour de nombreux parents francophones, ces écoles ne répondaient pas à leurs besoins et pouvaient même accélérer l’assimilation linguistique.

Le recensement de 2021

Autre moment charnière dans cette pleine accession aux écoles francophones, selon Gisèle Bourque, directrice exécutive de la Fédération des conseils scolaires francophones de l’Alberta (FCSFA), c’est le recensement de 2021. Pour la première fois, on posait des questions sur le droit à l’instruction en français en milieu minoritaire, visant à dénombrer les ayants droit et à analyser les langues parlées à la maison.

Les Franco-Albertains ont aussi bénéficié de certaines décisions de la Cour suprême, comme lors de la cause du Conseil scolaire francophone de la Colombie-Britannique contre la Colombie-Britannique, qui a affirmé en 2020 que c’était aux gouvernements provinciaux de trouver des terrains pour construire des écoles et non aux conseils scolaires.

Outre les jugements des plus hauts magistrats au Canada, Mme Bourque est aussi d’avis que « le travail acharné des parents » y est pour quelque chose dans l’obtention d’écoles francophones.

Au cœur des communautés franco-albertaines

Dans plusieurs régions de l’Alberta, les écoles francophones jouent un rôle essentiel dans la vitalité des communautés. Pour Dolorèse Nolette, directrice du Conseil scolaire Centre-Est (CSCE), ces établissements dépassent largement leur fonction éducative : ils deviennent de véritables lieux de rassemblement pour les francophones en situation minoritaire.

Dans le cas du CSCE, celui-ci gère actuellement cinq écoles réparties à Cold Lake, Saint-Paul, Plamondon, Bonnyville et Lac-La-Biche, qui accueillent environ 850 élèves. Malgré une baisse temporaire durant la pandémie, les inscriptions sont maintenant à la hausse.

Nous avons maintenant surpassé le nombre d’élèves que nous avions en 2018-2019, qui était vraiment notre plus grande année

— Dolorèse Nolette

Chaque année, le conseil scolaire accueille environ 25 à 30 nouveaux élèves, une croissance modeste mais significative pour des écoles situées en milieu minoritaire, selon les propos de Mme Nolette. À l’heure actuelle, la Fédération des conseils scolaires francophones de l’Alberta (FCSFA) compte 49 écoles réparties dans quatre conseils scolaires avec près de 10 100 élèves de la prématernelle à la 12e année.

L’oreille attentive du ministre

Confiant au Franco, au moment de l’entrevue, que la Fédération venait d’être reçue dans les bureaux du Ministre Demetrios Nicolaides, Mme Bourque est d’avis « qu’il se passe de belles choses en ce moment » dans le monde de l’éducation en Alberta.

Pour preuve, les trois nouvelles écoles annoncées ce mois-ci par le Conseil scolaire Centre-Nord. Il y a d’abord l’annonce de la préparation des plans d’un nouvel édifice de la maternelle à la 12e année pour l’école La Trinité à Stony Plain. Le CSCN se réjouit également du financement de deux nouvelles écoles primaires et d’un nouvel édifice pour l’école Jean-Claude-Mahé à Edmonton, tout en ajoutant que ce financement survient « après de nombreuses démarches du CSCN et des parents ». »

Quant à Dolorèse Nolette, elle souligne de son côté que de nouveaux projets pourraient voir le jour dans les prochaines années. On est certes encore dans l’utilisation du conditionnel, mais il n’est pas impossible que le CSCE explore la possibilité d’ouvrir une école dans la communauté d’Athabasca, où les données du recensement indiquent un potentiel intéressant pour l’éducation en français. 

Malgré les progrès réalisés depuis les années 1980, admet volontiers la professeure Lapointe-Gagnon, « il n’existait pratiquement qu’une seule école il y a quatre décennies » ; elle estime tout de même que les luttes pour l’éducation en français ne sont pas terminées.

Et il faut que les jeunes d’aujourd’hui se souviennent de ce qui a été fait. 

Quand je pose la question à mes étudiants… est-ce que vous étiez au courant de ces luttes-là? La réponse, c’est non 

— Lapointe-Gagnon

Pour plusieurs étudiants, notamment ceux issus de l’immigration francophone, cette découverte est parfois surprenante. Elle rappelle, selon Mme Lapointe-Gagnon, que la francophonie canadienne s’est construite au fil de combats parfois difficiles, mais essentiels pour assurer la transmission de la langue et de la culture françaises.

Lexique

Droit constitutionnel : branche du droit public qui encadre l’organisation de l’État, la répartition des pouvoirs et les droits fondamentaux des citoyens. 

Moment charnière : période de transition importante qui marque un tournant majeur.

Déclaration IA : Le présent article a été rédigé par un journaliste. Un outil d’intelligence artificielle a été utilisé pour appuyer la transcription des entrevues. Le journaliste a vérifié l’exactitude des propos.