le Dimanche 3 mai 2026
le Samedi 2 mai 2026 7:00 Arts et culture

L’art francophone au pluriel : la relève albertaine croise ses racines

De droite à gauche : Luckensly Luma, participant au projet À la croisée des arts visuels et auteur des œuvres photographiques en arrière-plan. Alby Kacou, artiste visuel, mentor.
 — Crédit: Luckensly Luma
De droite à gauche : Luckensly Luma, participant au projet À la croisée des arts visuels et auteur des œuvres photographiques en arrière-plan. Alby Kacou, artiste visuel, mentor.
Crédit: Luckensly Luma

Le projet « À la croisée des arts visuels », piloté par le Centre des arts visuels de l’Alberta (CAVA), a dévoilé, le 21 mars dans sa galerie à Edmonton, les fruits d’une année de mentorat intense où l’identité, la patience et l’entrepreneuriat se sont rencontrés sur la toile et dans l’objectif.

L’art francophone au pluriel : la relève albertaine croise ses racines
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Le Programme « À la croisée des arts visuels » est une initiative phare du CAVA visant à assurer la relève artistique en Alberta, centrée sur le mentorat, la professionnalisation, l’entrepreneuriat et la diffusion. Seize jeunes âgés de 15 à 23 ans, venant de Calgary, de Red Deer et de Grande Prairie, y ont pris part.

Identité métisse et symbolique universelle

Ce programme m’a appris la patience. L’art est thérapeutique, mais il teste aussi nos limites 

— Dominique Normandeau

Artiste franco-manitobaine, établie à Calgary et étudiante en anthropologie, elle expose des œuvres marquantes issues de son héritage métis.

S’inspirant de son ancêtre, Catherine Lacerte, première enseignante laïque métisse de l’Ouest canadien, Dominique incarne sa culture par la peinture. Par cette démarche, elle relie le passé au présent à travers son ancêtre, le soleil et les loups.

Pour Dominique, peindre est un acte de mise à nu. Entre loups et soleil, elle explore une dualité profonde. Le soleil, symbole de guidance traditionnelle, baigne ses toiles d’une lumière protectrice, tandis que les deux loups illustrent le combat universel des émotions.

En choisissant de nourrir le loup de la patience et de la fierté plutôt que celui de la tristesse et de la colère, l’artiste transforme son œuvre en un véritable miroir de l’âme, où l’histoire de ses ancêtres rencontre sa propre quête d’équilibre.

Plus qu’une technique, l’art est un métier

Selon Mme Leslie Cortes, directrice générale du CAVA et coordonnatrice des programmes, l’initiative « À la croisée des arts visuels » ne visait pas seulement à former à tenir un pinceau, mais bien plus encore. « Nous avons accompagné 16 jeunes dans tout le cycle de création, mais aussi dans l’entrepreneuriat », explique-t-elle avec fierté.

Comment fixer le prix d’une toile ? Comment rédiger sa biographie d’artiste ou utiliser les médias sociaux pour vendre ? Des questions cruciales pour ces jeunes de la relève qui aspirent à la professionnalisation.

Malgré les défis de la distance et les exigences scolaires, la détermination des jeunes a pris le dessus. « Certains travaillaient en studio avec leur mentor, d’autres à distance, mais tous ont réussi à finir ce qu’ils avaient commencé », ajoute la directrice.

Leslie Cortes (pull beige), directrice générale du CAVA, coordonnatrice du projet À la croisée des arts visuels: « Je suis très fière de ces jeunes-là qui ont pu finir leurs projets .»

 

Crédit: CAVA

La force du mentorat : de la sculpture au photojournalisme

Le partage d’expérience a été le cœur battant du programme. Mme Doris Charest, mentore de peinture et de sculpture, témoigne de la rigueur de son art . « La sculpture demande du temps ; il faut laisser sécher chaque étape. Une de mes élèves a même recommencé tout son projet parce qu’elle n’était pas satisfaite. C’est ça, la passion », précise-t-elle.

La sculpture demande du temps ; il faut laisser sécher chaque étape. Une de mes élèves a même recommencé tout son projet parce qu’elle n’était pas satisfaite. C’est ça, la passion

— Crédit: CAVA.

Chloé Too, élève de 9e année, fait partie de la jeune relève. Elle n’hésite pas à puiser dans l’imaginaire mondial, guidée par la mentore Doris Charest. Elle a créé un navire multimédia inspiré du recyclage, du Seigneur des Anneaux et de ses livres d’enfance, tel que The Man in the Moon, tiré de la série The Guardians of Childhood de l’Américain William Joyce.

Du côté de la photographie, Luckensly Luma, journaliste et étudiant au Campus Saint-Jean, a jugé judicieux de compléter sa plume de journaliste par l’objectif photographique. Son projet documentaire explore les espaces universitaires albertains qui marquent le parcours des étudiants. 

Je raconte une histoire des lieux et du ressenti. C’est un mélange d’architecture et d’humains 

— Luckensly Luma

Le programme a révélé une francophonie aux multiples visages. Ce constat est illustré par Alby Kacou, artiste visuel, photographe et mentor, qui souligne la richesse des échanges avec son mentoré, Luckensly. Entre l’Afrique de l’Ouest et Haïti, les deux artistes ont découvert des similitudes culturelles frappantes : « La francophonie nous a réunis. C’était un partage de cultures, d’expressions et de mets qui nous a enrichis l’un comme l’autre », se réjouit Albi.

L’exposition finale, qui regroupe ces parcours de vie transformés en œuvres d’art, prouve une chose : en Alberta, la relève artistique francophone n’a pas seulement du talent ; elle a une voix, une identité et, désormais, les outils pour conquérir le marché de l’art. Après le vernissage, la galerie du CAVA poursuit sa mission de préservation de l’art francophone en Alberta.