le Vendredi 15 mai 2026
le Vendredi 15 mai 2026 7:00 Éducation

Délier sa langue devant public

Malgré l’aspect compétitif du concours DTL, une solide camaraderie s’est développée entre les participants à Montréal.
 — Crédit : Rémy Boily
Malgré l’aspect compétitif du concours DTL, une solide camaraderie s’est développée entre les participants à Montréal.
Crédit : Rémy Boily

Mis sur pied en 2019 par Monique Cormier, professeure émérite au Département de linguistique et de traduction à l’Université de Montréal, le concours Délie ta langue en est à sa 7e édition.

Délier sa langue devant public
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Le 30 mars dernier, quatorze participants, dont l’Albertain Sean Lough, sont venus à Montréal démontrer que « l’éloquence est un art qui engage le locuteur corps et âme, la voix et le geste, la sincérité et, bien sûr, le naturel », comme le dit la créatrice du concours.

Si la première édition mettait en lice des concurrents provenant uniquement de l’Université de Montréal (U de M), celle de cette année comptait pas moins de 14 institutions universitaires québécoises et canadiennes, dont le Campus Saint-Jean, l’Université de Moncton ainsi que l’Université de l’Ontario français.

Selon Isabelle Lafrenière, conseillère à la valorisation linguistique au sein de l’U de M et membre de l’équipe de coordination du concours, « pour les deux dernières éditions seulement, plus de 200 personnes du 1er cycle ont été formées » dans les différentes universités participantes.

Sous la direction du professeur titulaire au Département des littératures de langue française et vice-recteur adjoint à la recherche à l’Université de Montréal, Francis Gingras, le concours demande aux universités inscrites de désigner un professeur ou une professeure responsable du concours à l’échelle de leur établissement. Des formations sont ensuite organisées et une finale locale a lieu pour désigner un ou une finaliste. Selon Mme Lafrenière, « dans certains cas, la finale locale ouverte au public devient même un évènement rassembleur pour les communautés francophones hors Québec. La participation de Sean Lough en est un bel exemple.

 L’ensemble des lauréats, participants et membres du jury de la 7e édition du concours Délie ta langue.

Crédit : Rémy Boily

Adopter la langue Molière

Le concours prend la forme d’une présentation orale de style professionnel devant un jury provenant de différents horizons. Cette année, outre Soukaina Boutiyeb, directrice générale de l’Alliance des femmes de la francophonie canadienne (AFFC), celui-ci était présidé par Véronique Hivon, ancienne ministre du Parti Québécois, et professeure invitée.

Les concurrents doivent mettre en valeur des expressions françaises choisies, analysées et expliquées et qui doivent avoir un lien avec un enjeu social. Sean Lough, lui, a choisi la dépendance à l’automobile en Amérique du Nord, sujet qui lui tient particulièrement à cœur. 

J’ai comparé la voiture à l’expression “un mal nécessaire”… c’est nécessaire, mais ce n’est pas nécessaire pour de bonnes raisons 

— Sean Lough du Campus Saint-Jean a livré devant 300 personnes un discours critique sur l’automobile. Crédit : Rémy Boily

En s’appuyant sur des exemples européens et montréalais, il a proposé une réflexion critique sur les modèles de transport.

Seul participant anglophone, l’étudiant en finances, qui suit une partie de ses cours au Campus Saint-Jean, a vécu une expérience marquante en se rendant jusqu’à la finale du concours Délie ta langue. Il raconte qu’il a voulu participer à DTL, « afin d’approfondir mes habiletés en français et au discours ».

Un vrai parcours du combattant

Même en anglais, il avait peu de participation dans ce type de concours. « Donc, je me suis dit que le fait de rédiger un texte, de le mémoriser et de le présenter devant un public me permettrait d’améliorer mes compétences en communication tout en améliorant mon français. »

Dès son arrivée à Montréal, l’étudiant a été frappé par l’atmosphère bienveillante du concours. « C’était une expérience incroyable parce que tout le monde était là pour effectuer leurs discours… on était tous stressés en même temps, mais on se supportait les uns, les autres », raconte-t-il. Une camaraderie qui l’a marqué, malgré le caractère compétitif de l’évènement.

Il rappelle que son parcours vers la finale s’était amorcé plusieurs mois auparavant, au Campus Saint-Jean. Trois étudiants s’étaient inscrits, entamant dès octobre 2025 un processus exigeant. « Il fallait créer notre discours et puis le renvoyer à un prof de français pour corriger la grammaire… On pratiquait avec le professeur de théâtre », explique Sean Lough. Travail de la voix, gestuelle, présence scénique : tout a été peaufiné. « Ce n’est pas juste parler, c’est performer un discours devant le public », souligne-t-il.

Après une finale locale en février, il est choisi pour représenter son campus à Montréal. Un mois plus tard, il se retrouve devant une salle d’environ 300 personnes venues assister à la grande finale. Une foule impressionnante pour un étudiant qui devait livrer en cinq minutes un discours entièrement mémorisé.

Mais au-delà du contenu, c’est aussi son parcours linguistique qui impressionne. L’anglais étant sa langue maternelle, il évolue dans un programme bilingue où la moitié de ses cours se déroulent en français. Être le seul anglophone en finale n’a fait que renforcer sa fierté. « Les juges m’ont dit que je devais être très fier de moi-même. » Avec raison. Sans aucun doute.

Lexique

Présence scénique : capacité pour une personne de capter l’attention du public, grâce à une attitude dégageant confiance en soi, conscience corporelle et connexion émotionnelle.

Peaufiner : apporter un soin minutieux à la finition d’un travail.

Déclaration IA : Le présent article a été rédigé par un journaliste. Un outil d’intelligence artificielle a été utilisé pour appuyer la transcription des entrevues. Le journaliste a vérifié l’exactitude des propos.