Pour ma deuxième chronique littéraire, j’ai décidé de présenter deux romans, indissociables, selon moi. L’auteur, Michel Jean, écrivain innu, chef d’antenne et journaliste, a écrit deux romans racontant l’histoire de sa famille, des Innus nomades au début du XXe siècle, par la suite confinés à une réserve. Le premier s’intitule Kukum, paru en 2019 aux Éditions Libre Expression, il raconte l’histoire de son arrière-grand-mère. Le deuxième est Atuk, elle et nous, d’abord paru en 2012, puis reparu en 2021 aux Éditions Libre Expression. Il raconte l’histoire de sa grand-mère maternelle, et la sienne au travers. Ce sont des romans à la fois historiques et autobiographiques.
Dans Kukum, qui veut dire « grand-mère » en innu-aimun, on suit la vie d’Almanda Siméon, une femme blanche, et l’arrière-grand-mère de l’auteur, à partir de sa rencontre avec Thomas Siméon, un Innu nomade. Nous sommes au début du XXe siècle, le clan Siméon vit à Pointe-Bleue (Mashteuiatsh aujourd’hui) l’été, sur les rives du Lac Saint-Jean, et suit la migration des gros gibiers dès l’automne pour remonter sur leur territoire de chasse et s’y installer pour l’hiver. Almanda, en épousant Thomas, devient une Innue à part entière, et elle apprend comment vivre comme eux, comment accomplir les tâches de la vie quotidienne, comment contribuer au clan en tant que femme, puis comme mère, et éventuellement comme grand-mère. Peu à peu, les progrès de l’homme blanc poussent les Innus à vivre dans la sédentarité à Pointe-Bleue, et se faisant, perdent leur raison d’être. Dans Atuk, elle et nous, on suit l’histoire de Jeannette Gagnon, née Siméon, la deuxième fille d’Almanda et de Thomas, et la grand-mère maternelle de l’auteur. Les chapitres sont séparés en « elle » quand c’est Jeannette qui fait la narration, et « lui » quand c’est l’auteur. Contrairement à sa mère blanche qui a épousé un Innu et est elle-même devenue une Innue, Jeannette épouse un homme blanc et perd d’un coup son statut d’indien et sa communauté.
Les principaux thèmes dans ces deux livres, qui forment un tout, sont la famille, l’amour et le sentiment d’appartenance, mais aussi les injustices sociales, la quête d’identité et le besoin de liberté. Dans les deux livres, on écrit au « je ». Dans Kukum, c’est Almanda qui fait la narration, parfois jeune, parfois vieille. Dans Atuk, elle et nous, on alterne entre Jeanette et Michel. Cela confère un aspect très intimiste au texte. L’auteur a un style d’écriture bien à lui, très imagé, avec plein de figures de style et du vocabulaire élaboré, mais accessible à la fois. Vous l’aurez deviné, j’ai adoré ces deux romans, que j’ai dévorés du début à la fin. J’ai d’abord été charmée par le style d’écriture, puis par les descriptions des lieux, où je pouvais m’imaginer, et par les personnages, plus grands que nature, qui ont réellement existé ! J’ai aussi été transportée par une gamme d’émotions, allant de l’excitation à la tristesse, en passant par la colère et le sentiment d’injustice.
Ce sont deux romans captivants, qui plairont à celles et ceux qui s’intéressent à la culture innue, mais aussi à celles et ceux qui aiment tout simplement l’aventure et les romans historiques. C’est Atuk, elle et nous, qui a paru en premier dans les faits, puis Kukum, mais je trouve pertinent de commencer par ce dernier pour respecter l’ordre chronologique, en découvrant d’abord l’histoire d’Almanda et de Thomas.