Isabelle Nayet, Gagnante du prix France Levasseur-Ouimet (Lauréate).
Le public a répondu présent pour célébrer le point culminant de six mois de coaching scénique, vocal et d’ateliers menés par le Centre de développement musical (CDM), qui fête ses 30 ans cette année.
Le coordinateur de l’évènement, William Morton, a assuré la coordination et l’évolution humaine de ce parcours de six mois. Pour lui, cette édition a marqué une nouveauté : une cohorte élargie à quatre finalistes a permis à une personne de plus cette année de démontrer ses habiletés artistiques. De plus, chaque participant a eu l’occasion d’inviter un artiste de son choix pour partager la scène. Les vedettes du jour : Élianne Baril, Alexanne Fillion, Koffi Kan et Isabelle Nayet (Yza d’Or) ont offert une variété de styles inédits.
C’est finalement la voix puissante et suave d’Yza d’Or qui a décroché le prestigieux Prix France Levasseur-Ouimet, s’assurant de représenter l’Alberta au Chant’Ouest 2027, avec en ligne de mire le mythique Festival international de la chanson de Granby au Québec.
Dans les carnets du jury : la grille de l’excellence
Derrière la magie du spectacle, l’évaluation des candidats a reposé sur des critères techniques rigoureux. La présidente du jury, Amy Painchaud, entourée des juges Leslie Cortez, Robert Suraki-Wakam et Daniel Gervais, a dû départager quatre univers diamétralement opposés.
Pour le jury, la performance d’un soir ne fait pas tout : l’analyse s’appuie sur la justesse vocale, la qualité des arrangements, la présence scénique, mais aussi l’originalité de la démarche.
Nous avons cherché l’équilibre parfait entre la rigueur technique de la grille d’évaluation et l’étincelle artistique brute
C’est cette proposition déjà mûre qui a fait pencher la balance en faveur d’Yza d’Or pour affronter l’industrie nationale.
Les artistes Polyfonik 37 et les artistes invités à partager la scène.
L’authenticité de l’Ouest : le point de vue du CDM
Pour la relève, la peur de devoir se « formater » pour plaire aux marchés du Québec reste un enjeu. Le directeur général du CDM, Paul Cournoyer, insuffle une vision d’appui et d’accompagnement des artistes. « Notre direction est d’empower nos artistes pour qu’ils soient authentiques. Dans l’Ouest, on est forcément porte-parole d’une minorité linguistique. On préfère favoriser leur bonheur plutôt que d’avoir des objectifs axés sur l’industrie pure », ajoute Pénélope Gaultier, directrice artistique adjointe.
« Être un artiste dans l’Ouest force à porter plusieurs chapeaux, et notre rôle est de leur donner les outils pour gérer cette réalité unique sur le terrain », rappelle-t-elle, citant ainsi la Fransaskoise Alexis Normand, qui allie scène et mentorat. Le Québec demeure un passage incontournable pour se professionnaliser, mais l’ancrage reste dirigé vers le public local.
Les membres du jury et la lauréate de Polyfonik 37. De la gauche vers la droite: Robert Sukari-Wakam, Isabelle Nayet, Leslie Courtez, Daniel Gervais.
Le défi de la diversité : le génie est dans les écoles
Derrière les projecteurs, un défi persiste : la représentativité réelle d’une population en pleine mutation. Alors que les écoles francophones débordent d’une immense diversité issue de l’immigration africaine, les institutions culturelles peinent encore à bâtir des ponts durables.
Le nombre de candidatures reçues, bien que confidentiel, témoigne de la richesse du bassin. Mais les freins sont parfois invisibles : « Beaucoup de gens très talentueux dans la diversité ne se considèrent pas comme des artistes », analyse la direction artistique. Faute de connexions avec le réseau associatif, plusieurs s’autocensurent.
La clé réside cependant sur le terrain, dans le parascolaire. Le public albertain est-il prêt pour le rap ou l’afrobeat ? Absolument, selon les encadreurs ; et il se trouve dans les écoles. Des pionniers tracent la voie, à l’instar de 2Moods ou du chorégraphe Yvan Toucout connus du public. Pourtant, une séparation persiste entre les actions communautaires et le public de la diversité.
Au-delà du trophée : un laboratoire humain
Les coulisses racontent une histoire de solidarité indéfectible. Des duos avec des artistes invitées (Chrisly, Apryl, Nadia Sylvain, 2Moods) et une performance collective finale sur le chant Encre sous les étoiles ont cimenté le groupe. Chaque participant repart d’ailleurs avec une bourse de 1 000 $ du CDM.
« C’était la camaraderie, tranche la lauréate Yza d’Or. Je me suis vraiment fait de bonnes amies. » Un sentiment partagé par Alexanne Fillion, lauréate du Prix de la chanson primée : « Notre énergie était tellement bonne, ça atténue la déception. »
L’ambition est claire : faire en sorte que la scène de demain ressemble enfin à la société qui l’écoute.
Le palmarès de Polyfonik 37
- Prix France Levasseur-Ouimet (Lauréate) : Yza d’Or – En route pour le Chant’Ouest 2027
- Prix Ronald-Tremblay (Chanson primée) : Alexanne Fillion – Au rythme des marées
- Prix Jean-Claude-Lajoie (Choix du public) : Élianne Baril
Lexique
France Levasseur-Ouimet : figure de proue de la francophonie albertaine, écrivaine, dramaturge, chercheuse en histoire franco-albertaine et professeure émérite du Campus Saint-Jean.
Ronald Tremblay : une figure monumentale et historique de la scène musicale francophone de l’Ouest. Membre de l’Ordre du Canada, auteur-compositeur-interprète, producteur à Radio-Canada (CHFA) et ancien coordonnateur du Centre de développement musical (CDM).
Jean-Claude Lajoie : un pilier incontournable de la diffusion culturelle et radiophonique en Alberta. Animateur vedette très aimé à la radio de Radio-Canada Alberta pendant de nombreuses années, il a été un ardent défenseur et un promoteur infatigable des artistes francophones de l’Ouest.
