Interrogée il y a deux ans par Le Franco au moment où elle était membre du CA de la Francophonie jeunesse de l’Alberta (FJA), on la retrouvait quelque temps plus tard, à la barre de cette même FJA, à titre de présidente.
Après un an à la tête de l’organisme provincial, elle a choisi en mars dernier de céder son poste au profit d’Ilona Kibangou Li. « C’est l’une des membres qui a été sur le conseil pendant pas mal tout mon parcours. Je la connais super bien. C’est vraiment une personne excessivement plaisante. »
En mettant un terme à son aventure provinciale, Isabelle Normandeau priorisait ainsi ses études, mais cela lui ouvrait également les portes pour « pour que je puisse aller au niveau national ». Mission accomplie : elle siège désormais à la FJCF pour un mandat d’un an, aux côtés de la nouvelle présidente Emma Raphaelle.
Un engagement né du terrain
Étudiante en biologie de la conservation à l’Université de l’Alberta, son expérience provinciale lui a donné une compréhension fine des défis vécus par les jeunes francophones. En raison de son expérience à la FJA, elle souhaite maintenant accompagner celles et ceux qui, comme elle, font le saut vers des responsabilités nationales.
Je veux vraiment être une de ces personnes qui peut aider les jeunes à se sentir bien dans une nouvelle étape dans leur parcours . Je veux juste continuer à supporter les jeunes qui ont un peu le même parcours que moi j’ai eu
Des enjeux communs… mais vécus différemment
Isabelle Normandeau observe que les préoccupations des jeunes francophones se ressemblent d’un bout à l’autre du pays, même si leur intensité varie. « On a tous un peu les mêmes buts et les mêmes inquiétudes », dit-elle en se référant au sondage Baromètre Jeunesse 2025 de la FJCF. D’après les quelque 300 répondants au sondage, les champs d’action majeurs auxquels la FJCF doit se préoccuper, on note la mise en place de conditions favorisant l’employabilité (78 %), l’accès aux études en français (63 %) et le coût de la vie (56 %). Le coût du logement, les difficultés financières et la précarité touchent autant les jeunes de l’Alberta que ceux du Manitoba ou du Nouveau-Brunswick. « Moi, je vis ça en Alberta aussi », souligne la vice-présidente.
L’emploi constitue un autre défi important, particulièrement pour les jeunes francophones en milieu minoritaire. « C’est vraiment difficile de trouver un emploi qui permet de juste parler en français », explique-t-elle. Les réalités varient selon les régions : « Dans un village francophone comme La Broquerie au Manitoba, ça va être plus facile d’avoir une job en français que dans un petit village en Alberta où tout le monde parle en anglais ».
Enfin, l’accès aux études postsecondaires en français demeure un enjeu national. Isabelle en a fait l’expérience : « J’étais à l’université en anglais, vu qu’autour de moi… il n’y avait pas vraiment un programme en français ». Le seul programme, qui aurait correspondu à ses intérêts, se retrouvait à l’Université du Québec à Rimouski, mais « en tant qu’étudiante canadienne, j’aurais payé beaucoup plus qu’une étudiante québécoise ».
Un mandat d’un an pour faire avancer les dossiers
Isabelle sait qu’un an passe vite, mais elle aborde son mandat avec détermination.
C’est exactement pourquoi je voulais aller à la vice-présidence : aider à régler ces enjeux, à vraiment en parler
Elle a déjà une expérience solide en rencontres politiques lors de ses fonctions à la FJA : « J’ai parlé à des politiciens pour vraiment qu’ils comprennent qu’il y a des enjeux. »
Elle reste cependant lucide : « On ne va pas voir du changement du jour au lendemain ». Mais elle espère que les efforts cumulés porteront fruit : « J’espère que bientôt on va voir une différence… Moi, personnellement, je n’ai pas vu beaucoup de changements, mais j’espère que ça s’en vient ».
Des interlocuteurs nationaux
En accédant à la FJCF, Isabelle s’attend à rencontrer davantage de décideurs fédéraux. « Je pense que oui, et j’espère, parce que j’adore Ottawa ! », dit-elle. Elle devra probablement faire de nombreux allers-retours entre Edmonton et la capitale, un aspect du rôle qu’elle accueille avec enthousiasme.
Elle précise toutefois que la FJCF ne s’engage pas sur tous les dossiers politiques, notamment le projet de référendum en Alberta : « On priorise vraiment les jeunes… on n’est pas préoccupé par des gros enjeux provinciaux comme le référendum ».
Avant de quitter le journaliste du Franco, Isabelle Normandeau résume ce qui motive son engagement : « Je souhaite pouvoir travailler avec mon nouveau groupe pour assurer que les jeunes se sentent plus accueillis et plus vus dans la francophonie canadienne ». Un objectif simple, mais ambitieux : renforcer la place des jeunes dans une francophonie qui a besoin d’elle pour sa survie.