le Samedi 31 octobre 2026
le Vendredi 30 octobre 2026 7:00 Communautaire

Le Club des petits déjeuners : pour mieux nourrir l’estomac et l’esprit des petits

C’est plus de 2 500 enfants et adolescents qui bénéficient du soutien du Club des petits déjeuners dans les écoles franco-albertaines. — Crédit : gracieuseté du Club des petits déjeuners
C’est plus de 2 500 enfants et adolescents qui bénéficient du soutien du Club des petits déjeuners dans les écoles franco-albertaines.
Crédit : gracieuseté du Club des petits déjeuners

Depuis 32 ans, le Club des petits déjeuners s’est donné une mission simple et fondamentale : s’assurer qu’aucun enfant ne commence sa journée scolaire le ventre vide.

Le Club des petits déjeuners : pour mieux nourrir l’estomac et l’esprit des petits
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D’abord créé au Québec, le Club a traversé les frontières québécoises il y a 20 ans. Depuis, son déploiement s’est accéléré partout au Canada, y compris dans les écoles francophones de l’Alberta.

Selon la présidente et cheffe de la direction, Julie Desharnais, le rôle du Club dépasse largement la simple distribution de nourriture. Il repose sur une approche nutritionnelle structurée, validée par un comité d’experts interne.

C’est basé sur nos trois piliers : la protéine, la céréale, le fruit et le légume 

— Julie Desharnais

 L’objectif est clair : offrir aux enfants une alimentation riche en fibres et en protéines pour les aider à être « attentifs, disponibles et prêts à faire leur journée ».

Les menus sont variés, afin d’éviter que les élèves mangent toujours la même chose. L’organisme veille aussi à la formation des bénévoles, essentiels au fonctionnement quotidien des programmes.

Ce sont les bénévoles qui servent le déjeuner le matin, ce ne sont pas les équipes-écoles

— Julie Desharnais

Le Club assure donc la coordination, la conformité aux règles alimentaires et la continuité des services.

Mais n’y a-t-il pas un risque de stigmatisation de voir la moitié de la classe manger, alors que l’autre moitié des enfants a déjà le ventre plein ? Les dirigeants du Club y ont évidemment pensé. Dès qu’un programme de petit déjeuner est en place dans une école, tous les enfants de l’école y ont droit sans exception. « Les enfants peuvent donc prendre le temps de déjeuner tous ensemble. Non seulement cela les aide à atteindre leur plein potentiel en apprenant le ventre plein, mais cela crée aussi un sentiment de communauté, de partage et de tissage de liens autant entre eux, qu’avec les adultes significatifs présents lors du service de petit déjeuner à l’école », souligne Catherine Légaré, conseillère aux communications et aux relations publiques au sein du Club.

Présent dans les écoles francophones de l’Alberta

Selon les chiffres obtenus auprès du Club, 11 programmes sont administrés dans des écoles franco-albertaines élémentaires et secondaires, dont cinq à Calgary et trois à Edmonton. Les autres étant dispersés entre Brooks, Lethbridge et Airdrie. Au total, plus de 2 500 enfants commencent ainsi leur journée du bon pied. Pour l’ensemble de l’Alberta, c’est plus de 45 000 enfants.

Ryan Baker, chef aux programmes nationaux, précise que le Club offre un soutien continu aux conseils scolaires partenaires en Alberta, « notamment le Conseil scolaire FrancoSud et le Conseil scolaire Centre-Nord. Nos districts scolaires partenaires nous tiennent informés des besoins supplémentaires et des défis auxquels font face leurs écoles, ainsi que des domaines dans lesquels nous pourrions adapter notre soutien afin de répondre à l’évolution des besoins de leurs établissements. »

Contrairement au Québec, où le Club gère l’achat et la livraison des denrées, le modèle albertain repose sur un partenariat direct avec les conseils scolaires. « On envoie les sommes récoltées pour permettre aux conseils scolaires d’acheter », explique Mme Desharnais. Les écoles reçoivent ensuite les denrées et organisent la distribution grâce aux bénévoles. En fait, pour que tout cela puisse fonctionner au quotidien, il faut compter sur l’apport des enseignants, des animateurs jeunesse, des conseillers et des directeurs d’école.

Pour la cheffe de la direction, cette flexibilité est l’une des forces du Club : « On s’adapte aux différents marchés dans lesquels on est », dit-elle. En Alberta, cette collaboration permet de rejoindre efficacement les élèves francophones, malgré les réalités géographiques et les différences entre milieux urbains et ruraux.

Des menus variés

Selon Catherine D’Amours, conseillère principale en nutrition, chaque école conçoit ses menus en fonction de leur capacité opérationnelle et des besoins particuliers des élèves qu’elles accueillent, tout en bénéficiant de l’expertise de l’équipe du Club des petits déjeuners. « Les programmes proposent chaque jour des aliments issus des trois catégories alimentaires, ce qui permet aux élèves d’apprendre qu’un repas complet comprend des fruits et des légumes, des aliments protéinés et des aliments à base de grains entiers. De nombreux élèves adorent le yogourt accompagné de fruits frais et de gruau, ou encore les œufs brouillés, les crêpes aux grains entiers et les bananes. »

La pression sur les programmes alimentaires est en hausse partout au pays, et l’Alberta ne fait pas exception. « Les besoins vont en augmentant », confirme Julie Desharnais. L’inflation alimentaire, combinée à la hausse du coût de la vie, frappe durement les familles. « Pour le Canada, on parle d’un enfant sur trois » vivant dans un foyer touché par l’insécurité alimentaire, dit-elle.

Et les écoles franco-albertaines ne sont pas différentes. Elles suivent la même tendance que les écoles anglophones : une fréquentation très élevée des programmes, assure la présidente du Club. Selon elle, au Canada, 80 % des enfants dans une école où est implanté le programme du Club profitent du programme des petits déjeuners. Ces enfants étudiant dans une école admissible au Club, en raison d’un indice de défavorisation élevé. 

L’alimentation scolaire : un droit

Pour les enseignants, l’impact est immédiat. « Vous n’avez pas idée comment ça a changé ma vie d’enseignant », lui confient régulièrement les enseignants que rencontre Julie Desharnais. Prendre 15 à 20 minutes pour déjeuner avec les élèves transforme la dynamique de la journée : meilleure concentration, plus grande disponibilité, climat de classe apaisé.

Pour Mme Desharnais, le petit-déjeuner est bien plus qu’un repas : « C’est une mesure de santé publique. » Une mesure qui repose sur une « assiette tripartite » pour le financement, à savoir les subventions gouvernementales, qu’elles soient fédérales ou provinciales, des dons privés et philanthropiques, ainsi que le soutien de grandes entreprises privées, comme Walmart, Costco et des banques.

Pour celle qui est à la tête du Club, un véritable changement passe par une reconnaissance politique claire : 

Il faut que les différents gouvernements se commettent, une fois pour toutes, face à l’alimentation scolaire. Et qu’ils fassent en sorte que l’alimentation scolaire soit un droit. Vous savez, au Canada, il y a encore 2 000 écoles qui sont en attente de mon programme de petits déjeuners

— Julie Desharnais - Cheffe de la direction et présidente du Club des petits déjeuners