On entre dans l’univers de Nathalie Lachance comme on pénètre dans un atelier de tissage. Chaque dossier, chaque combat institutionnel et chaque souvenir personnel semble relié par un fil invisible, tendu entre le passé pionnier de la Franco-Albertie et les promesses de son avenir.
Élue par acclamation à la présidence de l’ACFA en octobre 2023, celle qui pilote aujourd’hui la destinée de l’organisme s’inscrit dans une longue lignée de bâtisseurs. Pourtant, lorsqu’on l’invite à parler de son parcours, de sa riche carrière dans la fonction publique fédérale et de son engagement de longue date en éducation, elle bifurque presque toujours vers les autres. Vers sa famille, métissée et ancrée dans la danse traditionnelle d’une génération à l’autre ; vers ces bénévoles de l’ombre qui font battre le cœur des régions ; ou vers ces jeunes familles qui, chaque jour, réinventent le fait français à l’Ouest.
Un militantisme ancré dans le concret et l’éducation
Pour Nathalie Lachance, le centenaire de l’ACFA n’est pas qu’une simple date commémorative ; c’est un miroir tendu vers le présent.
Quand on regarde la création de l’ACFA en 1926, on réalise à quel point les raisons de se rassembler sont encore les mêmes cent ans plus tard
Son engagement militant s’est forgé sur le terrain, là où bat le pouls de la communauté. Qu’il s’agisse de se battre pour l’accès à une programmation scolaire complète pour les jeunes du secondaire, d’assurer la formation d’une relève indispensable ou de défendre l’accès à des services de santé en français, sa vision du développement communautaire est viscéralement liée à la survie et à l’épanouissement des institutions. Ayant consacré une énergie considérable à l’éducation, qu’elle qualifie de cœur battant de la communauté, elle sait que chaque école, chaque conseil scolaire et chaque projet culturel est un rempart essentiel pour protéger la langue.
Tisser des ponts dans une Alberta en mutation
Mais l’Alberta change, et sa francophonie avec elle. Aujourd’hui, près du tiers des francophones de la province sont nés à l’étranger. Pour la présidente, cette diversité n’est pas un défi abstrait, c’est une réalité intime et vibrante. Entre ses petits-enfants qui perpétuent la danse métisse et les nouveaux arrivants qui insufflent un vent de fraîcheur sur la province, la Franco-Albertie se reconstruit en se multipliant.
Face aux mutations démographiques et aux tensions géopolitiques ou provinciales, les combats ne manquent pas. Pourtant, l’optimisme de Nathalie Lachance demeure inébranlable. Son ambition pour la fin de son mandat et pour les décennies à venir est claire : « Offrir à la culture francophone une visibilité incontournable, pour que le français ne soit pas seulement une langue de service, mais une fierté éclatante qui s’invite dans chaque municipalité, sur chaque scène et dans chaque foyer », affirme la présidente de l’ACFA.
« Chaque bébé est une nouvelle passion », glisse-t-elle avec un sourire qui résume à lui seul sa philosophie. Une foi inébranlable dans le renouvèlement, la joie de vivre et la conviction profonde que l’histoire des francophones de l’Ouest continue de s’écrire à l’encre de la persévérance.
Une vision arboricole de la communauté
Interrogée sur l’image qui définirait le mieux la francophonie albertaine, elle choisit la métaphore de l’arbre : un réseau dont les racines, invisibles sous la surface, partagent une solidarité et une interdépendance vitales. C’est cette interdépendance qui guide son action de développement communautaire au quotidien. Qu’il s’agisse de tisser des liens sincères avec les peuples autochtones dans une démarche de réconciliation ou de porter haut et fort les droits constitutionnels de la minorité devant les soubresauts politiques, Nathalie Lachance prône l’ouverture et le dialogue.
Un siècle d’histoire, un même combat
Au milieu des années 1920, la création de l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) en juillet 1926 répondait à un impératif de survie existentielle : il s’agissait d’unir des communautés dispersées pour contrer l’assimilation, protéger l’accès à l’éducation en français et structurer une voix politique face à l’isolement géographique et aux pressions de la majorité anglophone. Un siècle plus tard, si les menaces ont évolué, les défis de fond font étrangement écho à cette période fondatrice. Aujourd’hui, l’ACFA ne combat plus seulement pour l’établissement de ses premières structures, mais pour leur pérennité et leur vitalité face au défi persistant de l’assimilation, à l’attraction des nouveaux arrivants dans une francophonie plurielle, et à la gestion de l’insécurité linguistique chez les jeunes. Hier comme aujourd’hui, l’enjeu demeure le même : mobiliser la collectivité pour s’assurer que le français ne soit pas seulement une langue préservée dans les textes, mais un espace de vie moderne, inclusif et partagé.
Lexique
Arboricole : Qui vit, se déplace ou passe le plus clair de son temps dans les arbres, dont l’habitat naturel et le mode de vie sont adaptés à la vie dans la canopée et les branches.
Projet portrait communautaire – 100 ans de francophonie, ça se raconte!
Dans le cadre des célébrations des 100 ans de l’ACFA, Le Franco a entrepris de publier chaque mois le portrait de membres de la communauté dont la vie a profondément été influencée par la francophonie albertaine. Chaque mois jusqu’en décembre 2026, nous vous proposons de rencontrer une de ces personnes dans les pages du journal.