Dans ma tête, tout est simple. J’étudie le français depuis des années. Je me dis donc que je suis prête à profiter d’un spectacle d’humour francophone.
Après tout, le français est le français, non ?
Une salle entière morte de rire… une chinoise réfléchit
Dès les premières minutes, la salle explose de rire. Les spectateurs se tiennent le ventre, essuient leurs larmes et applaudissent à tout rompre.
Et moi ?
J’étais en mode décryptage intensif.
Je reconnais quelques mots par-ci par-là. Un nom, un verbe, une expression qui me semble vaguement familière. Je rassemble les indices comme une détective privée enquêtant sur un crime linguistique.
À un moment, je crois entendre le mot « âne ». Voilà ! J’ai compris quelque chose !
Un âne. Un âne envoyé à Paris ? Pourquoi? Qui a envoyé cet âne ? Est-ce une métaphore ? Une histoire vraie ? Un problème d’immigration animale ?
Pendant que mon cerveau tente de reconstituer l’intrigue, la salle est pliée en deux. Je ris aussi, par solidarité culturelle.
Après tout, si tout le monde rit, c’est peut-être que mon âne imaginaire est hilarant. Mon ange gardienne francophone
Heureusement, je ne suis pas seule dans cette aventure linguistique.
Une gentille dame francophone, Caroline, vient à mon secours en m’aidant à traduire certaines blagues. Grâce à elle, je réussis à saisir quelques éléments du spectacle.
Je tiens à la remercier pour sa patience. Sans elle, j’aurais probablement quitté la salle en croyant que le spectacle parlait principalement d’animaux domestiques.
Wei Cheng et Bourary
« Qui parle anglais ? » La pire bonne idée de ma soirée
Puis, soudain, Boukary pose une question au public :
« Qui parle anglais ? »
Mon cerveau se réveille instantanément.
L’anglais ? Aucun problème !
Je lève la main.
Boukary me remarque et m’invite à monter sur scène. Me voilà sous les projecteurs, devant toute la salle, avec un humoriste ivoirien et une confiance en moi qui dépasse largement mes compétences réelles en compréhension orale.
Il me demande si je peux traduire pour une autre personne qui parle anglais. Moi, la traductrice.
J’aurais pu dire la vérité. J’aurais pu expliquer que mon français était tout à fait satisfaisant pour commander un café, discuter en classe, mais au lieu de cela, j’ai répondu :
Je vais essayer.
Une phrase courageuse, optimiste et parfaitement mensongère.
Car, soyons honnêtes : j’ avais compris peu des blagues.
Le français est une langue… ou plusieurs ?
Avant cette soirée, j’avais naïvement imaginé qu’une fois le français suffisamment maîtrisé, je pourrais voyager facilement dans tous les pays francophones.
Le Québec ? Le Sénégal ? La Côte d’Ivoire ? Le Cameroun ? Aucun problème !
Je pourrais discuter avec les habitants, comprendre leurs plaisanteries, me faire des amis et découvrir leur culture sans trop de difficultés.
Après tout, nous parlerions français.
Quelle innocence.
Boukary m’a rappelé une réalité : parler la même langue ne signifie pas forcément parler exactement le même français.
Boukary est originaire de Côte d’Ivoire. Son français est vivant, rythmé, riche en expressions locales et ponctué de mots familiers et d’argot. Il joue avec les sons, les références culturelles et les tournures de phrases.
Et dans un spectacle d’humour, ces codes sont essentiels : un jeu de mots peut faire toute la différence entre une salle qui pleure de rire et une spectatrice qui réfléchit très sérieusement à la signification du mot « âne ».
Je veux toujours voyager dans les pays francophones, et l’Afrique francophone m’attire particulièrement. Mais je vais désormais aborder ces voyages avec un peu plus d’humilité.