À l’origine de cette collaboration imprévue, un simple appel téléphonique d’Ulric Chayer, ingénieur chez BBA et actionnaire de la compagnie, convaincu que le savoir-faire québécois pouvait s’allier à une jeune entreprise montréalaise, Deep Sky, créée en 2022.
Fondée il y a quelque 45 ans à Shawinigan, BBA (Breton, Banville et Associés) est l’une des firmes de génie-conseil les plus influentes au Québec, voire au-delà de ses frontières. Elle s’est étendue au fil des ans vers de grands chantiers industriels : mines, énergie, procédés, infrastructures complexes. Aujourd’hui, elle compte plus de 2 000 professionnels répartis dans plus de 30 bureaux sur le continent américain.
Lorsqu’Ulric Chayer, chef de service mécanique chez BBA, qui possède de nombreux bureaux au Canada, a entendu parler d’un ambitieux projet de captage du carbone en Alberta, il y a vu une occasion rare : celle de mettre l’expertise de sa compagnie au service d’une technologie appelée à transformer la lutte contre les changements climatiques. Cette intuition allait mener à une collaboration majeure entre BBA et Deep Sky, spécialisée dans l’élimination du CO₂ atmosphérique.
Le savoir-faire de BBA repose sur une approche multidisciplinaire : ingénierie de procédés, mécanique, électricité, automatisation, génie civil, gestion de construction. Cette capacité à intégrer plusieurs expertises dans des projets complexes est précisément ce qui a attiré Deep Sky.
Une collaboration imprévue
Alors qu’il résidait dans les Laurentides, Ulric Chayer apprend que Deep Sky, afin de tirer parti du crédit d’impôt à l’investissement (CII) pour le captage, l’utilisation et le stockage du carbone (CUSC), prévoit implanter en Alberta un centre de captage direct du carbone (DAC, de l’anglais Direct Air Capture). Après avoir écouté un balado dans lequel Fred Lalonde, cofondateur de Deep Sky, présentait sa vision, il contacte l’équipe pour offrir l’expertise de BBA. Deep Sky, qui souhaitait livrer son projet en un an seulement, accepte la proposition. Pour respecter cette échéance, il a fallu mettre en place une révision accélérée des études environnementales, des démarches règlementaires et choisir le site, appelant ainsi une approche d’ingénierie agile et adaptative.
BBA est alors mandatée pour réaliser l’ingénierie détaillée des infrastructures à Innisfail, ainsi que pour soutenir l’approvisionnement et la gestion de la construction.
Un aperçu aérien des installations de Deep Sky Alpha.
Une collaboration imprévue
Alors qu’il résidait dans les Laurentides, Ulric Chayer apprend que Deep Sky, afin de tirer parti du crédit d’impôt à l’investissement (CII) pour le captage, l’utilisation et le stockage du carbone (CUSC), prévoit implanter en Alberta un centre de captage direct du carbone (DAC, de l’anglais Direct Air Capture). Après avoir écouté un balado dans lequel Fred Lalonde, cofondateur de Deep Sky, présentait sa vision, il contacte l’équipe pour offrir l’expertise de BBA. Deep Sky, qui souhaitait livrer son projet en un an seulement, accepte la proposition. Pour respecter cette échéance, il a fallu mettre en place une révision accélérée des études environnementales, des démarches règlementaires et choisir le site, appelant ainsi une approche d’ingénierie agile et adaptative.
BBA est alors mandatée pour réaliser l’ingénierie détaillée des infrastructures à Innisfail, ainsi que pour soutenir l’approvisionnement et la gestion de la construction.
Une technologie de pointe
Situé à 35 km au sud de Red Deer, Deep Sky Alpha est donc le premier centre mondial multi‑technologies de captage direct du CO₂. Le site réunit plusieurs unités DAC provenant de différents pays, offrant ainsi un environnement commun pour évaluer et comparer leur performance dans les mêmes conditions climatiques.
Le procédé se divise en diverses étapes. Il y a d’abord l’aspiration de l’air ambiant : des unités DAC filtrent l’air pour isoler les molécules de CO₂. Puis, la transformation du CO₂ en gaz purifié, liquéfié et stabilisé pour le transport. La compression et le stockage temporaire du CO₂ liquéfié et ainsi conservé dans des installations conçues par BBA. Celui-ci est par la suite transporté en camion et acheminé vers un site d’injection. Enfin, dernière étape : l’enfouissement géologique ; le CO₂ est injecté à deux kilomètres sous terre, dans des formations salines profondes, où il demeure piégé de manière permanente.
Le site d’Innisfail, sorte d’imposant laboratoire, est entièrement alimenté par énergie solaire renouvelable. D’après le site de Deep Sky Alpha, celui-ci permettra « le déploiement simultané de nombreuses technologies DAC différentes. » Qualifiée de « novatrice », cette approche met en place plusieurs technologies de DAC de pointe. Celles-ci seront ainsi analysées grâce à différents instruments destinés « à la collecte de données d’exploitation. Elles y seront déployées et optimisées pour offrir un rendement optimal tout au long de l’année dans le climat canadien, et celles qui afficheront les meilleurs résultats pourraient être déployées à une échelle beaucoup plus grande sur d’autres sites de Deep Sky. »
Et le prix est attribué à…
Le projet attire rapidement l’attention du milieu du génie-conseil. Résultat, en 2025, BBA reçoit le Prix d’excellence, ACEC National Awards (Ottawa) pour le projet Deep Sky Alpha et, en 2026, c’est le Grand Prix du génie‑conseil québécois (AFGC), catégorie Environnement, pour la conception et la livraison du centre multi‑technologies en un temps record.
Ces distinctions soulignent la capacité de BBA à livrer un projet d’envergure internationale en seulement 12 mois, sans compromis sur la qualité, un exploit salué par Deep Sky.
Parle-t-on maintenant français à Innisfail ?
Selon Mathieu Bouchard, vice-président aux Politiques publiques et affaires règlementaires chez Deep Sky, « la construction de Deep Sky Alpha a généré environ 80 emplois, et une quinzaine de postes permanents sont associés aux activités du site. » On y trouve des postes touchant le génie, l’exploitation des installations, la maintenance et le soutien technique. Mathieu Bouchard ajoute que cela reflète « la diversité des expertises nécessaires à l’exploitation d’infrastructures de captage direct du CO₂ dans l’air et de stockage du carbone. »
Quant à savoir si le français est présent à Deep Sky Alpha, le vice-président tient à souligner que « le français occupe une place importante dans l’identité et les activités de Deep Sky », sans vraiment toutefois préciser si la langue de Molière est utilisée sur le terrain albertain.
Après Deep Sky Alpha, y aura-t-il d’autres projets albertains pour la jeune entreprise ? L’Alberta semble être effectivement une région prioritaire. Pour preuve, la présence de Deep Sky, lors du Sommet canadien sur l’investissement à Toronto à la mi-septembre. « Notre prochain projet, confie M. Bouchard, à échelle commerciale, Deep Sky One, figurait parmi les projets présentés ». Selon lui, « l’Alberta dispose d’un cadre règlementaire bien établi pour le stockage géologique du carbone, d’une expertise considérable dans le domaine du sous-sol et des infrastructures industrielles nécessaires au développement de projets d’élimination du carbone. »
Et dire que tout a commencé par un simple coup de fil.