« Repenser nos modes de production et de consommation pour consommer moins de ressources et protéger les écosystèmes qui les génèrent. Optimiser l’utilisation des ressources qui circulent déjà dans nos sociétés. » C’est la définition concernant l’économie circulaire. Elle est de Québec Circulaire, elle-même relayée par la célèbre organisation non gouvernementale québécoise Équiterre. En Alberta, les créations de REPIX s’inspirent de ces principes.
À première vue, les vêtements de Serge Basila, directeur de REPIX, attirent surtout l’attention par leurs couleurs et leurs motifs éclatés. Pourtant, derrière chaque vêtement signé par son entreprise se cache une réflexion beaucoup plus profonde sur la consommation numérique et l’impact environnemental des données accumulées sur Internet.
Installé à Edmonton, l’artiste d’origine congolaise a fondé REPIX en 2015. Formé en arts visuels et en communication visuelle à l’Académie des beaux-arts de Kinshasa, il cherchait au départ à créer des designs de teeshirts originaux. Rapidement, sa démarche a évolué vers un projet artistique et écologique beaucoup plus large.
Son inspiration lui vient de son enfance en République démocratique du Congo. Dans sa famille de couturiers, sa grand-mère récupérait les morceaux de tissus laissés dans l’atelier familial afin de créer de nouvelles pièces textiles, une pratique qui rappelle les courtepointes.
Chez nous, on appelait ça “kizobazoba”, qui veut dire “la folie de fou”
Aujourd’hui, Serge Basila transpose cette idée du recyclage dans l’univers numérique. Son processus créatif repose sur la récupération de fragments d’images abandonnées sur Internet, comme des photos oubliées, des pixels inutilisés ou du contenu laissé sur des serveurs.
Un geste politique
À l’aide de logiciels comme Photoshop, Serge Basila mélange les images, les transforme et les retravaille parfois à la main pour créer des motifs entièrement nouveaux. Le résultat : des œuvres abstraites et colorées imprimées sur des vêtements et parfois des accessoires.
Mais pour lui, il ne s’agit pas simplement de mode.
Ce que je fais, c’est du manifeste . Je veux conscientiser les gens sur la consommation numérique
Selon l’artiste, la croissance des données numériques et de l’intelligence artificielle entraine une forte consommation énergétique des serveurs informatiques.
Les vêtements REPIX ne sont toutefois pas fabriqués directement par l’entreprise. Serge Basila travaille plutôt avec des plateformes d’impression à la demande. Les modèles vierges sont imprimés uniquement lorsqu’un client passe une commande, ce qui évite la surproduction et les surplus de stock.
Serge Basila reconnait toutefois que les vêtements ne sont pas entièrement fabriqués au Canada. C’est évidemment moins bon pour l’environnement, considérant l’empreinte carbone due au transport. Néanmoins, le concept créatif, le design et la direction artistique sont développés depuis Edmonton.
Une coopérative de couturières
Depuis 2021, Luketa M’Pindou, directeur général de l’Alliance Jeunesse-Famille de l’Alberta Society (AJFAS), travaille à bâtir une coopérative de couturières africaines francophones, qui allie inclusion sociale, développement durable et entraide communautaire.
Selon M. M’Pindou, l’idée de la Coopérative de Couture des Travailleuses Africaines Francophones (CCTAF) est née d’un désir de créer un espace où les femmes pourraient mettre leurs compétences au service de la collectivité tout en développant leur autonomie financière. « Plusieurs de ces femmes avaient déjà une solide expérience en couture dans leur pays d’origine, mais elles avaient besoin d’un cadre pour exercer leur métier ici », explique-t-il. Au départ, une vingtaine de femmes ont fait partie de la coop, qui avait aussi comme objectif d’offrir de la formation. Une quinzaine de machines à coudre sont proposées aux membres de la coopérative.
Le défi, selon M. M’Pindou, est de garder les femmes au sein de la coopérative. Il admet que certaines préfèrent travailler en solo. Il y en a qui ont même incorporé leur entreprise. Si « ça fait aussi partie de la mission de la coopérative d’encourager l’autonomie de ces femmes », convient M. M’Pindou, c’est aussi un défi de rappeler aux membres que l’union fait la force.
Un aperçu de la Coopérative de Couture des Travailleuses Africaines Francophones (CCTAF) à Edmonton
Réparer et non jeter
Les demandes à l’égard de la coopérative sont notamment dans le domaine de la réparation, afin de réduire le gaspillage textile. La création de vêtements africains est également en demande.
Dans un contexte où l’industrie de la mode génère une quantité importante de déchets, la possibilité de réparer un vêtement permet de prolonger la vie de celui-ci et encourage du même coup des habitudes de consommation plus responsables.
Le projet comporte également une importante dimension sociale. Les couturières peuvent se déplacer dans des résidences pour personnes âgées afin d’effectuer de petits travaux de couture directement sur place. Des ententes ont été conclues, affirme M. M’Pindou, avec le Manoir St-Thomas ainsi qu’avec le Centre de santé St-Thomas, toutes deux à Edmonton. L’un des souhaits du DG de l’AJFAS est de consolider le projet afin d’assurer sa pérennité et d’élargir les services offerts à la communauté.
Garder le savoir-faire ancestral est une façon pour l’économusée Twisted Fork de contribuer à l’économie circulaire.
L’environnement passe aussi par le ventre
La devise « Achetez moins, dépensez mieux » semble refléter la philosophie qui anime Twisted Fork de St-Paul. Créé par Debra Poulin, cet économusée est voué à la production de conserves. Elle affirme que son entreprise soutient les produits des agriculteurs locaux en préservant « les pratiques alimentaires traditionnelles ». Selon Mme Poulin, le fait que ses clients choisissent d’encourager une artisane comme elle plutôt que d’acheter des confitures produites de manière industrielle signifie qu’ils ont à cœur de soutenir « l’artisanat, la communauté et de développer une appréciation plus profonde de la valeur de ce qu’ils consomment ».
À l’heure actuelle, l’entreprise produit une vingtaine de confitures, dont certaines brillent par leur originalité, comme la mangue sucrée mélangée au piment thaï ou encore les ognons toscans en plus d’une moutarde à l’ancienne au whisky. À son assortiment de sauces, la directrice de Twisted Fork prévoit aussi ajouter une gamme de pots de miel.
Mais est-ce que vraiment tout est issu de produits régionaux ? Debra Poulin concède que « dans la mesure du possible », sa conserverie s’approvisionne auprès des agriculteurs et producteurs, peut-être pas tous locaux, mais à tout le moins albertains.
Une chose est sûre pour elle, le respect de l’environnement passe par le respect du savoir-faire ancestral et la mise en valeur de produits issus des Plaines de l’Ouest comme l’amélanchier et la camerise.
En utilisant des méthodes de conservation traditionnelles et en tissant des liens durables au sein de notre communauté, nous contribuons à préserver non seulement les aliments, mais aussi les histoires, les savoir-faire et les traditions agricoles qui définissent notre identité.
Lexique
Amélanchier (Saskatoon berry) : plante à fleurs dont les fruits sont comestibles crus ou cuits.
Camerise (haskap berry) : sorte de baie ressemblant au bleuet.
Déclaration IA : Le présent article a été rédigé par un journaliste. Un outil d’intelligence artificielle a été utilisé pour appuyer la transcription des entrevues. Le journaliste a vérifié l’exactitude des propos.