le Mardi 16 avril 2024

La biologiste et voyageuse Catherine Pinard vient de publier son tout premier livre, Aventures boréales : Mémoires d’une musheuse dans le Grand Nord, aux Éditions de l’Homme. Elle y retrace les nombreuses tribulations qui ont parsemé son passé de musheuse, de son rêve de petite fille de traverser les paysages arctiques en traineau à chiens jusqu’à sa dernière course au Yukon Quest.

Marilyn Ferland – L’Aurore boréale 

C’est par l’écriture que Catherine Pinard a choisi de livrer le récit de ses aventures et mésaventures : «J’aime écrire, alors même si je ne publiais pas ce que j’écrivais, c’était quand même un plaisir de jouer dans mes souvenirs, puis de mettre ça sur papier», raconte celle qui a pratiqué le mushing — la compétition sportive de course de chiens de traineau — activement pendant plus de huit ans.

Catherine Pinard a pratiqué le mushing – la compétition sportive de course de chiens de traineau – activement pendant plus de huit ans. Crédit : Courtoisie – Archives L’Aurore boréale

Avant d’écrire ce livre, elle a d’abord dû traverser un certain deuil après avoir abandonné sa passion en 2007 pour se concentrer sur d’autres aspects de sa vie. 

«C’est une décision que je n’ai jamais regrettée, mais c’est quand même difficile de laisser aller un rêve», avoue-t-elle. Il lui aura donc fallu plus de dix ans avant d’être capable de replonger dans son passé.

Au rythme des courses

Dans son livre, on retrouve son amour pour les chiens, qui se manifeste très tôt dans son enfance. Puis on suit Catherine Pinard de Montréal à la Baie-James, en passant par Kuujjuarapik au Nunavik, jusqu’à son arrivée au Yukon, où elle s’initie pour la première fois à la course de chiens de traineau.

D’apprentie, elle devient elle-même musheuse au fur et à mesure que son intérêt se transforme en passion. Au fil des pages, le rythme des histoires s’accélère et, sans même s’en rendre compte, on se retrouve assis dans le traineau, parcourant le paysage avec l’aventurière. L’épuisement, la faim, la soif et le froid deviennent des compagnons de route.

Chaque histoire de course tient en haleine jusqu’à la ligne d’arrivée, car l’inattendu peut se produire à tout moment : «C’est jamais plate quand tu as une équipe de chiens de traineau!» assure Catherine Pinard. 

C’est par l’écriture que Catherine Pinard a choisi de livrer le récit de ses aventures et mésaventures. Crédit : Tarik Chekchak – Archives L’Aurore boréale

Le livre relate «l’histoire de quatre Yukon Quest, trois Copper Basin et trois Percy DeWolfe. Ce sont les mêmes courses, mais ce sont toutes des histoires différentes parce que ce sont des équipes différentes et que la météo est unique à chaque fois», explique l’autrice.

Son récit est aussi celui de sa découverte du Nord, de la beauté de ses territoires et de ses habitants. Mais tout n’est pas qu’extase : avec la passion ardente des courses de chiens de traineau vient aussi la difficile réalité de gérer un chenil.

«C’est difficile, financièrement : faire de la course, c’est extrêmement dispendieux, admet la meneuse de chiens de traineau. Je pense que maintenant, la Yukon Quest est justement remise en question, parce que très peu de musheurs ont les moyens, l’énergie et le temps pour s’investir dans l’entrainement de longue distance. C’est donc une course qui est appelée à disparaitre.»

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Partager ses histoires «avec plus de monde»

Si Catherine Pinard se spécialisait en courses de longues distances lorsqu’elle était musheuse, l’écriture de son livre relève plutôt du sprint. 

«Honnêtement, écrire le livre au complet, ça m’a pris un mois. Puis ce n’était pas à temps plein! Je travaillais. Je me levais à trois heures et demie du matin, puis je travaillais jusqu’à à peu près 6 h 30, et après ça il fallait que j’aille travailler pour de vrai. Je buvais pas mal de café […] Ça n’a pas été très long à écrire, disons!» lance-t-elle en riant.

La biologiste et voyageuse Catherine Pinard vient de publier son tout premier livre, Aventures boréales : Mémoires d’une musheuse dans le Grand Nord, aux Éditions de l’Homme. Crédit : Courtoisie Éditions de l’Homm

Selon elle, le plaisir de partager ces histoires de nouveau et de le faire «avec plus de monde» est ce qui l’a motivée à accomplir la rédaction en un temps record.

Le prochain projet littéraire de l’autrice est de s’affairer à la traduction de ses récits : «Pour moi, ça serait quasiment aussi important [de le publier en anglais] que de l’avoir écrit en français, parce que la plupart des gens que j’ai côtoyés ou qui m’ont aidée durant les courses, ce sont des anglophones. J’aimerais ça, être capable de partager ça avec eux.»

Une fois cette étape réalisée, elle compte poursuivre ses activités d’écriture avec la transcription de certains de ses récits de voyage et «des histoires cocasses» qu’elle a vécues à l’étranger.

Celle qui tient d’ailleurs un blogue de récits de voyage a par exemple tenté de relier l’Alaska et l’Argentine à vélo en 2019, périple qui s’est malheureusement arrêté au Mexique, en partie en raison de la pandémie. «Je ne sais pas si un jour je finirai mon voyage, mais ç’a été six mois vraiment extraordinaires et il y aurait de quoi à écrire, juste pour ça.»

Pour commander une copie des Aventures boréales en édition limitée, contactez l’autrice : pinardcatherine@hotmail.com.

Virginie Hamel et Marie-Hélène Comeau, deux artistes franco-yukonaises, exposent leurs œuvres aux côtés de cinq autres femmes artistes et francophones venues de Saskatchewan et d’Alberta, au Centre des arts visuels de l’Alberta, à Edmonton.

Maurine Forlin – L’Aurore boréale

Le défi de mettre sur pied une exposition qui regroupe des artistes vivant à des milliers de kilomètres les unes des autres, et ce, en pleine pandémie, a été relevé par Sabine Lecorre-Moore, artiste et commissaire de l’exposition.

Installation photographique de Marie-Hélène Comeau. Crédit : Kyle St Thomas

Cette dernière est partie du constat de la sous-représentation des femmes dans l’histoire de l’art. «Il suffit de faire une courte recherche Google pour se rendre compte de la surreprésentation masculine dans l’art», explique-t-elle. L’exposition a donc pour objectif de valoriser les femmes artistes et de leur permettre de se rencontrer.

Célébrer des femmes inspirantes

Les artistes participantes sont libres d’explorer le sujet comme elles l’entendent et de représenter les femmes qui les inspirent telles qu’elles le désirent. «L’art féminin a une voix différente, particulière», explique la commissaire. C’est pourquoi elle laisse la liberté aux artistes sélectionnées d’exprimer leur propre vision du thème.

Virginie Hamel a créé cinq collages qui représentent cinq femmes imparfaites. On retrouve entre autres la chanteuse Lhassa de Sela et l’écrivaine Fanny Britt parmi ses sujets. 

«Ces femmes ont réussi à inspirer les gens de leur génération tout en étant complètement imparfaites, explique l’artiste. C’est un pied de nez à ce que l’on demande aux femmes habituellement d’être toujours l’emblème de la perfection.»

Pour ce projet, l’artiste explore une esthétique originale différente de ce qu’elle a l’habitude de réaliser : «Je les représente dans une esthétique religieuse, comme un hommage, tout en étant une vision un peu ironique de cette image de sainteté.»

Les artistes franco-yukonaises Marie-Hélène Comeau et Virginie Hamel présenteront leur interprétation du thème «Présence des femmes» au cours de l’exposition du même nom, cet été, à Edmonton. Crédit : Courtoisie

Marie-Hélène Comeau a, quant à elle, choisi de valoriser l’aspect multiculturel de la communauté, en explorant le récit de trois immigrantes franco-yukonaises. Elle présentera trois photographies en noir et blanc et une installation composée de dessins de femmes de la communauté.

L’artiste aborde le récit de ces trois femmes au travers d’un objet de leur quotidien qu’elles ont rapporté de leur lieu d’origine. 

«L’objet du quotidien est un vecteur très intéressant pour faire émerger le récit, explique Marie-Hélène Comeau. On se reconnait autour de la langue dans la communauté, mais on ne connait pas nécessairement l’histoire de chacun. Tous les objets qui nous entourent ont une histoire, c’est une partie de notre histoire à nous, morcelée.» 

L’œuvre se veut ainsi une belle façon d’apprendre à se connaitre et de se lier avec l’autre. Le but de la commissaire n’est pas de simplement exposer différents projets, car l’ensemble des œuvres des sept artistes forment un tout. «L’exposition en elle-même est projet artistique», précise Sabine Lecorre-Moore.

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Une exposition aux multiples facettes

S’adapter est devenu monnaie courante dans le milieu artistique depuis le début de la pandémie. Malgré l’instabilité du contexte, Sabine Lecorre-Moore ne s’est pas découragée et a envisagé tous les scénarios possibles. 

L’exposition devrait être accessible dans l’espace «exploration» du CAVA, mais, en cas de fermeture, l’espace boutique de la galerie pourra également être exploité.

L’idée originale étant surtout de permettre aux différentes artistes de se découvrir. Virtuellement ou non, l’exposition se déroule du 30 juin au 28 aout 2021. Les œuvres des artistes yukonaises referont leur chemin vers Whitehorse et, qui sait, donneront peut-être naissance à d’autres expositions au territoire. À suivre…

Pour plus d’informations : https://bit.ly/3jxBk2a

Il sera possible de visiter l’exposition virtuellement grâce à des capsules vidéos, mais aussi en personne. Une brochure sera également mise à disposition des visiteurs virtuels. De plus, chaque artiste est invitée à proposer un atelier en ligne pour le public.

La création d’une commission scolaire des Premières Nations a avancé dans les dernières semaines. Le processus en est à la deuxième étape sur les neuf projetées et ouvre la porte à une éducation plus adaptée à la culture autochtone pour toutes et pour tous et à de nouvelles collaborations avec, notamment, la Commission scolaire francophone du Yukon.

La ministre de l’Éducation du Yukon, Jeanie McLean, a annoncé au début du mois de juin la poursuite du processus qui devrait mener à la création d’une commission scolaire des Premières Nations. Cette nouvelle commission scolaire, encore à l’état embryonnaire, serait donc la deuxième au territoire, avec la Commission scolaire francophone du Yukon (CSFY). 

«Je crois que c’est une très bonne nouvelle pour l’ensemble du Yukon de voir le gouvernement aller de l’avant avec ça, déclare Jean-Sébastien Blais, président de la CSFY. Tous ont droit à une éducation de qualité acceptable culturellement : il faut donner les moyens pour arriver à donner cette éducation publique de qualité à tous», estime-t-il.

Se positionner en allié.e.s

Ce grand projet pour l’éducation au Yukon vient avec de nombreuses possibilités de collaborations, notamment pour se faire entendre auprès du ministère et du gouvernement du Yukon, estime Marc Champagne, directeur de la CSFY. 

Mais chaque chose en son temps : «Même une fois que la commission scolaire aura vu le jour, il va y avoir du travail à faire pour mettre tout en place, ce n’est donc pas pour demain.»

À ce stade, la CSFY tente de créer des liens de confiance avec les acteurs de cette nouvelle commission scolaire et se positionne en alliée. 

«Lorsque les Premières Nations nous ont approchés, les commissaires étaient unanimes sur leur volonté de collaborer et de partager nos règlements. Nous ne sommes pas là pour vendre un modèle unique, nous souhaitons expliquer ce que nous avons négocié et s’ils veulent s’en inspirer, tant mieux, explique Jean-Sébastien Blais. Le but est de leur donner les clés pour comprendre et leur permettre de créer ce dont ils ont besoin. L’important est que nous soyons là pour les soutenir dans leurs décisions.»

Un avenir rempli de défis

À ce stade, l’avenir de cette nouvelle commission scolaire des Premières Nations est encore assez flou. La ministre de l’Éducation ne s’est pas positionnée quant à l’échéancier de la mise en œuvre du projet et rien ne certifie que cela va aboutir. 

Jean-Sébastien Blais y voit tout de même une avancée très positive : «Des risques, il y en a toujours ; l’important, c’est de voir le signal offert par le gouvernement du Yukon qu’il y a un enthousiasme à aller de l’avant.»

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Les rapports sur l’éducation spécialisée inclusive et sur l’absentéisme au Yukon, tous deux récemment publiés démontrent que le besoin est réel. 

«Il y a une urgence à laquelle il faut répondre», estime le président de la CSFY. Si le gouvernement du Yukon affiche clairement cette importante prise de conscience, il ne reste plus qu’à voir quels actes concrets seront posés dans les prochains mois pour répondre à cette nécessité d’un système éducatif qui répond à tous les besoins.

Le Yukon emboite le pas au Manitoba, à la Saskatchewan et à plusieurs autres provinces et se dote d’une Société d’histoire francophone, pour étudier, conserver et mettre en valeur l’histoire et le patrimoine francophone du Yukon.

Laurie Trottier – L’Aurore boréale

Dans une centaine de cartables remplis de brochures de journaux et de calepins de toutes sortes se cache un pan de l’histoire des francophones. Une trentaine de caisses et de valises contiennent quant à elles des artéfacts, et une vingtaine de bacs débordent de documents non classés, de photos non identifiées. 

Cette impressionnante collection a été amassée au fil du temps par une seule personne, soit l’historien et professeur Yann Herry. Si celui-ci se décrit comme un passionné d’histoire, il est persuadé que d’autres bribes du patrimoine francophone se retrouvent un peu partout à travers le territoire, dans des bibliothèques éparses ou même… dans des boites à chaussure.

Le 7 avril dernier, l’idée (qui germait depuis longtemps) d’avoir une société historique francophone au Yukon prend forme, née d’un désir de créer une base de données et de rendre l’information sur l’histoire de cette communauté accessible à tous. 

Plus qu’une collection d’archives, la Société d’histoire francophone du Yukon (SHFY) se veut un espace d’échanges intergénérationnel où les gens pourraient venir raconter leurs histoires, échanger et même «élaborer certaines théories sur la provenance de certains francophones», explique Yann Herry.

Les priorités des prochains mois sont d’ordre administratif : démarche pour l’ouverture d’un compte bancaire, création d’un logo, envoi de demandes de financement, et préparation de l’assemblée générale annuelle. 

Mais cela n’empêche pas Yann Herry de rêver. Plus tard, il aimerait qu’un musée de la francophonie soit inauguré, avec une galerie d’exposition permanente. 

«Mais ça, on ne voit pas ça avant 10-15 ans», s’exclame-t-il en riant. À moyen terme, la SHFY veut développer des projets entre les jeunes et les ainé.e.s, ainsi que des partenariats avec les sociétés historiques anglophones et les écoles francophones au Yukon.

Fouiller dans les archives

La société travaillera ainsi à récupérer des archives, ce qui est un véritable «travail de moine», selon Yann Herry. Lorsqu’une personne souhaite en savoir plus sur sa descendance au territoire, Yann Herry parcourt d’abord les tomes «empreinte», contenant 2 500 noms d’individus, puis se met à éplucher les classeurs qu’il a créés lui-même.

Selon lui, cette démarche parle d’elle-même : il faut que ces archives soient faciles d’accès et classées de manière appropriée. 

«On va pouvoir créer une base de données. On va essayer d’employer des gens l’été et d’avoir des projets pour faire des catalogues. On va aussi être en collaboration avec Archives Yukon», ajoute Yann Herry. 

Celui qui a déjà publié un livre sur la vitalité de la francophonie au territoire a toujours voulu créer une organisation comme celle-ci. La retraite lui permet désormais d’y consacrer plus de temps.

La curiosité comme leitmotiv

L’équipe peut compter sur une dizaine de bénévoles aux talents diversifiés. «On a des gens qui travaillent dans le domaine de l’histoire et qui sont prêts à aider et d’autres un peu plus en périphérie qui sont intéressés à développer des projets et à faire des recherches sur leurs familles», explique Yann Herry. 

Pour l’instant, le conseil d’administration est formé de Yann Herry à la présidence, Sylvie Binette à la vice-présidence et Édith Babin au secrétariat et à la trésorerie.