le Lundi 8 juin 2026
le Lundi 8 juin 2026 7:00 Chronique

Le rôle de proche aidant, entre gratification et détresse

Le rôle de proche aidant, entre gratification et détresse
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Les proches aidants sont, le plus souvent, des membres de la famille d’une personne présentant des limitations, celle-ci peut être jeune ou vieille, handicapée, mentalement ou physiquement, présentant des problématiques de santé ou vieillissantes et en perte d’autonomie. Selon Statistique Canada (2024), un Canadien sur quatre est actuellement un proche aidant et un sur cinq a plus de 65 ans. Bien qu’il s’agisse d’un rôle gratifiant, il est également très exigeant à plusieurs niveaux : santé, finances, vie de famille, etc.  80% des Canadiens âgés de 50 ans et plus disent vouloir demeurer à leur résidence de manière autonome le plus longtemps possible et auront sans doute besoin d’aide. Pour les aidants, outre la fatigue et autres problématiques, s’ajoutent souvent la solitude et l’isolement. Si leur détresse et leurs difficultés sont reconnues, un sujet qui y est relié demeure tabou; le meurtre par compassion ou l’homicide-suicide, plus présent chez les plus âgés. 

Des conséquences tragiques peu étudiées

Le meurtre par compassion n’existe pas dans le Code criminel canadien et le contrevenant ayant commis un tel crime est jugé pour homicide. Le plus souvent, c’est la souffrance observée chez la personne atteinte, ou son état de démence avancée, qui devient insupportable et pousse le proche aidant à passer à l’acte.  

Le 16 novembre 1994, en Saskatchewan, Robert Latimer est reconnu coupable du meurtre sans préméditation de sa fille Tracy, 12 ans, gravement handicapée depuis sa naissance (« Affaire Robert Latimer: le meurtre par compassion d’un père qui a bouleversé le pays », Archives, Radio-Canada, 16 janvier 2026). Condamné à perpétuité, sans possibilité de libération conditionnelle avant dix ans, ce n’était pas le premier cas de ce genre au Canada. En 1941, Victor et Dorothy Ramberg avaient mis fin aux jours de leur fils de deux ans, en souffrances continuelles en raison d’un pénible cancer au cerveau. Dans leur maison de Keoma, en Alberta,  ils ont disposé un tuyau véhiculant du monoxyde de carbone dans la chambre de l’enfant et ont failli y périr eux-mêmes, refusant de quitter leur fils jusqu’à la fin.  Accusés de meurtre, leur cas donna lieu au premier réel débat juridique national concernant l’euthanasie. Après dix minutes à peine de délibération, le jury a rendu son verdict : l’acquittement (Platt, Michael, « Alberta mercy killing in 1941 began euthanasia debate still rages », Edmonton Sun, 6 mars 2016).

Les cas les plus récents au Canada, cependant, concernent plutôt des personnes âgées mettant fin à la vie de leur conjointe. Ainsi, Herbert Lerner, 77 ans, répond en juillet 2000 du meurtre de sa femme, Jenny, 73 ans, atteinte d’Alzheimer et retrouvée sans vie dans un hôtel de Vaudreuil-Dorion, au Québec. L’homme y avait emmené celle-ci en limousine pour fêter leur 52e anniversaire de mariage, puis a versé des somnifères dans son café avant d’appuyer un oreiller sur son visage. Il sera découvert, inconscient, après avoir tenté de mettre fin à ses jours. M. Lerner sera condamné à cinq ans de pénitencier pour homicide involontaire et libéré au sixième de sa peine (« Herbert Lerner aurait tué sa femme par compassion », TVA Nouvelles, 15 juillet 2000). Le 20 février 2017, Michel Cadotte, 57 ans, étouffe avec un oreiller la femme qui partage sa vie depuis 19 ans, Jocelyne Lizotte, 60 ans, après avoir appris qu’elle n’était pas admissible à l’aide médicale à mourir. Atteinte de la maladie d’Alzheimer à un stade avancé, la femme se trouvait alors dans un centre d’hébergement à Montréal. Cadotte sera reconnu coupable d’homicide involontaire et condamné à deux ans moins un jour d’incarcération (Schué, Romain, « Michel Cadotte condamné à deux ans moins en jour d’emprisonnement», Radio-Canada, 28 mai 2019).

L’aide médicale à mourir peut-elle permettre d’éviter de tels cas? Disponible au Québec depuis décembre 2015, et légalisée au palier fédéral en 2016, celle-ci a, depuis, subi diverses avancées. Néanmoins, est-ce suffisant pour les proches aidants en détresse ? Peut-être pas, car, bien que le Québec ait le plus haut taux d’aide médicale à mourir au Canada, de tels drames s’y produisent encore. En 2023, Gilles Brassard, 81 ans, est condamné à la prison à vie pour le meurtre de sa femme, Thérèse Brassard-Lévesque, 79 ans, ses proches avaient pourtant démontré son amour et son dévouement envers celle-ci. Le couple était marié depuis 53 ans et la femme était fortement diminuée par la maladie d’Alzheimer. Après son geste, l’homme a tenté de se suicider et, lors du procès, a plaidé coupable à une accusation de meurtre au second degré (Perron, Louis-Samuel, « Abandonné par le système, il tue par compassion sa femme atteinte d’Alzheimer », La Presse, 13 novembre 2024). En Europe, de semblables situations se multiplient depuis quelques années et il est fort possible qu’au Canada des cas de meurtres par compassion n’aient tout simplement jamais été découverts. 

Conclusion

Il convient de s’interroger concernant l’assistance fournie à des personnes proches aidantes, particulièrement chez les plus âgées. De plus, les gens ayant recours à une solution désespérée sont souvent des individus démunis financièrement, ce qui peut les empêcher de recourir à de l’aide extérieure, d’ailleurs, le besoin d’un apport financier supplémentaire est l’un des éléments les plus souvent évoqués par les proches aidants en détresse. Quoi qu’il en soit, les signes annonciateurs d’une surcharge émotionnelle ou physique chez l’un de ceux-ci ne doivent jamais être pris à la légère.