Le déclin (relatif) du français (partie 1)

Écrit par : Le Franco

7 décembre 2022

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Robert McDonald. Crédit : Courtoisie
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J’aime bien les statistiques; c’est une déformation professionnelle d’ancien analyste et chercheur. Les données de Statistique Canada ont longtemps constitué un outil de travail essentiel.

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Je me suis penché dernièrement sur les données publiées le 17 août dernier concernant les langues d’usage au pays – un déluge de chiffres déconcertants qui mettent en relief le glissement du poids démographique des francophones depuis 2016.

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J’arrive à une série de constats :
  1. Le déclin du français est strictement relatif et largement attribuable à l’immigration; il est aussi relativement faible d’année en année – et en principe facilement renversable.
  2. Il y a un manque persistant d’immigrants francophones – malgré l’existence d’un énorme bassin de recrutement international.
  3. L’usage du français au Canada est sous-estimé de façon systématique – et le recul exagéré – par la présentation des données; les indicateurs mis en relief par Statistique Canada excluent un nombre important de francophones.
  4. L’ampleur du recul entre 2016 et 2021 paraît anormale et la pandémie de COVID-19 ne peut l’expliquer qu’en partie. Certains experts mettent en doute la consistance et la continuité des données linguistiques.

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Le premier constat : un déclin relatif dû à l’immigration

Soulignons d’abord que le déclin du poids démographique des francophones est réel et qu’il est inquiétant, d’autant plus qu’il dure depuis des décennies et semble s’accentuer depuis 2016. En même temps, ce déclin est strictement relatif et plutôt modeste d’année en année – du moins dans l’ensemble. Il y a des cas exceptionnels dont je discuterai plus tard. Autrement, le nombre de francophones au pays ne cesse d’augmenter, quels que soient les critères employés.

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Le critère de base est toujours la connaissance du français; c’est le critère dont dépendent toutes les autres. Il constitue d’ailleurs la définition internationale du francophone – une personne qui s’exprime en français, quelle que soit sa langue maternelle ou sa langue d’usage à la maison. C’est la mesure par excellence du pouvoir d’attraction de la langue française et de son épanouissement comme langue véhiculaire à travers le monde, y compris au Canada.

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Il y a des puristes qui passent à côté de l’importance cruciale des personnes qui parlent le français comme langue seconde. Leur apport est essentiel. En effet, l’apprentissage d’une langue seconde exige un investissement considérable en temps et en énergie. Inévitablement l’apprenant forme un certain attachement à cette langue durement apprise et à la culture qu’elle véhicule; la force de son attachement peut varier, mais à tout le moins, il a intérêt à protéger son investissement. Que les puristes en prennent note!

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«Il y a des puristes qui passent à côté de l’importance cruciale des personnes qui parlent le français comme langue seconde.»

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Il est alors essentiel de suivre l’évolution des personnes qui s’expriment en français, peu importe leur langue maternelle.

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Entre 2011 et 2021, le nombre de locuteurs de français au Canada a augmenté de 9 960 585 à 10 669 575, pour un taux de croissance tout à fait respectable de 7,1%.

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Le hic, c’est que la population totale du pays s’est accrue de 10,6% au cours de cette même décennie. Il en résulte nécessairement une baisse de la proportion de locuteurs de français. En 2011, les personnes parlant français comptaient pour 30,1% de la population du Canada; ce pourcentage a glissé à 29,1% en 2021.

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La cause principale est bien en évidence. Statistique Canada pointe depuis longtemps que l’immigration est le moteur principal de la croissance démographique au Canada.

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Entre 2016 et 2021, le taux de croissance a atteint 5,2% au Canada – de loin le plus élevé des pays du G7 – et il est attribuable à 80 % à l’immigration. L’accroissement naturel (les naissances moins les décès) étant au plus bas niveau jamais enregistré, le gouvernement fédéral a cru bon de hausser les cibles d’immigration. Alors que le nombre d’arrivées annuelles se chiffrait dans les 200 000 jusqu’à récemment, il a dépassé les 400 000 en 2021, et l’on vise maintenant dans les 500 000. C’est plus de 1% de la population totale qui est ajouté annuellement par le biais de l’immigration.

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Or, relativement peu de ces immigrants connaissent le français en arrivant au Canada et relativement peu l’apprennent par la suite. Dans ces conditions-là, le déclin du français est une simple question de mathématiques.

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Mais si l’immigration est la cause primordiale du recul du français, elle est aussi l’élément clé d’une solution. Et comme le déclin est très faible d’année en année, il est en principe facile à renverser!

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«Mais si l’immigration est la cause primordiale du recul du français, elle est aussi l’élément clé d’une solution.»

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Ce qui nous amène à mon deuxième constat : la pénurie artificielle d’immigrants francophones. Je l’aborderai dans mon prochain volet (à paraître le 12 janvier prochain dans le journal Le Franco).

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Robert McDonald se vante surtout d’être fils de cultivateur de l’Est ontarien et père de trois enfants. Il a fait ses études en géographie à l’Université Carleton et en aménagement du territoire à l’Université de l’Alberta. Par la suite, il a travaillé plutôt dans les domaines de l’éducation et de l’information – comme enseignant en Afrique francophone, comme chargé de cours et recherchiste au Collège Saint-Jean (aujourd’hui le Campus Saint-Jean), comme journaliste à Radio-Canada en Alberta et, finalement, comme analyste bilingue auprès du ministère des Affaires municipales de l’Ontario. Il vit tranquillement sa retraite en banlieue de Montréal.

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