le Vendredi 17 mai 2024
le Samedi 13 avril 2024 22:47 Éducation

Des investissements dans l’éducation francophone qui comblent un manque

Les infrastructures scolaires francophones se multiplient en Alberta, bien qu’elles ne soient pas encore assez nombreuses pour accueillir tous les ayants droit. Photo : Gabrielle Audet-Michaud
Les infrastructures scolaires francophones se multiplient en Alberta, bien qu’elles ne soient pas encore assez nombreuses pour accueillir tous les ayants droit. Photo : Gabrielle Audet-Michaud
(IJL-RÉSEAU.PRESSE-LE FRANCO) - Alors que la gestion scolaire francophone célèbre son 30e anniversaire en Alberta, un constat s’impose : malgré les importants progrès réalisés au cours des dernières décennies, des défis persistent pour parvenir à une équivalence réelle avec la majorité anglophone. Or, le récent plan de financement gouvernemental pour les projets scolaires de 2024 constitue néanmoins un pas dans la bonne direction, avec des fonds alloués pour des infrastructures très attendues.
Des investissements dans l’éducation francophone qui comblent un manque
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Hélène Emmel est présidente du Conseil scolaire Francosud. Photo : Capture d’écran-Francosud

«C’est difficile d’exprimer avec des mots le rattrapage qu’on a besoin de faire», lance la présidente du Conseil scolaire FrancoSud, Hélène Emmell. «Pendant plusieurs années, on n’a pas eu d’annonces [pour de nouvelles écoles] et là, ça fait deux années qu’on en a. Ça indique que le gouvernement [provincial] réalise le besoin; je ne sais juste pas s’il réalise à quel point le besoin est énorme», ajoute-t-elle. 

À Calgary, la croissance de la francophonie continue de contraster avec des infrastructures scolaires insuffisantes, explique-t-elle. Pas moins de 20 390 enfants sont admissibles à l’instruction en français dans la métropole, alors que les sept établissements actuels en accueillent 2 513. Ce constat laisse entrevoir que «seulement 12% des ayants droit sont dans nos écoles», déplore la conseillère scolaire. 

Cette situation est d’autant plus préoccupante que les établissements existants sont proches d’atteindre leur pleine capacité d’accueil. Et ils pourraient également voir leur nombre d’élèves augmenter dans les années à venir en raison de la forte «migration interprovinciale et de l’arrivée de francophones en provenance de pays étrangers». Le déséquilibre qui en résulterait serait encore plus marqué. 

«C’est difficile parce que, dans notre mandat, on est supposé s’assurer que tous les ayants droit sont au courant de l’[existence] des écoles francophones. On a aussi l’obligation de donner le service, mais on n’a vraiment pas les outils et les [infrastructures] pour le faire», précise la présidente. 

Trois projets dans le nord de la ville pourraient cependant améliorer le portrait actuel. Le Conseil scolaire FrancoSud a notamment reçu du financement pour poursuivre son projet de nouvelle école primaire publique qui devrait ouvrir d’ici deux ans et pourra accueillir jusqu’à 350 élèves. Cette nouvelle infrastructure, située dans le nord-est de Calgary, pourra prêter main-forte à l’École La Mosaïque qui est «pleine à craquer».

Comme d’autres infrastructures scolaires à travers la province, l’École de la Rose sauvage (Calgary) atteindra sa capacité maximale de 450 élèves dès la prochaine rentrée scolaire. Photo : Gabrielle Audet-Michaud

Projets en cours dans les deux métropoles

Deux projets sont également en phase de planification. Une seconde école primaire, cette fois catholique, viendra combler un besoin qui existe depuis longtemps : les deux seuls établissements catholiques de la ville sont situés dans le sud de la métropole, ce qui exige des voyages en autobus beaucoup trop longs pour les enfants. Un projet d’infrastructure pour le secondaire est aussi en cours pour soulager l’École de la Rose sauvage qui atteindra sa capacité maximale de 450 élèves dès la rentrée scolaire prochaine. 

«C’est déjà prévu que septembre 2024 marquera la surcapacité de l’école, et ce, même avec l’ajout de [classes modulaires]», mentionne Hélène Emmel. Le manque d’espace étant si criant, le FrancoSud a décidé de mettre en place un modèle hybride, similaire à celui qu’on retrouve dans le système anglophone, allant de la 7e à la 9e année et de la 10e à la 12e afin de partager les élèves entre l’ancienne et la future école.

Du côté d’Edmonton, les choses semblent également se mettre en place pour bonifier l’accès à l’éducation en français dans l’ouest de la ville. «C’est une excellente nouvelle», se réjouit la présidente du Conseil scolaire Centre-Nord (CSCN), Tanya Saumure. Des fonds de planification ont notamment été alloués pour l’ouverture d’un campus comprenant «deux écoles distinctes avec deux gymnases, deux noms [distincts] qui vont [se] partager un terrain». «Il y avait un désert avec juste une école primaire catholique dans le coin. Pas d’école publique ni d’école secondaire», résume-t-elle. 

Le CSCN a également annoncé l’acquisition d’une école publique primaire auprès d’Edmonton Public Schools afin de satisfaire des impératifs pressants. La seule autre école francophone du quartier est catholique et a atteint sa pleine capacité au début du calendrier scolaire. 

«Pour la première fois cette année, on a dû faire des choix et déterminer que les familles qui demandaient des exemptions de cours de religion ou qui n’étaient pas catholiques devaient être transférées à [l’école] Gabrielle-Roy», explique la conseillère. Des élèves pourront intégrer le nouvel établissement dès septembre 2024. 

Tanya Saumure est la présidente du Conseil scolaire Centre-Nord (CSCN). Photo : Courtoisie, CSCN

Du renfort en région

Les besoins en matière d’infrastructures peuvent sembler incommensurables dans les deux métropoles de l’Alberta, mais ils n’en demeurent pas moins préoccupants ailleurs en province. À Fort McMurray, des fonds ont finalement été attribués à l’École Boréale pour la construction de son nouvel édifice «Ça fait dix-neuf ans que c’est sur notre plan d’immobilisations. Des infrastructures équivalentes à la majorité, c’est important et on le répète souvent», souligne Tanya Saumure. 

Elle répète être «très satisfaite par l’ensemble des fonds attribués» au CSCN et espère des progrès similaires dans les années à venir. «Il y a un très grand manque à gagner depuis 30 ans», dit-elle en faisant échos aux propos d’Hélène Emmel. 

Toujours en région, le Conseil scolaire Centre-Est (CSCE) a annoncé avoir reçu du financement pour la modernisation de l’École Beauséjour à Plamondon et la modernisation de l’édifice qui abrite actuellement le projet éducatif à l’École Sainte-Catherine à Lac La Biche. Ces nouvelles installations figurent en priorité dans le plan d’immobilisations du CSCE depuis plus d’une décennie.

«Nous sommes heureux de faire partie des annonces[,] mais on ne connaît pas l’envergure du financement ni l’échéance. Nous aurons davantage de détails lorsque nous recevrons les lettres de confirmation de projets […]», a mentionné la directrice générale du CSCE, Dolorèse Nolette, dans un échange de courriels avec la rédaction. 

À Falher, des fonds ont également été accordés à l’École Héritage afin de lancer le projet de modernisation tant attendu par le Conseil scolaire du Nord-Ouest (CSNO).