le Vendredi 17 mai 2024
le Mercredi 4 octobre 2023 14:10 Sherwood Park

L’orange de la réconciliation à l’honneur dans l’école francophone de Sherwood Park

L'intervenante scolaire communautaire de l’école, Sophie Perreaux et Michel Lapointe le directeur de l’école Claudette-et-Denis-Tardif à Sherwood Park. Photo : Courtoisie
L'intervenante scolaire communautaire de l’école, Sophie Perreaux et Michel Lapointe le directeur de l’école Claudette-et-Denis-Tardif à Sherwood Park. Photo : Courtoisie
(IJL-RÉSEAU.PRESS-LE FRANCO) - L’École Claudette-et-Denis-Tardif a souligné la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation en grande pompe cette année. Concours de dessins, danses et chants traditionnels, ateliers pédagogiques, plusieurs activités ont été organisées au cours de la semaine du 25 septembre pour sensibiliser les élèves à l’histoire coloniale de leur pays et aux défis auxquels font face actuellement les peuples autochtones.
L’orange de la réconciliation à l’honneur dans l’école francophone de Sherwood Park
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Ils sont peut-être seulement quelques élèves d’origine autochtone à étudier à l’école francophone du comté de Strathcona, mais cela n’a pas empêché l’ensemble de la communauté scolaire de se mobiliser pour rendre hommage aux Premiers Peuples à l’occasion de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation

«Nous avons des élèves qui viennent de partout dans le monde et ce qui est important, c’est que tout le monde participe et prenne goût aux activités. On ne fait pas vraiment de différence entre les élèves qui sont d’origine autochtone et ceux qui ne le sont pas parce que la réconciliation, c’est une démarche qui nous implique tous», explique Michel Lapointe, le directeur de l’école.

Malgré cette ouverture et ce désir d’inclusion, il arrive cependant que certains défis de compréhension se présentent pour les élèves. En effet, comme tous les jeunes ne partent pas avec le même niveau de connaissance sur les peuples autochtones et sur la colonisation, les enseignants ont parfois un travail de vulgarisation à effectuer.

Certains nouveaux arrivants, par exemple, en connaissent peu sur l’histoire des pensionnats. «Ils n’ont pas de référence sur cette partie triste de l’histoire […], car ils n’ont pas grandi ici, alors on leur explique, on travaille avec eux pour qu’ils puissent saisir toute la portée de ce qui s’est passé», analyse le directeur. 

Pour pallier cet enjeu, une table a également été aménagée dans le corridor principal de l’école avec toutes sortes de livres pédagogiques et instructifs sur les peuples autochtones. Les élèves peuvent s’informer pendant leur temps libre s’ils le souhaitent. Les enseignants peuvent aussi se référer à ces ouvrages pour encadrer leurs leçons en salle de classe. «Ce qui est intéressant, c’est que les livres sont adaptés pour chaque groupe d’âge», appuie Michel. 

Les plus jeunes ont notamment droit à une version un peu plus adoucie de l’histoire. Les plus vieux, quant à eux, survolent les enjeux autochtones avec une profondeur plus prononcée, car «ils ont le niveau pour comprendre de quoi on leur parle, contrairement aux tout-petits», nuance le directeur d’école.

Plusieurs activités à l’horaire

En plus de l’accompagnement pédagogique prévu dans les salles de classe, la direction de l’école Claudette-et-Denis-Tardif a mis en place une série d’activités pour célébrer les cultures autochtones et encourager les élèves à réfléchir au traitement réservé aux Premiers Peuples. En outre, une chanson et une danse autochtone ont été présentées. «Les élèves ont appris ça dans leur cours de musique, c’est très spécial», mentionne Michel Lapointe. 

Un concours de coloriage portant sur l’histoire du chandail orange a également été instauré dans le but que les jeunes de la 5e à la 8e année puissent en apprendre davantage sur l’histoire de Phyllis Webstad, qui fait partie de la Première Nation Stswecem’c Xget’tem.

«L’idée, c’est que les élèves écoutent ou lisent la petite histoire qui porte sur Phyllis Webstad. Ils font un dessin à partir de leurs impressions et des sentiments que ça leur inspire. Après ça, on va organiser un tirage et déterminer un gagnant», explique l’intervenante scolaire communautaire de l’école, Sophie Perreaux. 

Rappelons que lorsqu’elle était âgée de six ans, en 1973, Phyllis a été arrachée à sa communauté et envoyée dans un pensionnat où on lui a confisqué son nouveau chandail orange et imposé le port d’un uniforme. Cet événement a ultérieurement encouragé Phyllis à établir la Journée du chandail orange (qui est plus tard devenue la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation) pour reconnaître les préjudices causés par le système des pensionnats autochtones au pays et promouvoir le concept «Chaque enfant compte». 

«Le chandail orange est un symbole de la dépossession de la culture, de la liberté et de l’estime de soi dont ont été victimes les enfants autochtones pendant plusieurs générations», écrit Patrimoine canadien.

Andrée Nobert-Bennett est la directrice générale adjointe du CSCN. Photo : Courtoisie

Selon Sophie Perreaux, l’histoire de Phyllis Webstad et de son chandail orange constitue une excellente entrée en matière pour aider les élèves à comprendre l’impact du système des pensionnats autochtones. «C’est le conseil étudiant qui a eu l’idée du concept avec le concours [de dessins] parce qu’il trouvait ça important que les jeunes puissent [s’introduire] à l’histoire derrière le chandail orange et tout ce que ça implique», dit-elle.

Pour clôturer la semaine, les élèves de l’école francophone de Sherwood Park ont reçu la visite de Lise Nepton, une conseillère pédagogique en orientation scolaire du Conseil scolaire Centre-Nord (CSCN), qui est d’origine innue. Cette dernière a effectué une présentation informative sur le processus de réconciliation mis en œuvre au pays. 

Plusieurs autres écoles du CSCN ont également reçu la visite de la conseillère pédagogique. D’ailleurs, les vingt établissements scolaires du Conseil ont organisé des activités pour souligner le 30 septembre. 

«C’est très important pour le CSCN de respecter tous les peuples, mais surtout ceux qui étaient établis ici en premier et qui nous ont accueillis. Comme francophones, nous avons été parmi les premiers Européens à arriver en Alberta. L’histoire n’a pas toujours été positive, alors c’est d’autant plus important de souligner l’importance de cette journée afin de créer un futur plus positif», explique la directrice générale adjointe du CSCN, Andrée Nobert-Bennett.

Elle ajoute que les activités culturelles prévues ont également permis de mettre en valeur l’héritage autochtone qui a survécu malgré les défis des premiers contacts avec les Européens. «On cherche vraiment à souligner la résilience et la diversité des Premières Nations, des Métis et des Inuit à travers l’histoire», conclut-elle.

Glossaire – Dépossession : Perte encourue par la force