le Mardi 28 mai 2024
le Mercredi 24 janvier 2024 11:18 Environnement

Minimiser les risques d’avalanche dans les Rocheuses

Les avalanches représentent un danger constant dans les Rocheuses. Photo : Parcs Canada
Les avalanches représentent un danger constant dans les Rocheuses. Photo : Parcs Canada
(IJL - RÉSEAU.PRESSE - LE FRANCO) - Les décès en fin d'année d’un skieur et d’un alpiniste dans les Rocheuses rappellent à quel point les amateurs de sports d'hiver doivent demeurer vigilants lorsqu’ils s’adonnent à leurs activités alpines. Imprévisibles et omniprésentes, les avalanches représentent un danger constant, même si leurs impacts pourraient être réduits en suivant certaines précautions.
Minimiser les risques d’avalanche dans les Rocheuses
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Les avalanches sont généralement liées aux conditions météorologiques telles que les chutes de neige récentes, le vent et les variations de température. Cependant, les facteurs humains peuvent également déclencher ces événements surtout lorsque les connaissances en prévention font défaut, prévient Jesse de Montigny, directeur général de l’école d’alpinisme de Canmore, Yamnuska Mountain Adventures.

«Nous avons observé une baisse de la mortalité depuis que la sensibilisation aux risques d’avalanche a augmenté. Comprendre les mesures à prendre et savoir reconnaître les dangers peut réellement sauver des vies. C’est pourquoi nous encourageons fortement la population à suivre une formation de base sur le sujet», mentionne-t-il.

Les cours de sécurité en avalanche permettent d’adopter des comportements adéquats sur le terrain, comme évaluer le risque des pentes, se déplacer de manière judicieuse sur la neige et utiliser l’équipement de sécurité en cas d’urgence. 

Les personnes qui ne détiennent pas ce type de formation sont d’ailleurs invitées à rester sur des sentiers sans risque d’avalanche. Jesse conseille de consulter les sites web des parcs provinciaux et nationaux pour s’enquérir de l’état des sentiers. 

«Il y a beaucoup d’endroits sans risque d’avalanche où vous pouvez faire une belle randonnée et ne pas vous faire de trouble. Si vous n’êtes pas éduqués sur les avalanches, prenez au moins le temps de vous renseigner sur les endroits sûrs avant de partir, pour éviter tout danger inutile», note-t-il.

Jean-François Dupras sur le mont Stanley, dans le parc national Kootenay. Crédit : Courtoisie

S’ajuster à la montagne en temps réel

L’alpiniste Jean-François Dupras, qui est établi à Canmore, insiste lui aussi sur l’importance de se familiariser sur les risques d’avalanche avant toute escapade en montagne. Selon lui, que l’on soit skieur, alpiniste, randonneur, glaciériste ou motoneigiste, il est crucial d’avoir des connaissances de base, car chacun peut être confronté à des dangers.

Il souligne d’ailleurs le fait que plusieurs sportifs pensent à tort que les avalanches ne surviennent que sur des pentes très abruptes. Pourtant, la majorité d’entre elles se produisent sur des inclinaisons de 30 à 45 degrés. «Même sans suivre une formation formelle, il est possible de se renseigner sur ces détails-là en suivant le cours en ligne [Ava Avisé] d’Avalanche Canada», mentionne-t-il.

Plusieurs randonneurs ont également un faux sentiment de sécurité puisqu’ils se déplacent avec un équipement de sécurité contre les avalanches, constate l’alpiniste. Cependant, posséder ces outils ne garantit pas nécessairement la maîtrise de leur utilisation. Cette méconnaissance rend alors des objets vitaux tels que la sonde, la balise radio-émetteur et la pelle totalement «inefficaces».

«Avoir ces outils est une chose, mais savoir les utiliser correctement, vérifier leur bon fonctionnement et les batteries avant chaque sortie en montagne est essentiel», insiste-t-il.

Sur le terrain, Jean-François rappelle qu’une analyse en temps réel doit être effectuée pour s’assurer que les conditions demeurent stables, même si les prévisions météorologiques sont favorables. Cette approche requiert une certaine flexibilité et une bonne dose d’humilité, surtout si «faire demi-tour» s’avère l’option la plus sécuritaire. «Si on perçoit un danger, il faut changer de trajectoire et accepter de ne pas atteindre le sommet», note-t-il.

Guylaine St-Gelais est responsable des relations publiques pour les Parcs nationaux du Mont-Revelstoke et des Glaciers. Photo :  Parcs Canada

Des risques routiers bien présents

Outre les risques typiques liés aux sports d’hiver sur les cimes enneigées, les automobilistes albertains qui empruntent le tronçon de la Transcanadienne reliant leur province à la Colombie-Britannique doivent également composer avec des risques d’avalanche qui sont cependant étroitement surveillés. Le col Rogers, localisé dans le parc national des Glaciers en Colombie-Britannique à deux heures du lac Louise, expose en effet les voyageurs à 135 couloirs d’avalanche sur 43 kilomètres de route. Une route et un terrain de jeu très empruntés par les Albertains passionnés de glisse.

«C’est un lien vital entre les provinces et plusieurs parcs nationaux. Il y a beaucoup de Canadiens qui passent par là pour faire des activités de plein air et beaucoup de touristes aussi, mais c’est un endroit très actif pour les avalanches», résume la responsable des relations publiques pour les parcs nationaux du Mont-Revelstoke et des Glaciers, Guylaine St-Gelais.

En hiver, la zone est empruntée par près de 4000 véhicules chaque jour, précise-t-elle. La sécurité de cette route étant la priorité, Parcs Canada et les Forces armées canadiennes mènent donc conjointement un programme étendu de déclenchement préventif d’avalanches à l’aide d’explosifs.

«Le but, c’est de faire tomber des petites avalanches pour prévenir le déclenchement des plus grosses qui pourraient bloquer la route et le chemin de fer. [L’équipe de techniciens des avalanches] évalue donc les conditions et détermine quand et où ils doivent déclencher des avalanches à titre préventif. Puis la Royal Canadian Horse Artillery des Forces armées canadiennes manœuvre l’obusier depuis des positions préétablies», explique la responsable.

Les membres de l’artillerie sont d’ailleurs prêts à agir «jour et nuit», en fonction des conditions de neige. D’autres techniques sont également utilisées comme l’installation de filets ou de paravalanches, ainsi que le contrôle d’avalanches par hélicoptère.

Malgré que ce programme de prévention puisse sembler rassurant pour les skieurs de randonnée et les planchistes albertains, Guylaine St-Gelais rappelle que les pentes ne «sont pas plus sécuritaires qu’ailleurs dans la région».

Comme le contrôle est strictement dédié à la sécurité routière, les sportifs doivent demeurer prudents et détenir un permis d’accès hivernal afin d’évoluer dans certains secteurs. Ce permis permet aux skieurs de rester à l’abri des tires d’explosifs qui servent à déclencher des avalanches préventives. «Il faut également vérifier le statut des pentes avant de se rendre sur place», prévient-elle. 

Glossaire – Glaciériste : alpiniste spécialisé dans l’ascension des glaciers