La plume de Florentine Tchokote du Franco a récemment rapporté dans nos pages qu’à Edmonton a été présenté le Dictionnaire assiniboine, rédigé au XIXe siècle par le père Oblat Valentin Végréville. Le dévoilement de l’ouvrage fut fait à l’occasion de la récente Journée du Savoir organisée par l’Acfas. Ce travail de bénédictin mis en lumière par les recherches conjointes de chercheurs francophones du Campus Saint-Jean et celles de Stephanie Alexis du Heritage and Language Department, chercheuse issue de la Nation Nakota Sioux d’Alexis, démontre une collaboration entre les deux communautés minoritaires.
Entrée en fonction le 1er avril, il apparaissait intéressant de s’entretenir de la revitalisation du français et des langues autochtones en contexte albertain avec notamment Kelly Burke.
Au lieu de parler de luttes, celle-ci préfère mentionner qu’elle a perçu « une approche collaborative dans l’action du Commissariat pour soutenir les communautés francophones en situation minoritaire ». Cette collaboration passe par une sensibilisation des institutions face notamment à un meilleur accès aux services en français. Elle donne pour exemple le plan d’action provincial « qui découle de l’accord bilatéral en santé conclu entre le gouvernement du Canada et celui de l’Alberta ». Plan qui identifie clairement les services de santé en français comme étant prioritaires. Elle souligne aussi que le fédéral a contribué au programme Cap vers l’emploi à l’échelle de l’Alberta, qui contribue, selon elle, à prendre en compte les besoins des communautés francophones.
Luttes communes pour la langue ?
Celle qui a passé plus de 20 ans au sein de la fonction publique ontarienne et qui fut notamment Commissaire aux services en français de l’Ontario constate qu’il y a de nombreuses activités visant le rapprochement en Alberta entre francophones et les peuples autochtones. « Le festival Flying Canoë Volant d’Edmonton en est un bel exemple : il rassemble des partenaires francophones métis et autochtones autour d’une célébration inclusive et éducative qui rejoint un nombre croissant de personnes. »
Il est essentiel de continuer à poursuivre les efforts pour la revitalisation et la promotion des langues autochtones, tout en continuant de renforcer le statut et l’usage du français et de l’anglais comme langues officielles
Le point de vue de Stephanie Alexis est sans doute un peu plus tranché.
La survie de ma langue relève de la responsabilité du peuple. Mes aînés nous rappellent qu’il incombe aux parents d’enseigner la langue à leurs enfants. L’arrivée d’un commissaire n’a rien à voir avec notre langue, qui nous a été donnée par Dieu. Peu importe les lois que le gouvernement adopte ou les ressources qu’il alloue : si le peuple ne parle pas, la langue est perdue et il n’y a pas de souveraineté.
La chercheuse Stephanie Alexis est membre de la Nation Nakota Sioux d’Alexis.
Les chiffres de Statistique Canada tendent à lui donner raison, alors que seuls 7 % des membres de la nation Alexis Nakota Sioux parlent la langue.
Des luttes conjointes pourraient-elles être possibles entre Autochtones et francophones ? Pour la chercheuse au Heritage and Language Department de Wakamme (God’s Lake), la situation n’est pas la même. Alors que les francophones ont été conquis par la Couronne britannique, Mme Alexis précise que dans les traités, le peuple Stoney, dont est issue la nation Nakota Sioux, considérait « la Couronne comme notre partenaire dans le cadre de la colonisation et du partage de la terre ». Le principe d’égalité se voulait donc présent dès le départ.
La suite des choses
Wiya (Mme) Alexis reconnait que l’apprentissage des langues autochtones est en progression.
Les Premières Nations, les Métis et les Inuits sont les mieux placés pour tracer la voie à suivre pour les langues autochtones
Elle rappelle cependant que le Commissaire aux langues autochtones, nommé il y a cinq ans, est là pour « protéger, revitaliser et promouvoir les langues autochtones ». Mme Burke considère qu’il est « le mieux placé pour élaborer des stratégies et des approches afin de les faire progresser ».
En ce qui concerne les francophones, Kelly Burke est bien décidée à prendre son bâton de pèlerin pour aller « à la rencontre des intervenants en Alberta afin de mieux comprendre les réalités sur le terrain, entendre les préoccupations et voir où des améliorations sont encore nécessaires. C’est en étant à l’écoute et en travaillant en collaboration que nous pourrons contribuer à l’atteinte des objectifs de la Loi sur les langues officielles ».
Lexique
Le peuple Stoney : Première Nation de l’Ouest canadien, connue aussi sous le nom de Stoney-Nakota.
Déclaration IA : Le présent article a été rédigé par un journaliste. Un outil d’intelligence artificielle a été utilisé pour appuyer la transcription des entrevues. Le journaliste a vérifié l’exactitude des propos.