Le rêve de deux parents français réalisé en Alberta

Écrit par : Mélodie Charest

3 octobre 2021

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Lionel et Luc avec leurs deux fils Elio, deux ans, et Lubin. Crédit : Courtoisie.

Fonder une famille est une aventure rebondissante. Elle l’est encore plus lorsque le couple est homosexuel. C’est du moins ce que laisse entendre l’histoire de Luc et Lionel. Après maintes péripéties, le couple originaire de Nancy en France a accueilli le 18 août le petit Lubin, leur deuxième fils porté par une Albertaine.  

Enseignants de profession, Luc et Lionel ont cette passion de transmettre le savoir aux plus jeunes générations. Fonder une famille leur semblait donc naturel : «On a toujours été entouré par des enfants que ce soit à l’école ou ceux de nos frères et sœurs. On a toujours eu envie d’en avoir à nous». De l’adoption à la coparentalité avec un couple de lesbiennes, ils ont étudié toutes les possibilités pour faire épanouir «leur fibre paternelle».

Le petit dernier de la famille: Lubin Edmond Albert. Comme son frère de deux ans, Lubin est né d’une mère porteuse d’Edmonton. Crédit : Courtoisie.

Après avoir discuté avec l’agence Canadian Fertily Consulting (CFC), mais aussi avec des couples qui ont eu recours à une mère porteuse, ils décident que la gestation pour autrui (GPA) est «la meilleure solution». L’agence soumet des profils de mères canadiennes au couple. La liste des pays qui autorisaient le GPA était assez mince lorsqu’ils ont commencé leur processus en 2017.

Dès que Lubin sera assez grand, la famille  s’envolera vers Nancy, leur lieu de résidence, sans oublier le Canada et l’Alberta. Crédit : Courtoisie.

Leur choix se porte plutôt pour le Canada que pour les États-Unis, et ce malgré que le processus y soit plus rapide. Pourquoi? Luc et Lionel émettent des réserves sur le rapport à l’argent qu’entretiennent les femmes américaines pour cette pratique médicale. Contrairement à leurs homologues du sud, le Canada interdit la rémunération pour le GPA bien que certains frais médicaux soient remboursés. Elles le font dans un élan d’altruisme : donner la chance à un couple de fonder une famille. Pour ces deux papas, la relation entre la mère porteuse et les parents d’intention est donc plus solide émotionnellement par chez nous.

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Un long processus

Le couple se rend à San Diego, aux États-Unis, pour créer les embryons à partir de leur sperme : «on attendait plus qu’une mère porteuse pour avancer». Au bout d’une année, les candidates se succèdent, mais aucune ne semble assez sérieuse.

Lionel avec son nouveau-né à Edmonton. En honneur de la ville où son fils a vu le jour, Lionel et son conjoint ont ajouté «Edmond Albert» à son nom complet. Crédit : Courtoisie.

C’est dans un parc public de Barcelone, en 2018, que Luc et Lionel rencontrent pour la première fois April, via Skype. Les échanges se multiplient et, au bout d’une quinzaine de jours, cette Albertaine accepte de devenir la mère porteuse de leur premier enfant : Elio.

Depuis la naissance du petit blond aux yeux bleus, les quatre échangent continuellement et des liens serrés se tissent entre eux. En mars 2020, April annonce son désir de renouveler son expérience avec CFC: «On s’est dit que c’était le moment ou jamais de le faire. On lui a donc demandé si elle était d’accord». 

Dix-huit mois plus tard, et ce malgré la pandémie, Luc, Lionel et Elio (2 ans) accueillent Lubin à Edmonton. Le sourire accroché aux lèvres, le bonheur de ces hommes d’avoir deux fils est palpable : «on ne pensait même pas en avoir».  

Lionel et son fils de 2 ans, Elio Edmond Albert qui accueille le nouveau membre de la famille. Crédit : Courtoisie.

Ayant accumulé des années d’expérience en enseignement, Luc et Lionel ont vu bien des enfants défiler sur les bancs d’école : «on est confronté, chaque année, à des enfants qui sont dans des familles et qui ne sont pas heureux pour différentes raisons ou qui n’ont pas été forcément désirés.» D’une même voix, ils assurent que les leurs ont été désirés. Difficile de penser autrement lorsque l’on sait le parcours compliqué qu’ils ont vécu pour en arriver là. «Ces enfants-là sont désirés et voulus!»

April, la mère porteuse des deux fils du couple, qui berce le petit Lubin. Crédit : Courtoisie.

  • Faire apppel à une mère porteuse est légale au Canada. La rémunération pour ce service est toutefois interdite par le Code criminel.
  • La Loi sur la procréation assistée est en vigueur depuis 2004. Selon l’article 6, la rétribution de la mère porteuse est défendue.

«Il est interdit de rétribuer une personne de sexe féminin pour qu’elle agisse à titre de mère porteuse, d’offrir de verser la rétribution ou de faire de la publicité pour le versement d’une telle rétribution, peut-on lire dans le document législatif.»

  • En 2020, le gouvernement fédéral a émis la liste des indemnisations permises pour les frais engendrés par la mère porteuse ou la perte de revenu de travail : les déplacements, les frais juridiques, l’épicerie, l’accouchement, les médicaments, etc.

Afin de préserver la vie privée du couple, les noms de famille ne figurent pas dans cet article.

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