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le Samedi 4 février 2023 9:00 Opinions PR

Le déclin (relatif) du français (partie 2)

Le déclin (relatif) du français (partie 2)
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Nos pages sont les vôtres. Le Franco permet à ses lecteurs de prendre la parole pour exprimer leurs opinions. Dans son analyse des données du recensement de 2021, Robert McDonald est arrivé à une série de constats sur le déclin du français au Canada. Dans un premier volet paru dans Le Franco du 24 novembre, il a abordé que ce déclin inquiétant – mais strictement relatif – est attribuable avant tout à l’immigration. Il précise sa pensée dans ce second volet.

Deuxième constat : le manque artificiel d’immigrants francophones

En matière d’immigration, les autorités canadiennes – aussi bien à Québec qu’à Ottawa en ce moment – poursuivent des politiques qui ont pour effet d’accentuer la minorisation des francophones.

Cette minorisation n’a rien d’inévitable. Avec un peu d’effort, elle est renversable – d’autant plus que la proportion de francophones ne diminue que très lentement d’année en année. (Le mot «francophone» réfère ici aux locuteurs de français, quelle que soit leur langue maternelle; il s’agit de la meilleure mesure de la vitalité et de l’utilité de la langue.)

Entre 2016 et 2021, par exemple, le pourcentage de locuteurs de français au Québec a glissé de 94,5 % à 93,7 %. Pour maintenir l’équilibre de 2016, il aurait suffi d’augmenter la population francophone de 61 253 personnes sur cinq ans.

Robert McDonald. Crédit : Courtoisie

Robert McDonald. Crédit : Courtoisie

À l’extérieur du Québec, la proportion a glissé de 10,8% en 2016 à 9,9% en 2021, pour un manque à gagner plus sérieux de 107 263 locuteurs sur cinq ans.

Le déclin du poids du français depuis 2016 se résume donc à un déficit de 168 516 locuteurs de français, 33 704 par année en moyenne.

À ce que je sache, il y aurait juste deux façons de le combler: en faire ou en faire venir. L’une, plutôt lente, passe par la procréation et par l’éducation; l’autre plus rapide passe par l’accueil de 33 704 immigrants francophones de plus par année. Cela aurait fait l’affaire!

C’est bien peu en principe. Le Canada reçoit en moyenne 307 848 immigrants permanents par année depuis 2016, si l’on se fie aux chiffres de l’IRCC (Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada).

L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) dénombre 320 millions de francophones à travers le monde.

Il serait donc possible de restaurer l’équilibre linguistique au Canada par le biais de l’immigration, mais il faudrait redoubler les efforts de recrutement d’immigrants francophones!

Toujours selon l’IRCC, le nombre actuel d’immigrants «d’expression française» est de 32 948 par année en moyenne et représente 10,7 % du total. Pour en ajouter 33 704, il faudrait porter le taux à 21,6 %.

Ce qui est tout à fait faisable; il existe un bassin de recrutement énorme. L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) dénombre 320 millions de francophones à travers le monde, dont 255 millions qui utilisent le français quotidiennement. C’est sans parler des quelques 800 millions de locuteurs natifs d’autres langues romanes apparentées au français.

Qu’est-ce qu’on attend alors pour remédier à cette pénurie artificielle d’immigrants francophones et francotropes? Où est le blocage?

Soulignons d’emblée qu’il n’existe plus aucune discrimination formelle à l’égard des immigrants francophones, quel que soit leur pays d’origine. Le système de points qui est utilisé depuis 1967 pour évaluer les demandes en immigration favorise la connaissance du français au même titre que la connaissance de l’anglais.

En plus, la suppression de mesures discriminatoires à caractère raciste a ouvert la porte aux ressortissants des pays dits «du Sud». Il s’agit, pour la plupart, d’anciennes colonies européennes – britanniques, espagnoles, portugaises et françaises.

À partir des années 1970, le Québec s’est attaqué vigoureusement au déséquilibre en matière de recrutement et d’intégration des immigrants. Il gère l’essentiel de son immigration depuis 1991 et la proportion d’immigrants francophones au Québec s’est accrue sensiblement, passant de 40,6 % en 1981 à 63,4 % en 2011.

Parmi les immigrants arrivés depuis 2016, Statistique Canada rapporte que 75,8 % connaissaient le français en 2021. L’intégration des non-francophones est effectivement assurée par l’éducation. En 1976, seulement 20 % des enfants de souche non francophone faisaient leurs études primaires et secondaires en français. Le taux est de 90 % actuellement.

Malgré ce succès retentissant, l’effort québécois s’essouffle; il est même question de geler ou de baisser les cibles en immigration. La capacité, ou la volonté, d’accueillir de nouveaux immigrants est insuffisante pour renverser la minorisation des francophones au pays. En 2021, le Québec n’a accueilli que 12,4 % des immigrants reçus au pays, alors qu’il abritait 23 % de la population.

On pourrait dire que la bataille pour le français se joue dorénavant à l’extérieur du Québec.

D’où l’importance cruciale d’augmenter l’immigration francophone à l’extérieur du Québec; la capacité d’absorption y est plus grande. En 2003 le gouvernement fédéral a adopté une cible de 4,4 % d’immigrants francophones à l’extérieur du Québec – une cible bien timide qu’il n’a toujours pas atteinte.

Les publications de Statistique Canada minimisent l’importance de la francophonie hors Québec, mais l’analyse de ses données de base brosse un portrait différent – plus du quart des francophones du Canada y vivent déjà. On pourrait dire que la bataille pour le français se joue dorénavant à l’extérieur du Québec.

À suivre…

Cette bataille pour le français fera partie du 3e volet du texte de Robert McDonald