le Samedi 18 mai 2024
le Dimanche 5 mars 2023 9:00 Opinions PR

Le déclin (relatif) du français (3e partie)

Le déclin (relatif) du français (3e partie)
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Nos pages sont les vôtres. Le Franco permet à ses lecteurs de prendre la parole pour exprimer leurs opinions. Dans son analyse des données du recensement de 2021, Robert McDonald est arrivé à une série de constats sur le déclin du français au Canada. Dans les deux volets précédents, Robert McDonald a démontré que le déclin relatif du français au Canada est attribuable avant tout à l’immigration et que la façon la plus efficace de renverser cette minorisation lente serait de renforcer l’immigration francophone. Au Québec, cependant, la capacité – ou la volonté – d’absorption des immigrants est insuffisante à la tâche. Le maintien du poids démographique du français dépend alors de l’immigration francophone à l’extérieur du Québec.

La grande ironie, c’est que la résistance à l’immigration au Québec (où le français est parlé presque universellement) semble découler d’un récit dominant qui voudrait que la langue y soit gravement menacée, et qu’elle soit vouée à une disparition imminente ailleurs. Ce discours de faiblesse semble trouver sa justification principale dans les publications de Statistique Canada.

J’arrive donc à mon troisième constat : l’usage du français au Canada est sous-estimé de façon systématique – et son recul exagéré – par la présentation des données de Statistique Canada. Les indicateurs mis en relief dans ses publications excluent un nombre important de francophones et cachent la vitalité de leur langue.

Premièrement, Statistique Canada ne reconnaît pas l’importance de la connaissance du français, l’indicateur par excellence de la vitalité d’une langue. L’agence fédérale le dénigre même en le présentant comme «la capacité de soutenir une conversation». C’est un seuil minimal qui s’applique à toutes les langues; il est trompeur de l’utiliser pour décrire toute une classe de personnes – les locuteurs de français – dont la grande majorité (77,4%) utilise cette langue régulièrement ou exclusivement à la maison et dont 71,6% l’ont comme langue maternelle!

Mais l’importance de cet indicateur tient aussi du fait que 28,4% des locuteurs ne sont pas de langue maternelle française. Ils sont des francisés, dans le sens qu’ils ont acquis la langue en dehors du foyer familial. La proportion de locuteurs non natifs est la juste mesure de la force d’attraction d’une langue, car personne ne se donnerait la peine de maîtriser une langue seconde inutile! Cette langue seconde doit leur être avantageuse – sinon une nécessité impérative – au travail ou ailleurs dans la communauté.

De toute évidence, le français est devenu une langue véhiculaire qui rivalise avec l’anglais. Parmi les locuteurs d’anglais, 32,9% sont des anglicisés de langue maternelle autre. À 28,4%, la force d’attraction du français se rapproche donc de celle de l’anglais.

La force d’attraction du français s’étend bien au-delà des frontières du Québec. Statistique Canada en cache l’importance en se servant de pourcentages calculés sur des bases très différentes. Il est vrai que 93,7% de la population du Québec parlent français, contre seulement 9,9% ailleurs, mais la population hors Québec est environ trois fois plus grande. En chiffres réels, les 2 790 320 locuteurs hors Québec représentent plus du quart des 10 669 575 locuteurs canadiens – un atout important.

La force d’attraction du français s’étend bien au-delà des frontières du Québec.

Statistique Canada dissimule la force du français de façon systématique, non seulement dans la sphère communautaire ou publique, mais aussi dans la sphère privée ou familiale.

La langue parlée à la maison est de première importance, car elle détermine la langue maternelle des enfants. Elle ne garantit pas pour autant l’épanouissement de cette langue maternelle ni de la culture qu’elle véhicule. Une langue immigrante ou autochtone qui ne jouit pas de la protection d’un état – qui n’est pas une langue d’instruction ou d’administration publique – a tendance à reculer devant les langues officielles privilégiées. C’est la sphère publique qui emporte sur la sphère privée.

La langue parlée à la maison est de première importance, car elle détermine la langue maternelle des enfants. Elle ne garantit pas pour autant l’épanouissement de cette langue maternelle ni de la culture qu’elle véhicule.

C’est d’autant plus vrai que le bilinguisme et le plurilinguisme envahissent de plus en plus le milieu familial. En 2021, 18,7% des Canadiens ont déclaré parler plus d’une langue à la maison et 4,0% ont déclaré avoir plus d’une langue maternelle.

Depuis 1971, Statistique Canada favorise le concept de la «première langue parlée à la maison», ce qui donne des indicateurs problématiques! Même si plusieurs langues sont présentes, la langue parlée le plus souvent est la seule qui est rapportée. Il se peut qu’elle ne soit guère plus parlée que la deuxième ou la troisième langue, le cas échéant. Dans le cas des immigrants, la première langue parlée est souvent une langue étrangère et la 2e ou 3e, une langue officielle.

Pour pallier ce défaut, Statistique Canada a introduit en 2001 un indicateur additionnel : «langues parlées régulièrement à la maison». Le contraste est frappant. En 2021, 8 261 800 Canadiens (22,6%) déclaraient parler le français exclusivement ou régulièrement à la maison. Parmi eux, 7 044 855 (19,2%) déclaraient le français comme étant la langue parlée le plus souvent. En favorisant le dernier indicateur, on fait disparaître 1 216 945 francophones!

Néanmoins, Statistique Canada minimise toujours l’importance des langues parlées régulièrement à la maison, notamment le français.

Suite et fin à venir…