Noël en été et en français

Écrit par : Sarah Therrien

20 août 2021

La bonne humeur était contagieuse le 24 juillet dernier au Parc Beauchemin lorsque les campeurs de tous âges ont célébré le Noël des campeurs. Crédit : Sarah Therrien

Depuis près de 50 ans, les campeurs francophones et francophiles du Parc Beauchemin se réunissent à la fin du printemps. Le camping de 48 emplacements, administré par la Société franco-canadienne de Calgary (SFCC), est situé à l’ouest de Millarville. Le 24 juillet dernier, la fête de Noël était célébrée… mais en français bien sûr. 

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Après un voyage en voiture d’environ 50 minutes de Calgary, les gratte-ciel laissent tranquillement place aux plaines garnies de balles de foin. Le chuchotement de la rivière Three point creek fait rapidement oublier le brouhaha des automobiles. La route de terre qui mène au Parc Beauchemin est une promesse de tranquillité, un chemin qui mène à un village francophone méconnu. 

La distribution des cadeaux, un moment très attendu par les enfants au camping. Crédit : Sarah Therrien.

Noël en juillet est une tradition québécoise célébrée dans les campings. Le Parc Beauchemin ne fait pas exception. En cette journée chaude du 24 juillet, les résidents ont sorti leur décoration et leur musique de Noël. Le clou du spectacle est l’arrivée du père Noël, synonyme de distribution de cadeaux pour les enfants. À l’intérieur de la salle communautaire, la bonne humeur est contagieuse lorsque les campeurs de tous âges se réunissent autour du sapin décoré. 

Guy et sa femme Cherry à l’emplacement 12, continuent d’aménager leurs installations, année après année. Crédit : Sarah Therrien.

Esprit de communauté francophone préservé

Le camping partage la mission de la Société franco-canadienne (SFCC). «Il est là pour favoriser la culture francophone et encourager les gens à parler français», souligne Stella Bergeron, présidente de la SFCC depuis juillet 2020. «C’est une bonne façon pour les enfants d’apprendre un autre vocabulaire que celui qu’ils apprennent à l’école», poursuit-elle. Tous les campeurs sont liés certes par leur amour du plein air, mais aussi par celui de la langue française. 

Stella Bergeron est la présidente de la Société franco-canadienne de Calgary (SFCC) depuis juillet 2020. Crédit : Sarah Therrien

Gilles, un ancien résident du Parc venu rendre visite à sa fille, est nostalgique. «On a vraiment eu du bon temps ici », lance-t-il. Il se rappelle les fêtes de la Saint-Jean-Baptiste de l’époque où le soir, «vers 10-11h, on commençait les partys parce que les enfants étaient couchés». 

Au Parc depuis 20 ans, Guy et sa femme Cherry ont relié leur roulotte à une rallonge, doublant ainsi la superficie habitable. Crédit : Sarah Therrien

La présidente de la SFCC, elle-même campeuse au Parc, met en lumière l’esprit de communauté. Elle souligne l’importance de créer «des liens avec des francophones, surtout quand tu es loin de ta famille». Cet esprit de fraternité est palpable et continue de s’alimenter avec le rajeunissement des campeurs. «À une époque, la moyenne d’âge était de 74 ans», mentionne Stella. Aujourd’hui, de plus en plus de jeunes familles décident de s’installer au Parc Beauchemin pour l’été. 

2013, une année gravée dans les mémoires

Derrière l’atmosphère festive de cette journée de Noël, le souvenir des inondations de 2013 n’est pas très loin. Certains ont tout perdu lorsque le courant de la rivière Three point creek a emporté fosses septiques, roulottes et mobiliers. Stella Bergeron précise que le Parc se situe sur une zone inondable, et qu’en 2005 un pareil scénario s’était produit au camping.  

La rivière Three point creek serpente derrière le camping. Crédit : Sarah Therrien

Malgré les embûches, les résidents estivaux demeurent attachés à ce lieu. Comme Doycle, qui habite l’emplacement numéro 6 depuis 20 ans, mais qui a dû attendre 6 ans pour avoir ce lot tant désiré. Il faut savoir qu’une fois dans le parc, il est possible de se mettre sur une liste d’attente pour changer d’emplacement. 

Un deuxième chez-soi 

L’objectif est «d’éviter les rangées d’oignons», précise Stella. Le Parc Beauchemin se disperse sur 16 âcres, laissant aux campeurs le loisir d’aménager leur petit lopin de terre à leur guise. C’est exactement ce qu’a fait Guy et sa femme Cherry à l’emplacement numéro 12. Au Parc depuis 20 ans, le couple a relié leur roulotte à une rallonge, doublant ainsi la superficie habitable. 

À l’emplacement 6, Docyle possède une cour arrière à faire des jaloux : hamac, balançoire, mais la campeuse nous prévient qu’elle n’a «pas fini de nettoyer».

Fière, mais humble, Docyle possède une cour arrière à faire des jaloux : hamac, balançoire, mais la campeuse nous prévient qu’elle n’a «pas fini de nettoyer». Car il ne faut pas se leurrer, entretenir son emplacement demande beaucoup de travail physique tout au long de l’été et aussi à l’ouverture et à la fermeture de la saison de camping. Un travail que Doycle assure elle-même, «elle travaille comme un petit jeune de 17 ans», s’exclame Stella, avec admiration. 

Mario et sa femme Tracy de l’emplacement 7 sont une des familles pionnières du Parc Beauchemin. Crédit : Sarah Therrien.

Un peu d’histoire

En 1972, le docteur Léon-Omer Beauchemin donne à la Société franco-canadienne de Calgary les terres sur lesquelles se trouve actuellement le camping. L’homme était un véritable pilier de la francophonie à Calgary, notamment par son implication comme président de l’AFCA et à la paroisse Saint-Famille qu’il a cofondée. Léon-Omer Beauchemin était également le médecin du Père Lacombe jusqu’à sa mort. En plus du camping qui porte son nom, le docteur laisse un héritage impressionnant à la francophonie albertaine. 

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