Quand Noël rime avec solitude

16 décembre 2022

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Le CISC et ses bénévoles accueillent des nouveaux arrivants lors du Jingle & Mingle. Crédit : Fleeha Ahmad
À l’approche du temps des Fêtes, une frénésie s’empare de plusieurs d’entre nous. Certains se précipitent dans les boutiques pour acheter une tonne de cadeaux, d’autres sortent leurs calendriers pour planifier un maximum d’activités avec leur entourage. Sauf que la magie tarde à s’immiscer dans les foyers de ceux qui, au contraire, n’ont personne avec qui partager leur réveillon. C’est le cas d’un bon nombre de nouveaux arrivants et d’aînés albertains. Le Franco est allé à la rencontre de cette solitude silencieuse.

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Gabrielle Audet Michaud
IJL – Réseau.Presse – Le Franco

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Auxane Guyon a toujours aimé Noël. En temps normal, les célébrations commencent le 24 décembre dans sa famille et s’étendent sur trois ou quatre jours. «On mange, on [joue à] des jeux de cartes, on parle, on remange», énumère, en riant, la jeune femme d’origine française. «Et le lendemain, on recommence», ajoute-t-elle.

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Sauf que cette année, Auxane ne rentrera pas chez ses parents pour Noël. Ni en France, d’ailleurs. Elle compte rester à Edmonton, «dans la neige», faute de temps pour effectuer l’aller-retour et aussi en raison du prix exorbitant des billets d’avion. «On se parlera sur FaceTime», précise-t-elle en faisant référence à sa famille. «C’est sûr que j’aimerais être avec eux, mais ce sera pour l’année prochaine ou l’année suivante», explique la jeune femme de 24 ans.

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«C’est sûr que j’aimerais être avec eux, mais ce sera pour l’année prochaine ou l’année suivante.» Auxane Guyon

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Auxane a déménagé dans la capitale albertaine, il y a à peine quatre mois, en vue de travailler dans son domaine, la gestion de projets culturels. Malgré qu’elle se soit liée d’amitié avec quelques étudiants étrangers depuis son arrivée, ces derniers rentreront dans leurs pays respectifs à la fin du semestre, un peu avant Noël. Même chose du côté de sa colocataire qui descendra au sud pour célébrer le temps des Fêtes avec sa famille, à Calgary. Auxane se retrouvera donc bien seule pour célébrer le réveillon.

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«Je n’ai pas fait de plans. J’imagine que c’est un peu dû à l‘appréhension d’être seule», dit Auxane Guyon. Crédit : Courtoisie

«Je n’ai pas fait de plans. J’imagine que c’est un peu dû à l‘appréhension d’être seule», dit Auxane Guyon. Crédit : Courtoisie

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«Je n’ai pas fait de plans. J’imagine que c’est un peu dû à l‘appréhension d’être seule», laisse-t-elle tomber. Pas question, non plus, d’ériger et de décorer le traditionnel sapin de Noël comme elle a l’habitude de le faire avec ses parents. Les deux chats de sa colocataire risqueraient de le réduire en miettes, explique-t-elle.

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Elle prévoit cependant se concocter un «bon petit repas» pour célébrer «à [son] échelle». Sauf qu’en l’absence des siens, la jeune femme n’anticipe pas la même explosion de saveurs. «Ce qui compte en vrai, ce n’est pas vraiment le goût de la nourriture. C’est le moment de partage qu’il y a autour…»

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La solidarité pour contrer la solitude

À Cochrane, plusieurs nouveaux arrivants vivent une situation similaire à celle d’Auxane. Les moins chanceux se retrouvent complètement seuls, sans famille et amis, dans des appartements à peine meublés et encore moins décorés. C’est justement pour contrer la solitude de ces nouveaux arrivants que le Cochrane Immigrant Services Committee (CISC) a commencé à organiser, dès 2018, un événement de socialisation le 25 décembre.

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Plusieurs nouveaux arrivants et bénévoles étaient présents lors des dernières éditions du Jingle & Mingle. Crédit : Fleeha Ahmad

Plusieurs nouveaux arrivants et bénévoles étaient présents lors des dernières éditions du Jingle & Mingle. Crédit : Fleeha Ahmad

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Le principe de base du Jingle & Mingle est de faire en sorte qu’aucune personne n’ait à manger seule le jour de Noël, explique, dans une entrevue, Fleeha Ahmad qui travaille au CISC et au Rocky View Immigrant Services. «Au début, notre idée était de servir de la soupe chaude. Finalement, chaque année, la communauté de Cochrane se mobilise tellement qu’on en vient à offrir des cupcakes, de la boisson et des cadeaux aux nouveaux arrivants», explique la femme originaire de Montréal.

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Fleeha est sensible face à l’impact psychologique que peuvent avoir les célébrations du temps des Fêtes pour les personnes qui souffrent de la solitude. «Noël est une fête commerciale qu’on médiatise beaucoup, c’est l’image d’une famille unie ou d’un groupe d’amis heureux qui célèbre autour d’un repas», analyse-t-elle. Cette commercialisation peut avoir un effet dépressif et anxiogène pour les personnes seules. «Ils se sentent encore plus exclus», explique-t-elle avec empathie.

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«Cette commercialisation peut avoir un effet dépressif et anxiogène pour les personnes seules.» Fleeha Ahmad

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Chaque année, c’est une centaine de personnes seules qui se déplacent à l’église Cochrane Alliance pour briser leur solitude. «Au final, tout ce dont les gens ont besoin, ce sont ces quelques heures de connexion humaine et d’interactions sociales. Après, ils repartent le sourire aux lèvres», conclut Fleeha Ahmad.

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Solitude chez nos aînés

Les personnes âgées constituent un autre groupe de personnes à risque à l’approche du temps des Fêtes, mais aussi au quotidien, particulièrement depuis le début de la pandémie de COVID-19. Heureusement, le programme Community Connect chapeauté par le Lethbridge Senior Citizens Organization (LSCO), leur permet de discuter par téléphone chaque semaine avec un bénévole afin de briser leur isolement.

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«Comme les aînés parlent toujours avec le même bénévole, ça leur permet de nouer une véritable amitié», explique Connie-Marie Riedlhuber qui est responsable du soutien aux personnes âgées pour le LSCO. Cette dernière précise qu’à l’approche du temps des Fêtes, les nouvelles demandes pour être jumelé à un bénévole explosent.

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«La solitude commence à se faire ressentir à partir du début du mois de décembre et ça empire à l’approche de Noël», décrit-elle avec compassion. «C’est encore plus difficile pour les aînés qui ne vivent pas à proximité de leur famille. Ils vivent des moments de grande tristesse», ajoute-t-elle.

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«La solitude commence à se faire ressentir à partir du début du mois de décembre et ça empire à l’approche de Noël.» Connie-Marie Riedlhuber

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Or, Connie-Marie le précise, la solitude des aînés demeure un enjeu à la fois multifactoriel et intemporel. «Les personnes âgées qui vivent des problèmes de mobilité sont les plus à risque. Ils se déplacent peu, visitent peu de gens, bref ils sont très isolés.» Et les températures froides n’ont rien pour aider.

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Un autre facteur qui accroît la solitude des aînés, raconte Connie-Marie, est la recrudescence de l’influenza à travers la province et la menace persistante de la COVID-19. «Beaucoup d’aînés vivent encore dans la crainte d’attraper la COVID. Ceux qui ont une santé déclinante choisissent parfois de ne pas sortir même s’ils en ont la chance. Ils sont presque trop prudents», se désole-t-elle.

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