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Dicky Dikamba, le directeur général du CANAVUA. Photo : Courtoisie
Dans son rapport Bilan-Faim 2024, l’organisme Banques alimentaires Canada traçait un portrait peu élogieux de la situation. On pense souvent que la majorité des gens qui fréquentent les banques alimentaires reçoivent de l’aide sociale, mais, en fait, 60% des clients sont des ménages sans soutien de l’assistance sociale.
Le cas de l’Alberta est particulièrement éloquent. Entre 2019 et 2024, la variation de visites a fluctué de près de 93%, atteignant 172 232 visites pour l’ensemble des 128 banques alimentaires albertaines.
Les raisons sont évidemment nombreuses face à cette pauvreté au Canada. Banques alimentaires Canada montre du doigt quatre situations : un filet de sécurité sociale brisé, alors que, selon l’organisme, l’accès à certains programmes sociaux est plus difficile; la crise du logement et la difficulté de trouver un loyer abordable; des travailleurs à faible revenu ayant des problèmes à joindre les deux bouts; enfin, une insécurité alimentaire doublée d’une pauvreté particulièrement présente dans les régions nordiques et éloignées.
Les chiffres avancés par Dicky Dikamba, le directeur général du CANAVUA, vont dans le même sens. Alors qu’en 2023, il y avait quelque 230 bénéficiaires par mois, le CANAVUA est passé à 480 bénéficiaires aujourd’hui. Et il suffit de se déplacer chaque vendredi à la distribution de denrées pour comprendre les besoins, tellement la file est longue.
De plus, grâce au programme Bien vieillir chez soi (BVCS), l’organisme franco-albertain vient en aide mensuellement à 485 aînés. Les services rendus aux personnes âgées par l’organisme d’Edmonton comprennent non seulement la livraison de repas et l’entretien ménager léger, comme la lessive et le nettoyage, mais également de menus travaux, dont la coupe du gazon et le déneigement, ou le transport pour divers rendez-vous comme l’épicerie ou le médecin.
Un financement fragile
Ce qui inquiète présentement Diky Dikamba, c’est le financement qui permet à son organisme de subvenir notamment aux besoins alimentaires de ces aînés. «Nous avons reçu une subvention de 800 000$ de la part du programme BVCS.» Il s’agit toutefois d’une initiative spéciale d’une durée limitée visant la mobilisation de bénévoles pour aider les aînés à vieillir à domicile.
«Dans six mois, le financement risque de s’estomper», précise Dicky Dikamba en entrevue. Vérification faite auprès d’Emploi et Développement social Canada, le projet pilote est toujours considéré comme temporaire. Selon Maja Stefanovska, chargée des relations avec les médias, l’initiative prévue au départ pour trois ans coûte 90 millions de dollars au gouvernement fédéral. «Celle-ci a été prolongée et se terminera en 2025-2026.»
Face à cette situation, M. Dikamba «en appelle à la responsabilité sociale. Le non-financement mettrait en péril» cette activité du CANAVUA, assure celui-ci.
Charlotte Lulamba est à la fois bénéficiaire et bénévole au CANAVUA. Photo : Courtoisie
L’humain est bon
«Au lieu de rester à la maison à penser à je ne sais quoi, je vais au CANAVUA. On travaille pour une action.» Originaire du Congo, Charlotte Lulamba est bénévole au CANAVUA depuis 2018. Elle consacre douze heures de son temps par semaine, chaque jeudi et vendredi.
Mme Lulamba est aussi bénéficiaire de la banque alimentaire tous les vendredis. Chaque mardi, elle fait également partie d’un groupe d’aînés que le CANAVUA accompagne pour leurs courses et diverses visites grâce à la navette de l’organisme communautaire.
«Je n’ai jamais raté mon bénévolat depuis sept ans, qu’il pleuve ou qu’il neige!», dit-elle de sa voix enjouée. Elle est consciente que l’aide qu’elle reçoit doit aussi aller dans les deux sens. Il est important pour elle de redonner au suivant. Elle est aussi consciente que les besoins vont en grandissant, «on est rendu 50 ou 60 bénévoles!» Elle définit le CANAVUA comme «un lieu où on se rencontre et où on s’épanouit».
Et lorsque la rédaction soulève les risques d’abus de la part de la population vis-à-vis de la solidarité des organismes comme le CANAVUA, Dicky Dikamba tient à mettre les choses au clair. «En ce qui concerne la fréquence d’accès à la nourriture, il n’y a pas de limite imposée. Notre service est très apprécié, notamment parce que nous ne demandons pas d’identification pour recevoir le service. Nous faisons confiance aux bénéficiaires et il est généralement facile de reconnaître les personnes réellement dans le besoin. Cela se ressent avec l’expérience.»
Glossaire – S’estomper : disparaître