Cette fois-ci, je me raconte

Écrit par : Gabrielle Beaupré

27 mai 2021

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Gabrielle Beaupré et l’animatrice de Debout Edmonton, Valécia Pépin. Sans l’aide des personnes qui m’ont tendu la main, je ne serais pas la femme que je suis devenue aujourd’hui. Crédit: Mélodie Charest

Le journalisme mène à tout, paraît-il. “Et réciproquement!”, pourrait-on ajouter. Et parfois il permet même à certaines personnes d’appréhender leur monde avec un regard neuf et revigorant. C’est ce que décrit le témoignage que nous propose notre collaboratrice Gabrielle Beaupré, journaliste au Franco. Un témoignage sensible, imagé et… profondément humain.

Si on m’avait dit il y a 5 ans que moi, Gabrielle Beaupré, je serais journaliste au journal Le Franco et que je ferais mes premiers pas derrière un micro à la radio communautaire de Radio Cité 97,9 FM à Edmonton, je ne l’aurais pas cru. Pourquoi? Parce que pour moi, en 2016, le journalisme était hors d’atteinte. 

Dès que j’étudie pour la première fois la pratique du journalisme dans le cadre de mon baccalauréat en communication publique, j’ai un coup de cœur pour le métier. Mais comme j’ai des problèmes de voix, je pense avec tristesse: «Les journalistes ont tous de belles voix, je ne serai jamais prise au sérieux». 

Gabrielle Beaupré. Lors de mon premier voyage en Irlande en 2017. Les expériences de vie ainsi ont forgé mon parcours. Crédit: Courtoisie

Moi, je n’ai pas la voix acquise, c’est-à-dire que j’ai des lacunes dans ma voix depuis toujours. Par exemple, je ne prononce pas les mots correctement et lorsque je suis stressée, je perds la maîtrise de ma voix. Autrement dit, je bégaie. Bien que j’ai été suivie pendant mon enfance et mon adolescence en session d’orthophonie, ces problèmes persistent à l’âge adulte. 

Je crois, à tort, que la voix cesse de s’améliorer à l’âge adulte. Je l’accepte. De toute façon, même si je souffre du regard des autres, de leurs commentaires et parfois, de leurs questions indiscrètes concernant ma voix, j’essaie de vivre ma vie comme je l’entends depuis que je suis enfant. Parfois, j’ai peur de m’exprimer, mais je me force quand même à le faire parce que je considère avoir mon droit de parole.  

Un premier grand défi réalisé

Suite à une séparation amoureuse où j’ai l’impression de n’être seulement que la spectatrice de ma propre vie depuis trop longtemps, je décide alors d’y devenir la «superstar». Pour moi, la façon d’y arriver est de me lancer mon plus grand défi à ce jour, celui de voyager pour la première fois, en solitaire. 

En 2017, je décide de partir en Irlande pendant 12 jours, un pays où la langue est l’anglais. Une langue où je suis plus ou moins à l’aise. J’ai voulu sortir de ma zone de confort à 110% et je suis servie pour mon argent! Je manque mon avion, j’arrive là-bas sans mon sac-à-dos et en panique; je veux repartir à Québec. Cependant, quelques minutes plus tard, je prends la décision de rester et me débrouiller en anglais pour avoir mes bagages. Dans les heures suivantes, j’ai la piqûre pour l’aventure. 

Le 27 mai 2021, moi, Gabrielle Beaupré, je raconte pour la première fois mon histoire à la radio communautaire de Radio Cité 97,9 FM à Edmonton. Crédit: Mélodie Charest

À la suite de cet énorme défi, je me donne le défi de m’impliquer dans l’un des comités parascolaires de mon baccalauréat. Mon premier choix est l’événementiel, mais la vie me joue un tour. Je porte alors pour la première fois le chapeau de journaliste dans le blogue/magazine de mon programme. 

Dès les premières secondes de ma première entrevue, mes yeux brillent. Je sais que ce moment marque mon commencement dans le milieu des médias.  

Briser la barrière de l’écriture

À mes débuts, j’affronte ma peur de l’écriture. En fait, à l’âge de 18 ans, une professeure m’a dit que j’écrivais mal. Ces mots m’ont hanté pendant plusieurs années. Ils ont également détruit ma confiance ainsi que mon estime, que j’ai reconstruite par le biais d’accomplissements personnels et scolaires.  

Dès que je suis devenue officiellement journaliste, j’entame des procédures pour suivre des cours de voix. Par le biais de l’écoute de mes entrevues, j’ai pris conscience de mes lacunes. Les premières entrevues que j’écoute sont difficiles. Bien qu’elle soit compréhensible, je déteste ma voix. Chaque fois que je l’entends, je grimace et je lance mes écouteurs. 

Gabrielle Beaupré. Lors de mon bal du programme de communication publique en avril 2019. Ma règle numéro un est: «Ce n’est pas en raison du fait que j’ai des problèmes de voix, que je vais m’empêcher de vivre! Fonce!» Même si c’est difficile, j’essaie de ne pas m’arrêter à ce que les gens pensent de moi.

À un moment donné, je m’y habitue et j’entends une amélioration. Par exemple, lorsque je suis à l’aise, je bégaie beaucoup moins. Ainsi, je me suis mise à croire avec la candeur d’une petite fille de huit ans, que ma voix pourrait totalement s’améliorer si je mets les efforts. Je me dis: «Si j’ai brisé la barrière de l’écriture, pourquoi je ne pourrais pas briser celle de ma voix?»

Le 27 mai, ça fait un an que je suis des cours de voix. Je sais maintenant que la voix est similaire à un muscle et qu’elle se travaille pendant toute la vie. Ma voix a encore des lacunes. Ce travail ne se fait pas en claquant des doigts, mais sur une longue durée. C’est une journée à la fois. Il y a en des belles et des moins belles. Cette énergie mise dans l’effort de ma voix en vaut la peine. Aujourd’hui, mes yeux scintillent et j’ai le sourire fendu jusqu’aux oreilles puisque je prends la parole pour raconter mon histoire derrière un micro.

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