Dans les rouages de la francophonie albertaine, certains parcours forcent le respect par leur fulgurance, mais on oublie trop souvent les cicatrices qu’ils laissent. Lorsque Alphonse Ndem Ahola débarque au Canada, rien ne prédit que cet homme posé deviendra l’un des visages les plus influents de l’intégration au pays. Et pourtant, son nom résonne aujourd’hui bien au-delà des frontières de l’Alberta.
Directeur général de la FRAP, membre exécutif du Conseil canadien pour les réfugiés (CCR), ainsi que du Conseil du premier ministre de l’Alberta sur le multiculturalisme et du Comité consultatif national en établissement francophone (CCNÉF), l’agenda d’Alphonse Ndem Ahola est très riche. Mais derrière l’impressionnant CV et le calme apparent de l’homme, se cache une feuille de route marquée par les embuches et le scepticisme.
Je me suis toujours demandé comment mes actions quotidiennes peuvent permettre aux personnes autour de moi de s’épanouir. C’est devenu un véritable projet de vie
L’appel inattendu d’une communauté méfiante
Pour comprendre la trajectoire de ce leadeur, il faut remonter à l’hiver 2015. La FRAP, incorporée à peine un an plus tôt pour défendre l’inclusion des immigrants dans les écoles, cherche un nouveau souffle. Sa présidente fondatrice, Jeanne Lehman, quitte ses fonctions pour se lancer en politique. C’est à ce moment qu’on approche Alphonse.
« J’étais un membre dans la communauté comme un autre. J’étais arrivé depuis seulement deux ans », se rappelle-t-il. Pour plusieurs observateurs de l’époque, ce statut de « nouveau venu » dérangeait. Sa légitimité était remise en question, certains s’interrogeaient ouvertement sur la pertinence de confier les rênes d’un organisme émergent à quelqu’un qui commence à peine à comprendre les codes de la province. Pourtant, son nom circulait de bouche à oreille. Une inconnue l’appela, l’invita à une rencontre et lui annonça que, malgré les doutes, son profil s’imposait. Le 16 janvier 2016, il commence le travail à la présidence du conseil d’administration avec un accueil frileux.
Essuyer les plâtres et briser les verrous institutionnels
Sous son impulsion, la FRAP refuse le statut de simple club social et s’attaque de front aux institutions établies. Le premier grand combat se joue dans les corridors des conseils scolaires francophones, notamment au Conseil scolaire Centre-Nord. Rappel du constat flagrant de l’époque : les salles de classe débordaient d’élèves issus de l’immigration, mais le personnel enseignant et administratif était désespérément homogène.
La volonté de la FRAP de bousculer ce statuquo provoqua des séismes. Alphonse Ndem Ahola était en première ligne face à des administrations scolaires braquées. Les discussions furent houleuses, parfois psychologiquement violentes. Les revendications de la FRAP sont perçues par certains décideurs comme une agression ou une insulte à l’ordre établi.
Nous avons traversé des moments complexes avec certaines administrations scolaires de l’époque. Il faut le reconnaitre honnêtement
Au-delà des résistances institutionnelles, les frustrations interpersonnelles marquent ces années de braise. Porter la voix d’une francophonie plurielle impliquait de se faire dire, de manière subtile ou frontale, que les nouveaux arrivants représentaient un « problème » ou un fardeau pour le système traditionnel. Le leadeur de l’époque devait encaisser le scepticisme ambiant et les remises en question de sa propre intégration pour maintenir le cap.
Du statut de « problème » à celui de solution nationale
Dix ans plus tard, le paysage a radicalement changé, donnant raison à l’obstination d’Alphonse. La diversité est enfin visible dans les écoles, les organismes et jusqu’à la Faculté Saint-Jean. « Globalement, la francophonie albertaine se porte aujourd’hui beaucoup mieux qu’il y a une décennie », affirme le directeur général.
Passé de la présidence bénévole à la direction générale, Alphonse Ndem Ahola a transformé une structure contestée en un mastodonte pancanadien, exportant le modèle d’établissement albertain jusqu’aux Territoires du Nord-Ouest.
Pour lui, cette réussite est la preuve par neuf d’une conviction qu’il a dû défendre au prix de nombreuses frustrations face aux sceptiques : « Les nouveaux arrivants francophones ne sont pas un problème pour le Canada, mais bien une solution. Ce sont des personnes venues contribuer, capables d’apporter des réponses réelles aux défis de nos communautés. »
Le parcours d’Alphonse Ndem Ahola ne livre pas un récit édulcoré. Il rappelle que l’inclusion n’est jamais un long fleuve tranquille, mais un combat de tous les jours où les leadeurs doivent parfois accepter d’essuyer les coups pour que ceux qui les suivent avancent plus librement.
Projet portrait communautaire – 100 ans de francophonie, ça se raconte!
Dans le cadre des célébrations des 100 ans de l’ACFA, Le Franco a entrepris de publier chaque mois le portrait de membres de la communauté dont la vie a profondément été influencée par la francophonie albertaine. Chaque mois jusqu’en décembre 2026, nous vous proposons de rencontrer une de ces personnes dans les pages du journal.
Déclaration IA : Le présent article a été rédigé par une journaliste. Un outil d’intelligence artificielle a été utilisé pour faire de la recherche, appuyer la transcription des entrevues et faire de la correction. La journaliste a vérifié l’exactitude des propos.
