Officiellement, selon Jaye Lang, secrétaire de presse aux Services de santé primaires et préventifs du Ministère de la Santé de l’Alberta, les Albertains ont la possibilité de rechercher des médecins généralistes ainsi que des infirmier·ères praticien·nes s’exprimant en français, grâce au service Alberta Find a Provider. Dans son échange avec Le Franco, Jaye Lang a également mentionné que « lorsque cela est possible, Primary Care Alberta facilite également l’accès aux soins, grâce à une coordonnatrice des Services de santé en français ». Il s’agit en fait de Mme Rachelle I. Bérubé avec laquelle Le Franco n’a pu communiquer, malgré une demande déposée à Assisted Living Alberta.
Toujours selon Jaye Lang, à titre de projet pilote, « un service d’interprétation téléphonique au Johnstone Crossing Community Health Centre à Red Deer » est également disponible.
Sur le terrain
Les témoignages recueillis auprès de communautés francophones illustrent cependant les difficultés vécues sur le terrain.
À Fort McMurray, Maryse Champagne, directrice générale de l’ACFA régionale de Wood Buffalo, raconte que la communauté a perdu son seul médecin de famille francophone lorsque celui-ci a déménagé à Edmonton après douze années de pratique. Depuis, les patients doivent consulter en anglais ou recourir aux services d’interprétation. Selon elle, certains doivent parcourir plusieurs centaines de kilomètres pour recevoir des soins spécialisés, entraînant des frais de déplacement et d’hébergement.
Plus au nord, sa collègue de l’ACFA régionale de Rivière-la-Paix, Emma Iafolla-Lafrenière décrit une réalité semblable. Sa communauté ne compte pas de médecin francophone permanent et s’appuie largement sur une infirmière praticienne bilingue ainsi que sur plusieurs infirmières francophones. Les délais d’attente demeurent importants et certains patients doivent parcourir jusqu’à quatre heures et demie de route pour consulter un spécialiste.
La directrice générale du RSA, Marie-Claude Côté est bien consciente de la pénurie de médecins francophones en Alberta.
Du côté du Réseau Santé Alberta
Selon Marie-Claude Côté, directrice générale du Réseau Santé Alberta (RSA), les études menées par son organisme démontrent que l’accès aux soins de santé en français demeure difficile dans plusieurs disciplines, une réalité particulièrement marquée en milieu rural.
Plusieurs localités illustrent cette situation. À Rivière-la-Paix, un seul médecin francophone est répertorié et n’accepte plus de nouveaux patients. À Brooks, le dernier médecin francophone est parti à la retraite. À Fort McMurray, un médecin francophone reconnu a déménagé sa clinique à Edmonton, laissant de nombreux patients sans médecin de famille.
Pour Mme Côté, il est toutefois difficile d’évaluer précisément l’ampleur du problème. Les répertoires officiels ne présentent pas tous les mêmes informations et les données sur les médecins qui parlent français ou qui acceptent de nouveaux patients ne sont pas toujours à jour.
Dans la salle d’attente
Pour Jaye Lang, les interprètes médicaux professionnels francophones, disponibles au sein des agences et sociétés provinciales de santé de l’Alberta, contribuent à répondre annuellement à 8 000 appels téléphoniques et à 600 appels d’interprétation vidéos:
Cela permet aux Albertains de toute la province, en particulier à ceux des communautés rurales et isolées, d’accéder aux services de santé en français
Si des mesures sont prises du côté du gouvernement albertain afin d’accroître le recrutement de professionnels de la santé sur la scène internationale, la communauté franco-albertaine est loin de rester les bras croisés. Pour attirer de nouveaux professionnels, des étudiants sont invités à participer à des stages en milieu rural avec l’Université de l’Alberta et le Campus Saint-Jean, afin qu’ils puissent y découvrir la pratique en région. Des tournées d’information en santé sont également organisées dans les écoles et auprès des aînés afin de maintenir une offre de services en français.
Pour Marie-Claude Côté, ces initiatives sont prometteuses, mais elles ne suffiront pas à elles seules. Le recrutement de médecins francophones demeure un enjeu majeur, tout comme la mise à disposition d’outils fiables permettant aux citoyens de trouver plus facilement des professionnels capables de les servir dans leur langue. À défaut d’une solution rapide, les organismes communautaires continuent de jouer un rôle essentiel pour accompagner les patients et défendre un meilleur accès aux soins en français partout en Alberta.