le Vendredi 28 août 2026
le Vendredi 28 août 2026 7:00 Chronique «emploi»

Entreprendre sans tout quitter : une autre façon de construire sa carrière

  Crédit: Canva
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Entreprendre sans tout quitter : une autre façon de construire sa carrière
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L’entrepreneuriat est souvent perçu comme une porte de sortie du salariat. Quitter son emploi, devenir son propre patron, avoir des horaires flexibles et vivre enfin de sa passion : l’image peut séduire! 

Pourtant, il existe une autre façon d’entreprendre, plus progressive et parfois plus réaliste : développer une activité tout en conservant un emploi salarié. On parle alors d’entrepreneuriat hybride. 

C’est le modèle que j’ai moi-même choisi et que j’expérimente depuis plusieurs années. Mon emploi m’apporte une stabilité financière, un cadre et une certaine tranquillité d’esprit. Que je sois malade, qu’un projet avance moins vite que prévu ou qu’un client reporte une séance, mon emploi m’assure un filet de stabilité. 

En parallèle, l’entrepreneuriat offre autre chose : la possibilité de créer, de tester de nouvelles idées et de prendre certaines décisions sans devoir passer par plusieurs niveaux hiérarchiques. Ma structure est devenue un espace d’exploration professionnelle, ainsi qu’un véritable terrain d’apprentissage. 

Cette combinaison semble presque idéale. 

Le meilleur des deux mondes? 

Sur papier, probablement. En réalité, l’entrepreneuriat hybride demande aussi de faire des choix.

Le temps consacré à l’entreprise se trouve souvent le soir, la fin de semaine ou pendant les pauses. Il faut apprendre à protéger son énergie, à accepter d’avancer plus lentement et à ne pas comparer son rythme à celui d’une personne qui entreprend à temps plein. 

Cette progression plus lente peut pourtant devenir une force. Elle permet de tester une idée sans attendre d’emblée qu’elle paie toutes les factures. Elle laisse le temps d’écouter les clients, d’ajuster ses services et de comprendre si l’on aime réellement entreprendre… ou seulement l’idée que l’on s’en faisait. 

Une activité née d’un intérêt personnel peut ainsi devenir une source de revenus complémentaires. Il faut néanmoins accepter d’apprendre les autres dimensions de l’entrepreneuriat, telles que la gestion, la comptabilité, les assurances, ou encore le choix des équipements et des logiciels appropriés. Il existe aussi des avantages à être solo-preneur, notamment en matière de retours d’impôt. 

Des compétences qui s’apprennent 

Avant de se lancer, on imagine parfois qu’il faut déjà avoir « l’esprit entrepreneurial » : être naturellement à l’aise pour vendre, réseauter, prendre des risques ou parler de soi. 

En réalité, beaucoup de compétences entrepreneuriales se développent après s’être lancé, à force de pratique, d’inconfort et d’ajustements. Et pour les entrepreneurs hybrides, le rythme moins soutenu offre un temps d’exploration parfait pour développer progressivement leurs compétences.

Le réseautage en est un bon exemple. Beaucoup de personnes le mettent d’abord de côté… car prendre contact avec des inconnus peut sembler artificiel ou désagréable. 

Pourtant, après plusieurs essais, quelques maladresses et des moments parfois inconfortables, beaucoup sont devenues particulièrement à l’aise dans cet exercice. Que ce soit pour chercher un emploi ou développer une entreprise, elles n’ont pas changé de personnalité. Elles ont appris à écouter, à poser des questions et à créer des relations avec davantage de naturel. 

Lorsque l’on entreprend, on apprend à présenter son offre, à comprendre un besoin, à fixer ses prix, à optimiser ses coûts, à gérer son temps et à accepter qu’une idée ne fonctionne pas toujours comme prévu. 

Il n’est d’ailleurs pas nécessaire d’avoir une idée révolutionnaire. Une entreprise commence souvent par une difficulté concrète que quelqu’un a pris le temps d’observer et d’écouter. 

Mais une fois l’activité lancée, une autre question peut se poser : jusqu’où doit-elle grandir pour être considérée comme une réussite? 

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Faut-il forcément vouloir grandir? 

On associe encore souvent une réussite entrepreneuriale au moment où l’on quitte son emploi, recrute une équipe ou fait de son entreprise sa seule source de revenus. 

Mais garder une activité à petite échelle n’est pas nécessairement un manque d’ambition. 

Pour certaines personnes, entreprendre permet de compléter leurs revenus. Pour d’autres, c’est une façon de conserver un espace de créativité, d’explorer un nouveau métier ou de travailler avec quelques clients choisis. Pour d’autres encore, le modèle hybride constitue une étape avant une transition complète. 

Aucune de ces options n’est moins légitime qu’une autre. 

L’entrepreneuriat ne devrait peut-être pas être présenté uniquement comme un grand saut courageux hors du salariat. Il peut aussi être un pas, une expérience ou une autre manière de construire sa carrière au rythme qui nous convient. 

Alors avant de choisir entre salariat et entrepreneuriat, ne faudrait-il pas d’abord définir ce que signifie réussir dans sa propre carrière? 

La question paraît simple, mais sa réponse peut changer la façon dont nous construisons notre avenir professionnel. Une feuille, un crayon et quelques minutes d’honnêteté envers soi-même constituent déjà un bon point de départ.