le Samedi 19 septembre 2026
le Samedi 19 septembre 2026 7:00 Chronique «lecture»

Organes phosphorescents de Gabriel Proulx : traverser l’ombre et la lumière

 C’est sous le nom de Gabriel Kunst que Gabriel Proulx signe son dernier bouquin, Organes phosphorescents.
C’est sous le nom de Gabriel Kunst que Gabriel Proulx signe son dernier bouquin, Organes phosphorescents.

À l’approche de la parution de son nouveau recueil, Organes phosphorescents (aux Éditions Poètes de Brousse), le professeur et écrivain Gabriel Proulx signe une œuvre d'une bouleversante humanité. Entre poésie et prose, ce voyage littéraire au cœur de la maladie et du deuil intime offre aux Franco-Albertains un espace de résonance universel, où la vie continue de pulser malgré l'épreuve.

Organes phosphorescents de Gabriel Proulx : traverser l’ombre et la lumière
00:00 00:00

 La première couverture du recueil Organes phosphorescents de Gabriel Kunst, publié le 24 août 2026 aux éditions Poètes de Brousse.

Il y a des livres qu’on écrit pour survivre au silence, et d’autres qu’on offre au monde pour briser la solitude. Organes phosphorescents, paru le 24 août dernier, appartient incontestablement à cette seconde catégorie. Porté par Gabriel Proulx (ou Gabriel Kunst), enseignant et chercheur en littérature française à l’Athabasca University et figure engagée de notre la communauté franco-albertaine, ce troisième recueil de poésie explore l’impensable : l’année suspendue entre le diagnostic de cancer de sa conjointe, Leila, et son décès.

L’entredeux et la force de la forme

Né d’abord comme un exutoire, un journal intime consigné pour traverser l’inacceptable, le texte s’est peu à peu métamorphosé en un objet littéraire exigeant. L’auteur a choisi de laisser l’œuvre intacte, écrite alors que sa conjointe était encore en vie, refusant de retoucher ce témoignage après sa disparition.

Le résultat prend la forme de sept longues suites poétiques, un choix formel délibéré. Refusant les poèmes hachurés, l’auteur a opté pour ce long souffle afin d’épouser le rythme de la maladie, ce temps souterrain qui modifie durablement l’existence d’une famille. Sans fard, il y capture les microdeuils du quotidien, la perte des petites habitudes partagées, tout en réaffirmant la résilience lumineuse du noyau familial.

Un titre ancré dans la chair et la poésie

Pourquoi Organes phosphorescents ? Le titre trouve sa source dans ces images cliniques et parfois traumatisantes des examens médicaux, ces scans où l’on devine inflammation, tumeur, métastases. Mais sous le regard de l’écrivain, la radiographie de la maladie se teinte d’une étrange beauté : une lueur organique, un éclat au cœur même de l’obscurité.

Loin des pièges du pathos, l’ouvrage navigue avec une grande souplesse entre description, récit et fulgurances poétiques. C’est aussi, d’une certaine manière, une œuvre à deux voix, respectueuse de la perspective de celle qui l’accompagnait, validée par elle avant de s’envoler vers les éditrices.

Un écho intime pour la communauté franco-albertaine

Pour les lecteurs de l’Ouest, ce livre résonne avec une acuité particulière. Arrivé en Alberta pour un parcours académique qui l’a ancré au cœur de la francophonie, Gabriel Proulx témoigne de la force du tissu communautaire d’ici, de ces liens précieux et de cette langue partagée qui ont aussi, à leur manière, porté les siens à travers la tempête.

Organes phosphorescents en 109 pages s’adresse à un grand public, car la maladie, aussi cruelle soit-elle, demeure une traversée universelle. À travers ces pages, l’auteur ne cherche pas seulement à documenter la perte, mais à rappeler qu’il existe, au milieu des drames, des ilots d’amour, de calme et de joie pure. Un livre courageux, nécessaire, qui nous rappelle que, même dans l’épreuve, la vie continue de luire.