le Samedi 12 septembre 2026
le Samedi 12 septembre 2026 7:00 Histoire

Pour savoir où on va, il faut savoir d’où on vient

 Extérieur des Archives provinciales de l’Alberta à Edmonton. — Crédit : gracieuseté des Archives provinciales de l’Alberta
Extérieur des Archives provinciales de l’Alberta à Edmonton.
Crédit : gracieuseté des Archives provinciales de l’Alberta

Cet adage classique se prête à merveille pour qui s’intéresse un tant soit peu à l’histoire. Et quoi de mieux que les Archives provinciales de l’Alberta (APA) pour pénétrer au cœur de ce que furent les balbutiements de la communauté francophone ?

Pour savoir où on va, il faut savoir d’où on vient
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« Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui a fréquenté les archives, qui n’a pas été ébloui ! » C’est ainsi que le directeur général de la Société historique francophone de l’Alberta (SHFA), Denis Perreaux, parle des Archives provinciales de l’Alberta.

 Cristian Udma, archiviste francophone aux Archives provinciales de l’Alberta.

Crédit : gracieuseté des Archives provinciales de l’Alberta

Questionné sur la perception dont les gens perçoivent parfois ce haut lieu de l’histoire, il estime que « le mot archives est souvent lié à de vieux documents poussiéreux » ou alors ils s’imaginent que les archives peuvent ressembler à une banque, parce que « tout ce qu’on recherche est dans des voutes. On ne comprend pas le concept. C’est parfois abstrait. » Cependant, M. Perreaux assure qu’à partir du moment où on accompagne quelqu’un et qu’on lui montre un document comme une lettre écrite à la main par quelqu’un qui peut leur être proche ou qui dévoile un fait ou un évènement, les gens sont abasourdis, réitère le responsable de la SHFA.

Heureusement, un tel guide existe. Il s’agit de l’archiviste francophone Cristian Udma. 

120 ans plus tôt

En poste depuis 2009 au sein des Archives provinciales de l’Alberta, il s’occupe principalement des archives francophones et des archives des Oblats de Marie-Immaculée. 

Il faut remonter à 1906 pour voir les prémisses des archives albertaines. Cela commence avec la création de la bibliothèque provinciale. Des documents d’archives sont alors acquis « pour documenter la vie du peuple de la nouvelle province et de l’histoire de l’Ouest », raconte M. Udma. Puis, en 1959, le gouvernement albertain décide de créer à Edmonton les Archives provinciales de l’Alberta, en prévision de la célébration du centenaire du Canada en 1967.

Les nouvelles Archives commencent à accepter des dons de documents en 1963-1964. Le nouveau bâtiment ouvre officiellement le 6 décembre 1967.

Dans les années 1990, alors que des collections se retrouvent à l’extérieur des APA, le besoin d’un nouveau bâtiment se fait sentir. En octobre 2003, les Archives ont officiellement ouvert leurs portes, rue Roper, dans le sud-est d’Edmonton.

Selon l’archiviste francophone, « le mandat des APA est d’acquérir, de conserver et de mettre à la disposition du public des documents de valeur durable pour la province de l’Alberta. »

Personnel du journal Le Franco en 1987

Crédit : gracieuseté des Archives provinciales de l’Alberta

Un kilomètre de documents

Dépôt officiel des documents du gouvernement provincial, plusieurs requêtes de consultation proviennent évidemment du gouvernement de l’Alberta, mais également du milieu universitaire, de généalogistes ou simplement d’individus curieux par l’histoire de leur famille ou par l’histoire de diverses organisations, qui ont déposé aux APA leurs documents.

Le plus ancien document que les Archives possèdent, vous dites ? Un manuscrit ? Un titre de propriété ? Une lettre d’un haut dignitaire ? Absolument pas ! Cristian Udma raconte qu’il s’agit d’un contrat d’une transaction foncière, écrit en 1645 sur une peau d’animal ! « Nous avons beaucoup de documents concernant les Premières Nations », poursuit l’archiviste. On retrouve également des documents provenant des tribunaux provinciaux, d’organisations privées et d’individus représentant diverses communautés couvrant des aspects sociaux, culturels et politiques.

Quant au plus ancien document francophone, il s’agit d’une lettre sur papier parchemin, datée de 1785, provenant de France, destinée au prêtre oblat, Jean-Marie Panhaleux.

Il faut remonter 60 ans en arrière pour voir les APA commencer à collectionner des documents francophones. Aux trois premières photographies d’origine, Cristian Udma lance avec fierté que la collection compte dorénavant « environ un kilomètre de documents textuels, des milliers d’images et des heures d’enregistrements audio et vidéo, des cartes et des plans architecturaux, des documents qui retracent l’histoire, le développement et la vie des individus, familles, entreprises et associations francophones. » Des fonds d’archives provenant notamment de l’ACFA méritent d’être consultés, tout comme « la collection extrêmement riche en photographies du journal Le Franco et celles de ses prédécesseurs », souligne Cristian Udma. De nombreuses organisations culturelles issues du monde théâtral de la danse et de la musique ou des individus qui ont bâti la communauté francophone albertaine y ont également déposé des archives. On y retrouve aussi une imposante collection concernant les missionnaires oblats de Marie Immaculée, incluant des documents de 19e siècle.

Une fête soulignant la francophonie à Morinville – Legal en 1985.

Crédit : gracieuseté des Archives provinciales de l’Alberta

Je suis documenté, donc je suis !

Qu’en est-il des nouveaux francophones arrivés en Alberta et des traces qu’ils laissent ? Denis Perreaux explique qu’il y a eu au sein de la SHFA des projets de sensibilisation auprès des nouveaux arrivants sur l’importance des archives, qui ont connu du succès. « Il faut leur faire valoir que leur héritage est un héritage franco-albertain. »

Le directeur général donne un exemple éloquent. Utilisant la plateforme Alberta On Record où sont compilées les archives de la province, en tapant French Canadian, German ou Ukrainian, des milliers de résultats apparaissaient. Mais en demandant « Congolais, Algériens… on ne voyait aucun résultat », assure M. Perreaux. Le conseil qu’il donne aux nouvelles communautés francophones est très clair : « Tant que vous ne faites pas de dons d’archives, les historiens vont dire que vous n’existez pas. »

Il faut d’abord contacter un archiviste, s’entendre sur une façon de faire le transfert, et signer un certificat de don. On peut aller chercher les documents si le donateur rencontre des difficultés à se rendre aux archives.

— Cristian Udma

Les archives conservent des documents, peu importe le format, ou le type, qu’ils aient été créés par une personne physique ou morale. « Comme documents personnels, on cherche de la correspondance, des journaux intimes, des photographies, des albums de découpures ou spicilèges, des dessins, des enregistrements audiovidéos, des plans architecturaux et cartes, des documents liés aux activités politiques, professionnelles ou organisationnelles, des documents liés à la participation dans les activités communautaires ou sportives, des documents d’affaires. »

De la part des organisations, ce seront plutôt des documents administratifs, comme des procès-verbaux ou encore des rapports financiers ou des études ou des mémoires qu’on souhaite obtenir. 

Il faut noter que les APA ne font pas d’achats. « On se fie seulement sur la volonté des donateurs à contribuer avec leur part à la riche histoire de l’Alberta », précise M. Udma. « Nous faisons de notre mieux pour convaincre les individus et les organisations, grande ou petite, qu’ils font tous partie de la société et de laisser une trace dans les archives de leur existence. »

Si pour la plupart des collections des APA, il faut venir sur place pour les consulter, il n’en reste pas moins que certaines sont disponibles en ligne. C’est le cas avec la collection francophone des Oblats de Marie Immaculée, « dont une bonne partie est déjà disponible en ligne », explique Cristian Udma.

Les passionnés d’histoire ou les simples curieux auront donc tout intérêt à commencer leurs recherches en allant sur le site des Archives provinciales de l’Alberta « où on peut trouver beaucoup d’images liées aux divers communautés et groupes dans la province », précise l’archiviste Udma.

La salle de lecture des Archives provinciales de l’Alberta.

 

Crédit : gracieuseté des Archives provinciales de l’Alberta

Lexique

Spicilège : recueil de notes, de documents, d’essais ou de morceaux choisis.

Déclaration IA : Le présent article a été rédigé par un journaliste. Un outil d’intelligence artificielle a été utilisé pour appuyer la transcription des entrevues. Le journaliste a vérifié l’exactitude des propos.