CHFA – Antenne Radio Edmonton Ltée., 1949
Tout commença par un triumvirat : le Manitoba, la Saskatchewan et l’Alberta s’unissent pour lancer en 1943 le projet d’érection de stations privées francophones sous le l’égide de Radio-Ouest-Française. Le projet fut d’abord soumis par le docteur Léon-Omer Beauchemin au nom de ses compatriotes de l’Ouest à la session plénière du Comité permanent de la survie de la langue française en Amérique, tenue à Québec en septembre 1943.
Quelques mois plus tard, le 29 janvier 1944, Winnipeg accueillit la première assemblée constitutrice de cette radio. Celui qui était déjà président de l’ACFA et qui le restera jusqu’en 1946, le Dr Beauchemin, fut alors élu président de cette nouvelle entité radiophonique. Tel un joueur d’échecs, il avançait ses pions sur trois fronts, déterminé à réussir ses objectifs : construire quatre postes émetteurs, un au Manitoba, deux en Saskatchewan et un en Alberta ; réaliser une levée de fonds qui s’élèverait de 25 000 $ à 35 000 $ pour chaque province ; présenter un mémoire collectif à Radio-Canada en vue de l’obtention de permis individuels pour chacune des quatre stations : Radio-Saint-Boniface, Radio-Gravelbourg, Radio-Prince-Albert et Radio-Edmonton.
Les ondes se brouillent
Mais obtenir les permis pour mettre en ondes des stations de radio française n’était pas chose facile. Les demandes de permis ont suscité énormément d’opposition dans la société majoritairement anglophone. Cela s’est manifesté dans les articles de journaux et les déclarations des membres des législatures provinciales.
À la rencontre des gouverneurs de Radio-Canada, le 8 mai 1944, la demande de permis pour les quatre stations de radio française revient à l’ordre du jour. Les gouverneurs craignaient que la présence de radios en langue française soit très mal vue par la société majoritairement anglophone des Prairies. Coup de théâtre : au lieu de trancher en faveur de quatre stations de radio, les gouverneurs accordèrent un seul permis, celui de Saint-Boniface au Manitoba. Pour empêcher que les trois autres demandes de permis soient rejetées, l’Alberta et la Saskatchewan acceptèrent de retirer leurs demandes, souhaitant pouvoir les ramener plus tard.
C’est donc en mai 1944 que le Manitoba se voit accorder son permis de diffusion radiophonique. Dès ce moment, la campagne de prélèvement de fonds est lancée et la nouvelle station de radio française est inaugurée en 1946 à Saint-Boniface.
Jacques Boucher (left), [1972], Announcer, Radio, CHFA-CBC
Pendant ce temps en Alberta
Du côté d’Edmonton, l’Assemblée législative de l’Alberta s’oppose farouchement à l’incorporation d’une association dont le but est d’exploiter une radio francophone sur son territoire. L’ACFA a cru alors bon de retirer son projet d’incorporation pour ne pas nuire à ses chances d’obtenir le fameux permis nécessaire à la mise en ondes de sa radio.
L’année suivante, à la mi-septembre 1947, une nouvelle réunion des gouverneurs de Radio-Canada se tient à Calgary. L’histoire se répète. L’intransigeance est toujours au rendez-vous. Devant l’opposition du gouvernement de l’Alberta et la fin de non- recevoir d’un des gouverneurs représentant l’Alberta, aucune décision n’est prise en ce qui concerne les demandes de permis d’une radio française.
Puis à la réunion subséquente, au début du printemps 1948, les gouverneurs se réunissent à Halifax. Victoire en demi-teinte cette fois-ci. Les francophones des Prairies sont obligés de sacrifier un groupe en faveur de l’autre. Le seul permis émis est celui d’Edmonton. Les deux postes de la Saskatchewan doivent encore attendre quelques années de plus. Le poste CHFA d’Edmonton ira en ondes en 1949, grâce lui aussi à un prélèvement d’un fonds substantiel.
La même année, c’est enfin le tour des Fransaskois ! Lors d’une réunion à Montréal, les 11 et 12 janvier, les gouverneurs de la société d’État approuvent à l’unanimité les deux stations de radio française pour la Saskatchewan, un à Saskatoon (au lieu de Prince Albert) et l’autre à Gravelbourg, afin de rejoindre par la magie des ondes la francophonie éparpillée à travers la province.
L’édifice La Survivance 1966
L’appui du peuple canadien-français
En ce début d’une nouvelle décennie, le soutien, à l’égard des descendants francophones de l’Ouest, vient alors de partout : les journaux du Québec, plusieurs politiciens québécois ainsi que ceux siégeant au parlement canadien, des sénateurs et autres personnages de grande distinction ainsi que des associations provinciales.
De la fameuse Radio-Ouest-Française, il y avait M. Antonio de Margerie, secrétaire de l’Association catholique franco-canadienne de la Saskatchewan (ACFC), ainsi que M. Dumont Lepage, le président; M. Roland Couture, gérant de Saint-Boniface, et Me André Miville Déchène, (président de l’ACFA de 1955 à 1962) représentaient alors Radio-Edmonton ltée.
Après plus de dix ans de lutte, plusieurs mémoires soumis aux autorités et aux deux niveaux de gouvernement, des lettres d’appui et des témoignages de chefs de file, et maintes interventions de vive voix et par téléphone, les Franco-Canadiens ont enfin eu gain de cause. Ils pouvaient finalement entendre la langue française dans leurs postes de radio, grâce à des chaînes privées des Prairies, payées, faut-il le rappeler, à même les fonds cueillis auprès des leurs.
CHFA, 1949
Source d’information pour la rédaction de cet article :
‘Une histoire des Franco-Canadiens des Prairies (1910-1962) Mémoires de Raymond Denis’. Édition critique établie par Pierre-Yves Mocquais.
Écoutez, vous verrez : en souvenir du 50e anniversaire de CHFA Radio-Canada, de France Levasseur-Ouimet (1999).