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le Mardi 28 novembre 2023 10:36 Chronique «santé»

Vieillir avec dignité

Non, vieillir n’est pas synonyme de baisser les bras. C’est l’heure de mordre dans la vie! Illustration : sOER Frank, CC BY 2.0 - Wikimedia Commons
Non, vieillir n’est pas synonyme de baisser les bras. C’est l’heure de mordre dans la vie! Illustration : sOER Frank, CC BY 2.0 - Wikimedia Commons
La perception que l’on a de la personne âgée varie considérablement en fonction des valeurs véhiculées dans différentes cultures, particulièrement en ce qui a trait à sa prise en charge. Si nos aînés en Amérique du Nord peuvent se vanter de vivre plus heureux et en meilleure santé qu’auparavant, ils souffrent toujours de solitude et de préjugés tels que l’âgisme.
Vieillir avec dignité
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L‘Organisation mondiale de la Santé estime qu’entre 2015 et 2050, la proportion des individus de plus de 60 ans doublera, alors que celle des plus de 80 ans triplera. Partout dans le monde, les gens vivent plus longtemps, et ce, à un rythme accéléré. Évidemment, cette courbe de population amène son lot de défis quant à la gestion du système de santé. 

Ils doivent souvent quitter leur logis afin d’être relocalisés dans des établissements de soins de longue durée, ce qui peut représenter un déracinement. Dans plusieurs pays asiatiques, la personne vieillissante est vénérée. On reconnait sa valeur en tant que porteuse de savoirs, de transmettrice des traditions, tout en symbolisant la sagesse. Pour cela, ils sont gardés et choyés au sein du noyau familial, tout en contribuant aux tâches du foyer. Ce fonctionnement favorise leur longévité, mais aussi leur bonheur et leur bonne santé. 

Mais que signifie vieillir? 

Sur le plan biologique, il s’agit de l’accumulation d’une multitude de dommages subis au fil des années par les cellules du corps, dont le processus de réparation devient de moins en moins efficace. Cela entraîne l’apparition de déficiences, de maladies et, naturellement, le décès. 

Le vieillissement n’est pas un processus linéaire et égal pour tous. Il peut affecter les gens de manière différente. Ce phénomène n’est pas associé à l’âge en nombre d’années, mais reflète plutôt la façon dont l’état de santé a été préservé au cours de l’âge adulte. 

Il est reconnu que certains facteurs en accélèrent la progression. Le fait de prendre sa retraite, et donc d’être démuni d’un rôle sociétal, d’être contraint à vivre avec un budget plus modeste, de devoir quitter son foyer, parfois de perdre son permis de conduire et d’assister au décès d’un conjoint ou de proches sont parmi les plus courants.

Et pourtant, ce moment de la vie devrait être privilégié. Les retraités disposent d’une plus grande liberté pour apprendre, embrasser de nouvelles activités auxquelles ils ne pouvaient s’adonner dans la vie active comme la pratique des arts, la lecture, la cuisine, les voyages ou encore s’occuper de leurs petits-enfants, prendre soin d’un proche, transmettre son savoir ou faire du bénévolat. 

Non, vieillir n’est pas synonyme de baisser les bras. C’est l’heure de mordre dans la vie! 

Pour vivre dans la dignité 

Voici quelques conseils pour conserver son autonomie et vivre dans la dignité le plus longtemps possible. Le tout débute nécessairement avec une saine alimentation. S’il est vrai que l’appétit diminue avec l’âge, le contenu nutritif de la diète ne devrait pas pour autant s’appauvrir. 

Comme pour chaque tranche d’âge, assurez-vous de consommer des aliments appartenant à tous les groupes alimentaires, tout en prenant garde à ne pas négliger la consommation de protéines, préférablement d’origine végétale, afin de prévenir la fonte musculaire. 

Les produits laitiers et possiblement l’ajout de suppléments de calcium et de vitamine D préviennent l’apparition des maladies cardiaques et de l’ostéoporose. Il n’est pas rare de rencontrer, dans le cadre de mes consultations, des aînés qui se nourrissent quasi exclusivement de gruau, de pain grillé et de thé. 

L’exercice physique régulier n’est pas seulement bénéfique pour le maintien du corps (musculature, posture, équilibre et solidité des os) et de l’esprit (amélioration de l’humeur, effet énergisant), il contribue aussi à l’amélioration des capacités cognitives. 

Des études ont démontré que les personnes âgées qui pratiquent 20 minutes d’exercice modéré chaque jour voient leur hippocampe (partie du cerveau qui s’atrophie dans la maladie d’Alzheimer) augmenter de volume. De surcroît, l’activité physique réduit l’incidence des maladies chroniques telles que l’hypertension, les maladies cardiovasculaires, l’obésité et le diabète ou du moins en réduit les complications. 

Si cela n’est pas déjà fait, il est essentiel de supprimer l’utilisation du tabac. Il est inutile d’élaborer davantage sur la liste de ses méfaits pour la santé.

Problèmes de santé communément attribués au vieillissement : 

  • troubles auditifs (acouphènes, presbyacousie)
  • troubles visuels (cataractes, presbytie, dégénérescence maculaire, glaucome)
  • incontinence urinaire (vessie hyperactive, démences, diabète, effets secondaires de certains médicaments)
  • faiblesse (fonte musculaire, ostéoporose, cachexie, insuffisance respiratoire et cardiaque), 
  • perte de mobilité (arthrose, polymyalgia rheumatica, douleurs chroniques)
  • trouble de l’équilibre (maladies neurologiques, vertiges, troubles cognitifs, hypotension orthostatique),
  • démence (maladie d’Alzheimer, démence vasculaire, démence à corps de Lewy, démence frontotemporale)
  • escarres (plaies de pression dues à l’alitement ou à l’immobilité)
  • chutes 
  • dépression.

Consulter votre médecin de famille 

Il est important de rendre visite à votre médecin de famille régulièrement afin de réviser votre liste de médicaments et suppléments si vous en possédez une. 

La polypharmacie est malheureusement très fréquente chez les patients âgés, souvent atteints de plusieurs maladies concomitantes. Elle est aussi trop souvent la première cause de chute et par conséquent de blessures et de fractures dont la gravité augmente avec l’âge, d’état confusionnel (délirium) et, tragiquement, de surdose parfois mortelle. 

En effet, le métabolisme se modifie avec le temps, la composition du corps change (plus de gras que de muscle, moindre hydratation) et les aînés deviennent vulnérables aux effets négatifs des médicaments parce qu’ils sont fragilisés.

De même, les personnes vieillissantes sont plus sujettes à des complications lorsqu’elles contractent des infections. D’où l’importance de maintenir à jour le carnet de vaccination, particulièrement en ce qui concerne les vaccins contre la grippe, la pneumonie, la COVID et le zona. 

Finalement, contrairement à la croyance populaire, les produits de santé naturels ne sont pas sûrs à 100% parce qu’ils sont dits «naturels». Ils peuvent potentiellement interagir de façon négative avec les autres médicaments en causant des effets néfastes, voire toxiques, s’ils ne sont pas utilisés à bon escient.

Vaincre l’isolement social 

Certains aînés qui vivent des états de transition difficiles pourraient souffrir d’isolement, de tristesse et d’anxiété. Il n’est pas rare qu’ils aient recours à certaines substances créant des dépendances (alcool, cannabis, etc.) pour atténuer leur vague à l’âme, mais qui peuvent aussi engendrer de plus grands risques d’empoisonnement.

Il est bien connu que les personnes âgées éprouvent de la difficulté à dormir. Leur besoin de repos diminue avec le ralentissement de leurs activités. Faire de l’exercice, vaquer à différentes activités, adopter une bonne hygiène de sommeil et éviter de prendre des siestes durant le jour peut contribuer à la qualité du sommeil. 

L’isolement social est, à mon sens, ce qui affecte le plus les aînés. Il contribue au développement d’un sentiment d’inutilité, de non-appartenance, d’appauvrissement de la qualité de vie et de la valeur de celle-ci. 

L’aménagement des villes, l’accessibilité des lieux publics, l’usage sécuritaire de leurs aides à la marche (canne, marchette, déambulateur), la disponibilité des moyens de transport font partie des enjeux pour redonner une place aux aînés. Le fait de raviver la place qui leur est réservée au sein du noyau familial et de la société en général devrait être au centre de notre réflexion pour leur offrir, et nous offrir dans le futur, une existence épanouissante pleine de nouvelles passions. 

Et de grâce, donnons-nous tous les moyens nécessaires pour éliminer à jamais la maltraitance envers nos aînés de la surface de la Terre!

Carmen, 78 ans…

Sur une note plus personnelle, j’aimerais vous présenter Carmen, ma petite maman de 78 ans, quoiqu’aux dires de son entourage, on lui en donnerait trente de moins. Mamou comme je la dénomme affectueusement. Si je vous confie son histoire, c’est qu’elle est un modèle à suivre de vie saine. Elle habite son appartement de trois pièces, aménagé dans le sous-sol d’une maison multigénérationnelle. Elle cuisine régulièrement en s’inspirant de recettes nutritives qu’elle découvre sur Internet. Elle insiste pour faire elle-même sa lessive et les tâches ménagères. Elle s’occupe des fleurs de son jardin. Elle jouit de la compagnie de Papou, son chat touffu qui convoite ses genoux lorsqu’elle ne tricote pas. Elle lit sur sa tablette un à deux livres par semaine. Tous les vendredis, elle se rend chez son coiffeur, puis déjeune avec ce qui lui reste de sa fratrie. Elle en profite ensuite pour faire quelques courses et rendre visite à sa sœur qui vit dans un établissement de soins de longue durée. Elle se rend une fois par semaine à la banque alimentaire de son village où elle offre son temps et ses conseils de vie.

Glossaire – Toxique : qui agit négativement sur l’individu, son psychisme ou son physique.