le Vendredi 22 mai 2026
le Vendredi 22 mai 2026 7:00 Éducation

Le projet de loi 25

Banc d'école 
 — Crédits: pexels-pixabay
Banc d'école
Crédits: pexels-pixabay

Déposé lors de la Journée internationale de la visibilité transgenre, le 31 mars dernier, au parlement albertain, par le ministre de l’Éducation et de la Petite Enfance, le projet de loi 25 vise à éliminer la politique et toute idéologie des salles de classe de l'Alberta. Mais pourquoi maintenant ?

Le projet de loi 25
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En raison de la possibilité d’un référendum sur l’indépendance de l’Alberta ? Parce que le wokisme est omniprésent dans les salles de classe albertaines ? Ou parce que les enseignants effectuent mal leur travail ? Pour Garrett Koehler, attaché de presse principal au Ministère de l’Éducation et de la Petite Enfance, il s’agit tout simplement de faire en sorte que les conseils scolaires puissent continuer « de se concentrer sur des objectifs fondamentaux, comme la lecture, les mathématiques, les sciences et la pensée critique ». Rien sur le référendum dans la réponse de l’attaché de presse.

Alors, un exemple d’un enseignant qui aurait dépassé les bornes dans sa salle de classe ? Garrett Koehler mentionne qu’en 2023, une élève musulmane « a été réprimandée par un enseignant pour ne pas avoir participé à des évènements de la Fierté en raison de sa foi. Aucun élève ne devrait jamais se voir dire qu’il n’a pas sa place ou être amené à se sentir indésirable dans une salle de classe de l’Alberta. De telles situations sont inacceptables. »

Qu’en pensent les profs ?

C’est un projet de loi pour régler un problème qui n’existe pas. 

— Jason Schilling

Cette affirmation plus qu’éloquente est de Jason Schilling, le président de l’Alberta Teachers Association (ATA.).

Selon celui qui parle également au nom de l’Association des enseignants et enseignantes francophones de l’Alberta (AEEFA), les plaintes ne sont pas en augmentation à l’égard d’enseignants qui auraient outrepassé leur devoir de neutralité en classe. Et lorsqu’il y en a, M. Schilling estime que les conseils scolaires de la province sont tout à fait aptes pour régler la situation.

Un projet de loi inclusif ?

D’après Rose-Eva Forgues-Jenkins, directrice de la programmation et du développement communautaire au sein du Comité FrancoQueer de l’Ouest, le projet de loi repose sur une vision problématique du rôle des enseignants, en laissant entendre que leurs pratiques actuelles seraient biaisées.

L’organisme craint que cette loi, si elle est adoptée, serve à limiter la présence de contenus liés aux réalités de la communauté gaie.

 On voit que le but, c’est vraiment que dans les salles de classe, les identités LGBTQIA2+ ne soient pas discutées

— Rose-Eva Forgues-Jenkins du Comité FrancoQueer de l’Ouest tire la sonnette d’alarme concernant le projet de loi 25.

Elle donne pour exemple la restriction de certains symboles comme le drapeau arc-en-ciel, ce qui « n’est pas un acte neutre » selon elle.

Face à ces enjeux, le Comité FrancoQueer mise sur la sensibilisation et la mobilisation. « Pour nous, c’est important d’éduquer le public et de montrer comment ça affecte les personnes LGBTQIA2+ », précise Mme Forgues-Jenkins dont l’organisme collabore avec d’autres acteurs du milieu francophone afin de renforcer la portée de son message.

La question des drapeaux

La Fédération des parents francophones de l’Alberta (FPFA) est l’un de ces organismes qui regarde avec attention la situation. Bien que celle-ci ne prenne pas officiellement position dans le débat puisque c’est une fédération d’associations membres, elle invite toutefois celles-ci à s’intéresser à ce projet de loi. Sa directrice générale, Mireille Péloquin explique qu’à la suite d’une rencontre organisée à la mi-avril avec des parents et trois des quatre conseils scolaires francophones de la province, certains questionnements ont été soulevés.

 On ne sait pas ce que le gouvernement cherche à faire ? Comment va-t-il appliquer la loi ? Qu’est-ce qui est neutre ?

— Mireille Péloquin

Selon celle qui en est à sa dernière année comme directrice après 16 ans à la tête de la FPFA, « le dialogue est là, quand on parle avec nos enseignants et nos directions d’école. »

La question des drapeaux a évidemment été soulevée, car dans le projet de loi, on mentionne que seulement deux drapeaux peuvent apparaître, celui du Canada et celui de l’Alberta. Au Ministère de l’Éducation et de la Petite Enfance, on affirme de manière non officielle que le drapeau franco-albertain sera permis dans les écoles francophones. Mireille Péloquin confirme la chose. Quant au drapeau francoqueer, c’est une autre affaire. Rien ne semble indiqué pour le moment qu’il pourrait être levé à l’occasion. Les règlements relatifs aux drapeaux doivent être élaborés au cours de l’été a-t-on appris du côté du Ministère.

De manière générale, selon Mme Péloquin, « les parents croient que les enseignants sont déjà impartiaux. Ils sont là pour susciter la réflexion et la discussion parmi les élèves. » Dans les écoles francophones tout semble donc bien se passer.

La Fédération des conseils scolaires francophones de l’Alberta (FCSFA) ne s’est pas encore publiquement prononcée, elle étudie toujours le projet de loi. De l’avis de Gisèle Bourque, sa directrice exécutive, la FCSFA est également « dans un processus de suivis avec le gouvernement provincial ».

Malgré les doutes de plusieurs acteurs du monde de l’éducation interrogés par Le Franco, le projet de loi 25 sera-t-il adopté ? Jason Schilling pense que ce sera fait au cours du printemps : « Mme Smith est majoritaire. » Et une fois la loi adoptée ? « Les conseils scolaires et les enseignants devront suivre la loi », répond laconiquement le bureau de M. Schilling.

Lexique

LGBTQIA2+ : cet acronyme désigne les personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles, transgenres, queers/en questionnement, intersexes, asexuelles et bispirituelles. 

Déclaration IA : Le présent article a été rédigé par un journaliste. Un outil d’intelligence artificielle a été utilisé pour appuyer la transcription des entrevues. Le journaliste a vérifié l’exactitude des propos.