Quand les premiers accords de musique résonnent et que les rires se mêlent aux effluves de la cuisine d’ici et d’ailleurs, c’est toute une communauté qui se redessine. Du 11 au 12 septembre derniers, le Franco-Festival a une fois de plus montré le pouls d’une francophonie en plein essor. Coiffé par le Portail de l’Immigrant Association (PIA), ce festival offre, depuis son lancement en 2008, un espace de partage où nouveaux arrivants, familles de longue date, jeunes engagés et amoureux de la langue se donnent rendez-vous. Malgré les caprices de la météo, un facteur impossible à contrôler dans les Prairies, l’énergie collective l’emporte.
Une mosaïque de voix et de cultures
Dès les premiers instants, le festival s’est affirmé comme un véritable lieu de convergence pour les nouveaux arrivants et les familles. Farid, installé à Calgary depuis deux ans avec sa famille originaire d’Algérie, témoigne de cet accueil chaleureux : « On ressent une véritable appartenance à la famille franco-albertaine. Le soutien reçu des organismes francophones nous a grandement aidés. » Un sentiment partagé par Marie Arlette William, bénévole de l’ACFA de Calgary pour l’évènement et issue de la Martinique, qui rappelle combien ces espaces de partage permettent de retrouver ses repères malgré les défis d’intégration en milieu minoritaire.
Dès nos premiers échanges avec les chevilles ouvrières de l’évènement, une conviction revient comme un leitmotiv de cette édition : la place centrale accordée à la jeunesse. Evelyne Kemajou, fondatrice et directrice générale du Portail de l’Immigrant (PIA), le rappelle avec force :
Les jeunes, c’est le fer de lance et l’avenir de la francophonie de demain
La jeunesse francophone et les francophiles étaient au rendez-vous. La vitalité de la communauté s’est lue à travers l’engagement de sa relève. Océane Francine, trésorière de la Maison des Jeunes et qui tenait un kiosque pour financer ses projets, notamment son bal de Noël, affirme : « Le but est de montrer que tout le monde est le bienvenu, peu importe que l’on parle anglais au quotidien. »
Cette ouverture séduit aussi les francophiles et les jeunes apprenants, à l’image d’un étudiant du secondaire de North Shore High School pour qui le français représente une part essentielle de l’identité canadienne : « C’est une responsabilité d’apprendre la langue et d’aller vers l’autre. », dit-il.
Cette année, la Maison des Jeunes a été choisie pour animer et coprésenter le festival, aux côtés de la journaliste Zoé Clin de Radio-Canada. La performance de la chorale de jeunes, sur un hymne inédit composé par elle pour célébrer la francophonie, est également à souligner.
Prestation d’un groupe de danse folklorique des Philippines.
Le défi de la mobilisation et de l’inclusion
Derrière la magie d’un tel rassemblement se cache un travail de titan. Pour réunir cette mosaïque d’artistes et d’exposants venus d’horizons divers, l’équipe du PIA a misé avant tout sur la transparence des appels publics et une sélection rigoureuse visant à refléter l’inclusion et la diversité des communautés.
Groupe de femmes issues des Premières Nations, représentant le groupe de chants traditionnels Sings Many Songs Women après leur prestation.
Une dynamique de partenariat saluée par Marie, agente de liaison communautaire au PIA, qui a passé le weekend à coordonner les efforts : Pour elle, « Le Franco-Festival est un espace rassembleur. […] C’est le pouvoir de collaboration et de partenariat avec toutes les communautés francophones multiculturelles et la Fédération des communautés francophones de l’Alberta (FCFA). »
Les festivaliers ont fait la connaissance de l’art autochtone et les saveurs du monde par le son et le palais. Cette année, la programmation a marqué les esprits par sa profondeur culturelle. Le groupe de chants traditionnels Sings Many Songs Women, constitué de femmes issues des Premières Nations (dont Pearl White Quills), a offert une résonance unique. Comme elles l’ont souligné, « il est primordial d’avoir une représentation autochtone sur nos terres ancestrales pour honorer l’histoire », rappelant ainsi les liens profonds unissant la culture autochtone et l’histoire francophone, notamment métisse.
Côté papilles, les festivaliers ont voyagé grâce aux stands de restauration, à l’image de Masso (Masso Beauty & Catering), qui met à l’honneur l’excellence de la cuisine ouest-africaine et ivoirienne.
La nourriture est une porte d’entrée directe vers notre culture et nos origines
Ne plus survivre, mais bâtir et rayonner
Enfin, le succès de cette grande fête repose sur des partenariats solides. Céline Pétrisot, coordonnatrice du Campus Saint-Jean satellite de Calgary, résume parfaitement cette synergie.
C’est du donnant-donnant. Les associations nous envoient des personnes en quête d’orientation, et nous les formons pour leur offrir un avenir professionnel solide en français, tout en maitrisant l’anglais
Evelyne Kemajou le souligne aussi que, bien que la francophonie en milieu minoritaire ne doit plus se concevoir dans une logique de simple survie : « […] il lui revient de prendre sa place, de démontrer que nous contribuons non seulement à l’épanouissement de notre communauté, mais aussi à la vitalité de notre belle ville de Calgary. »
Lexique
Leitmotiv désigne, à l’origine dans le domaine de la musique, un thème musical récurrent associé à un personnage, un sentiment, une idée ou un évènement précis. Par extension, le terme est aujourd’hui couramment utilisé en littérature, au théâtre ou dans le langage courant pour signifier : une idée fixe, un thème ou un motif qui revient de façon répétée dans une œuvre ou un discours, un slogan ou une formule que l’on répète sans cesse pour exprimer une pensée directrice ou une obsession.