Racisme envers la population noire, la parole se libère dans les écoles

Écrit par : Le Franco

7 février 2022

Mots-clés :
  • Poings levés contre le racisme
Crédit : Freepik

Presque une année après l’agression du jeune Pazo, la parole semble graduellement se libérer dans les écoles à Edmonton. Le racisme envers les personnes noires est désormais appelé par son nom. Pour preuve, le Conseil scolaire Centre-Nord (CSCN), le plus grand conseil scolaire francophone de la province, prévoit un exercice de recensement auprès de ses élèves.

Mehdi Mehenni
IJL – Réseau.Presse – Le Franco 

Le Mois de l’histoire des Noirs revient cette année et le Conseil scolaire Centre-Nord est au rendez-vous avec un projet antiracisme bien audacieux. Il s’agit, en effet, d’engager des conversations de groupe avec les élèves en faisant appel à des experts-chercheurs externes, annonce Robert Lessard, directeur général du CSCN.

Depuis l’agression du jeune noir de 14 ans, Pazo, en avril 2021, par sept autres garçons à la sortie de l’école Rosslyn (Edmonton Public School), Robert Lessard a observé une évolution des mentalités. «Nous sommes beaucoup plus ouverts à la discussion. Cependant, nous ne pouvons pas encore dire que c’est satisfaisant. Nous avons, certes, plus de facilités à aborder aujourd’hui la question, mais nous sommes loin d’avoir réglé tous les problèmes. Nous avons encore du travail», note-t-il.

Robert Lessard, directeur général du Conseil scolaire Centre-Nord

Robert Lessard, directeur général du Conseil scolaire Centre-Nord

C’est dans ce sens que le Conseil scolaire a sollicité les services du prestigieux Carl James, professeur à la York University (Ontario), et de son équipe. Spécialistes dans l’accompagnement des conseils scolaires pour lutter contre le racisme et la discrimination, ils devront travailler sur le vécu des élèves à l’école. Il leur faudra, entre autres, identifier les besoins des élèves auxquels il faudra apporter des réponses.

«Le racisme en milieu scolaire est encore là. Il demeure présent dans nos écoles et nous n’en sommes pas exempts. Cet exercice de recensement, mené par des personnalités externes, nous permettra de mieux savoir comment les choses se déroulent dans nos établissements», souligne Robert Lessard.

«Le racisme en milieu scolaire est encore là. Il demeure présent dans nos écoles et nous n’en sommes pas exempts. Cet exercice de recensement, mené par des personnalités externes, nous permettra de mieux savoir comment les choses se déroulent dans nos établissements.» Robert Lessard

Ce n’est pas tout. Le professeur Carl James, auteur de plusieurs livres et spécialiste de l’intersectionnalité entre la race, l’ethnicité, le sexe, la classe et la citoyenneté, et son groupe auront également pour mission d’accompagner le CSCN dans un autre registre. Les équipes du Conseil scolaire bénéficieront, parallèlement, de formations professionnelles en matière d’embauche et de pédagogie.

«Au CSCN, nous n’avons pas joué à l’autruche»

Malgré les progrès dans les statistiques affichées ces dernières années par le Conseil scolaire Centre-Nord quant à la proportion d’enseignants appartenant à une minorité visible, celui-ci continue d’être sporadiquement l’objet d’accusations de racisme.

Sans tabou, Robert Lessard aborde la question de façon plutôt décomplexée : «Lorsque ce genre d’évènements se produisent, c’est un éveil pour nous. Cela nous aide à nous remettre en question et à chercher ce qui ne va pas. Nous sommes responsables et notre souhait est de progresser dans la bonne direction».

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Ce dont il est fier, rappelle-t-il aussi, c’est qu’«au CSCN, nous n’avons pas joué à l’autruche. Nous avons entendu ce que les gens avaient à nous dire». Maintenant, «il faut mettre les choses en place pour leur cheminement et reconnaitre que nous avons beaucoup de travail à faire».

Pour ce faire, justement, Émilienne Ngo Batoum, traductrice et médiatrice professionnelle à Edmonton, suggère, de son côté, que la question du racisme envers les personnes noires dans les écoles doit, dorénavant, s’imposer comme une discussion permanente. De tous les jours.

Les craintes de représailles persistent 

La médiatrice, qui était très impliquée dans le soutien offert au jeune Pazo, ayant établi la communication entre la famille de la victime et l’école pointée du doigt, insiste sur le fait «qu’il ne faut plus avoir peur de parler de racisme, d’exclusion et de discrimination».

Parce que, pour elle, l’affaire Pazo, c’était tout simplement l’arbre qui cachait la forêt. «Nous avons beau dire que ce phénomène n’existe pas. Je me réveille chaque matin en me disant j’aimerais tant que ce soit vrai. Mais, hélas, je pense que nous sommes très loin du compte», martèle-t-elle.

De l’avis d’Émilienne Ngo Batoum, ce qui aujourd’hui pose le plus problème est la crainte d’intimidations et de représailles. «Beaucoup de parents m’ont fait état de ce que leurs enfants subissent à l’école. Ils ne peuvent pas en parler à cause de l’environnement dans lequel nous évoluons. Il faut dire que notre milieu n’offre aucune garantie de sécurité ou de protection pour les personnes qui se mettent en avant», regrette-t-elle.

Émilienne Ngo Batoum, traductrice et médiatrice professionnelle à Edmonton.

Émilienne Ngo Batoum, traductrice et médiatrice professionnelle à Edmonton. Crédit : Courtoisie

À la question de savoir s’il y a des représailles, la médiatrice affirme que cela persiste d’une façon ou d’une autre. «Se plaindre mène, dans notre environnement, vers l’isolation. C’est un processus d’exclusion qui se met en place dans le temps. Si vous vous exposez, vous serez très vite étiqueté et, petit à petit, il y a du vide qui commence à se faire autour de vous.»

Et, évidemment, se retrouver seul, avertit la médiatrice, ça «se répercute négativement sur le développement de nos jeunes, dans le sens où ils commencent par perdre confiance en eux. C’est là, généralement, la porte ouverte à tous les autres travers, comme la délinquance et la consommation de stupéfiants».

N’empêche qu’Émilienne n’est pas pessimiste pour l’avenir. Elle a aussi observé un changement dans les écoles à Edmonton depuis la fâcheuse agression d’avril 2021. «Le seul point positif est que nous en parlons de plus en plus dans les milieux scolaires. Le fait d’en parler n’est pas négligeable. Nommer le racisme par son nom, c’est déjà une grande avancée, à mon avis», relève-t-elle avec un petit air de contentement.

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