le Samedi 13 juillet 2024
le Jeudi 13 juin 2024 16:46 Sports

Les Oilers, une fièvre francophone

La communauté francophone appuie les Oilers dans leur quête de la Coupe Stanley. Photo : Courtoisie
La communauté francophone appuie les Oilers dans leur quête de la Coupe Stanley. Photo : Courtoisie
(IJL-RÉSEAU.PRESSE-LE FRANCO) - Dix-huit ans après leur défaite crève-cœur contre la Caroline et trente-quatre ans après leur dernier titre, les Oilers d’Edmonton renouent ce printemps avec la finale de la Coupe Stanley, au grand plaisir des partisans francophones de la province. Un moment qui marque d’autant plus l'imaginaire que l’équipe a traversé un long passage à vide en début de saison.
Les Oilers, une fièvre francophone
00:00 00:00

Jean-François Bernier a transmis son amour du hockey à son fils. Ils aiment bien assister à des matchs en famille. Photo : Courtoisie

En novembre dernier, si vous aviez évoqué les chances de voir les Oilers se qualifier pour la finale avec Jean-François (JF) Bernier, ce dernier aurait été perplexe. Avec une fiche de dix défaites lors de ses treize premiers matchs, le club venait tout juste de congédier son entraîneur-chef, Jay Woodcroft, pour le remplacer par Kris Knoblauch, un coach sans grande expérience dans la Ligue nationale de hockey (LNH). La suite du calendrier ne laissait présager rien de mieux. 

«On était au 31e rang. Ça n’allait pas bien. Mais l’équipe a pris de l’expérience et depuis, je pense que c’est l’[aboutissement] de plusieurs années et de plusieurs mois d’efforts qui entrent en jeu», explique le partisan franco-albertain qui habite Bonnyville.

C’est un peu en raison des hauts et des bas qui ont ponctué les dernières années de l’équipe que ce «mordu des Oilers» essaie de savourer chaque moment de cette ronde ultime. Après tout, le hockey a cette capacité éphémère de faire rêver, mais aussi d’anéantir les espoirs en quelques échanges de rondelles. «On sait à quel point c’est difficile et rare de se rendre en finale. Je ne sais pas à quel moment ça va arriver à nouveau pour nous autres.» Pour l’instant, il continue à espérer un dénouement heureux.

Au cours des dernières semaines, un engouement similaire a fait son chemin parmi la population albertaine, voire même canadienne, qui semble s’être unanimement ralliée derrière l’équipe qui pourrait être la première au pays à remporter le trophée depuis les Canadiens de Montréal en 1993. 

«Il y a un enthousiasme général dans la population. Pour moi, les Oilers représentent un amour, mais le hockey demeure aussi un sport très rassembleur et c’est ce qu’on constate en ce moment», ajoute le partisan.

Troy Gratton, un fidèle partisan des Oilers, a aussi suivi les activités des Canadiens de Montréal dans sa jeunesse. Photo : Courtoisie

Un élan francophone

Au sein de la communauté franco-albertaine, l’enthousiasme brûle de manière tout aussi palpable et peut-être même plus ardemment, précise-t-il. «Le hockey, c’est dans le cœur et les racines de la francophonie, probablement en raison des Canadiens de Montréal et de ce qu’ils représentent au Québec.» 

Une hypothèse qui trouve écho chez Troy Gratton, un autre fervent amateur des Oilers d’Edmonton originaire de Bonnyville. 

«C’est drôle parce que la majorité des personnes à Bonnyville et surtout chez les francophones, à la base, ce sont des partisans des Habitants (Habs)», rappelle-t-il. Lui-même a suivi les activités des Glorieux pendant plusieurs années avant de changer son fusil d’épaule, après l’arrivée de Wayne Gretzky avec les Oilers en 1979.

«Depuis, j’ai été fidèle aux Oilers, même pendant les années de noirceur dans les années 2000. Je vais voir des matchs trois à six fois par an», exprime-t-il. Être sacré champion pourrait officiellement clore cette époque difficile de reconstruction et restaurer le prestige terni de l’équipe edmontonienne. 

«Mes amis et moi, on a hâte de voir la Coupe Stanley revenir chez nous», mentionne celui qui travaille comme conseiller en orientation et à l’engagement des élèves au Conseil scolaire Centre-Est (CSCE).

L’enthousiasme pour le hockey est très fort chez les francophones, mentionne Jean-François Bernier. Photo : Courtoisie

À Edmonton, chez les Légaré-Lépine, le hockey est une affaire familiale. Pauline, la matriarche, est une spectatrice assidue qui rate rarement la diffusion des quatre-vingt-deux parties à la télévision. Les séries éliminatoires, elles, s’écoutent en famille, en compagnie de son mari, ses deux enfants et leurs conjoints respectifs. «Quand on s’est taillé une place en finale, on criait dans la maison», se remémore-t-elle en riant. 

«C’est une fierté, c’est l’aboutissement d’un travail acharné», ajoute-t-elle. Elle espère que «le travail acharné» des derniers mois saura entraîner son équipe vers une victoire contre les Panthers, mais elle se méfie de Sergueï Bobrovski, le cerbère de la formation floridienne, qui «est excellent» et pourrait ralentir les attaquants de talent des Oilers, comme ça a été le cas lors des deux premiers matchs de la série. 

L’équipe s’est inclinée à ses deux premiers matchs en Floride et lors du premier match à Edmonton. Ce samedi soir, l’ultime chance de ressusciter s’offre aux joueurs des Oilers.

Malgré tout l’espoir demeure cependant en vie dans la base partisane des Oilers. «Ça risque d’être difficile, mais j’aimerais voir la frénésie se poursuivre, précise Pauline. Il y a une belle fébrilité dans la ville. C’est le sujet de conversation de beaucoup de gens.»

Maël Crespo a pris l’habitude, quant à lui, de faire le trajet de Red Deer jusqu’à la capitale albertaine pour se rendre avec ses amis devant les écrans géants installés pour l’occasion. Photo : Courtoisie

Vivre l’ambiance des séries chacun à sa manière

Gilbert Cantin, qui habite lui aussi Edmonton, se met plutôt au hockey de manière ponctuelle, une fois le printemps entamé, comme s’il était attiré par cette effervescence qui gagne les partisans. «J’aime aller au Boston Pizza pour écouter les matchs, il y a une bonne ambiance. Quand ils [les Oilers] ont remporté le match pour aller en finale, même les gens qui ne se connaissaient pas se donnaient des high five», raconte-t-il.

Il prend plaisir à déambuler dans la capitale et contempler les drapeaux bleu, orange et blanc qui flottent dans les rues. Il n’est pas rare, aussi, de croiser des maillots à l’effigie des McDavid, Draisaitl ou Bouchard, portés par des partisans désireux de rendre hommage à leurs idoles. «C’est plaisant de vivre dans une ville où a lieu une finale de la coupe Stanley», mentionne-t-il.

Pour ressentir de près le pouls hockey des Edmontoniens, Maël Crespo a pris l’habitude, quant à lui, de faire le trajet de Red Deer jusqu’à la capitale albertaine certains jours de matchs. «Avec mon meilleur ami, on va souvent dans la zone réservée pour les fans [devant le Rogers Place]. On y était quand ils se sont qualifiés pour la finale», raconte-t-il.

Lors des victoires, les klaxons des voitures et des motocyclettes résonnent «partout dans la ville, surtout dans le downtown», mentionne-t-il. «Tout le monde est joyeux, c’est incroyable. J’espère que ça va continuer. S’ils gagnent, ce serait extraordinaire», conclut-il.

GlossaireFervent : Se dit d’une personne animée de sentiments intenses, passionnés

Les Oilers, une histoire de famille. (De gauche à droite) Troy Gratton, en compagnie de son fils Justin, de la conjointe de celui-ci, Whitney Blanchette, et de sa mère, Amy Blanchette, lors d’un affrontement contre les Stars de Dallas. Photo : Courtoisie