Trois universités revendiquent un financement fédéral «stable et récurrent»

Écrit par : Francopresse

10 juin 2021

Le Campus Saint-Jean se retrouve avec seulement 28 professeurs à temps plein, alors que ses besoins se situeraient entre 42 et 45 professeurs. Crédit : Viola-ness - Wikimedia Commons/CC BY-SA 4.0/ https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/deed.fr

Le rôle d’Ottawa dans l’appui aux institutions postsecondaires francophones en situation minoritaire était à l’ordre du jour du Comité permanent des langues officielles de la Chambre des communes pour une troisième séance d’affilée le 8 juin. Les responsables de l’Université de Moncton, du Campus Saint-Jean et de l’Université de l’Ontario français (UOF) ont tous revendiqué un financement fédéral stable et permanent pour les institutions postsecondaires francophones en milieu minoritaire.

Bruno Cournoyer Paquin – Francopresse

Dyane Adam, présidente du Conseil de gouvernance de l’UOF, a rappelé que ces établissements sont financés sur la même base que ceux de la majorité linguistique, soit «une logique de financement basée essentiellement sur les nombres : ceux des effectifs étudiants, des programmes et de la taille des établissements».

Elle estime qu’une telle formule de financement condamne les établissements postsecondaires de la minorité francophone «à l’instabilité et à la précarité financière», puisqu’elles desservent une population plus petite, mais doivent tout de même offrir des programmes d’études qui répondent aux besoins de la communauté.

Dyane Adam, présidente du Conseil de gouvernance de l’UOF, en Ontario. Crédit : Courtoisie UOF

Pierre-Yves Mocquais, doyen et chef de la direction du Campus Saint-Jean, a ajouté que les établissements minoritaires ont des besoins supplémentaires : par exemple, alors que les autres facultés de l’Université de l’Alberta peuvent avoir recours aux services centraux de l’Université, le Campus Saint-Jean doit les fournir lui-même, car ils ne sont pas accessibles en français.

Si les établissements postsecondaires de la minorité francophone reçoivent du financement fédéral de la part du gouvernement fédéral à travers le Programme des langues officielles en éducation (PLOE), celui-ci est ponctuel et dédié à des projets spécifiques, ce qui ne répond pas aux besoins de ces institutions d’après Dyane Adam.

Ce financement de «projets spéciaux […] présente des intérêts incontestables [mais] créé par ailleurs des déséquilibres grandissants qui mettent l’institution et son fonctionnement en danger», avertit pour sa part le doyen du Campus Saint-Jean.

Par exemple, si le financement fédéral dédié à la formation des enseignants en langue française a permis au Campus Saint-Jean d’accroitre ses activités dans ce domaine, l’établissement a tout de même été contraint de réduire son offre de cours dans d’autres domaines et d’embaucher du personnel temporaire plutôt que de pourvoir des postes menant à la permanence.

Le budget de l’Université de Moncton a diminué de plus de 25 millions depuis 10 ans. Crédit : Archives Acadie Nouvelle

Ainsi, déplore Pierre-Yves Mocquais, «bien que le financement fédéral représente aux alentours de 30 % du budget opérationnel du Campus Saint-Jean, l’Université de l’Alberta n’autorise pas le Campus Saint-Jean à engager des professeurs sur des postes menant à la permanence sur la portion fédérale de son budget, mais uniquement du personnel contractuel».

«Dix ans de noirceur»

Le recteur et vice-chancelier de l’Université de Moncton, Denis Prud’homme, a rappelé au Comité que les fonds provinciaux — qui représentent 75 % du financement de l’établissement néobrunswickois — n’ont augmenté que de 0,7 % par année au cours des 10 dernières années. En conséquence, les frais de scolarité ont augmenté de 24 % au cours des trois dernières années.

Cependant, avec le vieillissement de la population au Nouveau-Brunswick, le bassin démographique sur lequel s’appuie l’Université de Moncton est en décroissance, alors même que les frais d’exploitation augmentent d’année en année, explique Denis Prud’homme.

Denis Prud’homme, recteur et vice-chancelier de l’Université de Moncton. Crédit : Archives Acadie Nouvelle

«Pour encore une fois être en mesure d’équilibrer notre budget, les administrations précédentes ont dû faire des coupures budgétaires transversales de l’ordre de 2 à 3 % par année, et ce depuis les 10 dernières années. Donc notre budget a diminué de plus de 25 millions depuis 10 ans», soutient Denis Prud’homme.

«Ce n’est pas un lundi noir qu’on vit à l’Université de Moncton, mais 10 ans de noirceur», conclut-il sombrement.

Au Campus Saint-Jean, le doyen Pierre-Yves Mocquais explique que la province offre du financement en fonction du nombre d’étudiants fréquentant un établissement, mais impose des quotas qui limitent le financement du Campus à l’équivalent de 575 étudiants à temps plein, alors qu’il en accueille présentement 750.

Pierre-Yves Mocquais, doyen et chef de la direction du Campus Saint-Jean, en Alberta. Crédit : Geoffrey Gaye – Le Franco

À cause des contraintes budgétaires imposées par la province et des conditions d’utilisation des fonds fédéraux, le Campus se retrouve avec seulement 28 professeurs à temps plein, alors que ses besoins se situeraient entre 42 et 45 professeurs, estime Pierre-Yves Mocquais.

Lui-même et Denis Prud’homme relatent également tous deux que lorsque le gouvernement fédéral offre un financement conditionnel au versement d’une somme équivalente de la province, il s’avère souvent difficile d’aller chercher la contrepartie provinciale, car la province estime souvent que ces sommes sont incluses dans le financement de base qu’elle a déjà versé.

Pour Pierre-Yves Mocquais, il faudrait revoir la notion de contrepartie provinciale : «Soit que l’argent [du fédéral] ne transite pas nécessairement par le gouvernement provincial, soit que la nécessité de contrepartie ne soit pas appliquée de manière systématique.»

Le Comité permanent des langues officielles tiendra le 10 juin une quatrième et ultime séance sur le thème du soutien fédéral aux institutions postsecondaires bilingues ou françaises en situation minoritaire.

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