La surdité, le «superpouvoir» d’Ariane Mahrÿke Lemire

Écrit par : Gabrielle Beaupré

15 mai 2021

Mots-clés : ,
L’auteure-compositrice-interprète fransaskoise et albertaine, Ariane Mahrÿke Lemire adore chanter devant un public et s'ennuie beaucoup de la scène. Crédit: Daniel Paquet

Sourde de l’oreille gauche depuis son enfance, l’auteure-compositrice-interprète fransaskoise et albertaine Ariane Mahrÿke Lemire a fait de sa plus grande faiblesse, sa plus grande force. Elle a appris à écouter la musique avec son corps pour performer sur scène comme en studio. Reconnue sur la scène musicale canadienne, elle a aujourd’hui trois albums à son actif. 

Depuis son enfance, Ariane rêve de chanter devant un public. Un rêve qui se concrétise à l’âge de 19 ans. Cependant, ses débuts n’ont pas été évidents, «je faussais beaucoup puisqu’il y avait trop de son [sur scène] et je ne m’entendais pas». 

Ariane Mahrÿke Lemire a l’habitude d’être pieds nus en spectacle pour vivre à 100% ses chansons. Crédit: Allan Hurd

Pour elle, il est hors de question de laisser son rêve lui glisser entre les mains. La musicienne s’est alors relevé les manches en allant chercher de l’aide. «J’ai suivi des cours de chants où mon prof, spécialiste en placement de la voix, m’a aidé à vraiment ressentir les résonances [du son] dans le crâne et dans la cage thoracique».

Il a fallu qu’elle apprenne à entendre et à écouter différemment. «Aujourd’hui, j’entends beaucoup plus avec mon corps qu’avec mes oreilles, surtout quand il y a tout un orchestre», explique-t-elle. 

L’adaptation au son

À 25 ans, Ariane acquiert finalement une grande maîtrise de sa voix, notamment sur scène. Avec les années, elle s’est adaptée à la scène en développant plusieurs éléments clés qui l’aident lors de ses performances. Elle sait, par exemple, qu’elle doit placer son percussionniste et son bassiste à sa gauche, et les instruments moins bruyants à sa droite. 

Lors de ses prestations musicales, la chanteuse ressent les pulsations des instruments dans son corps, notamment dans son dos, ses côtes et ses os. Crédit : Nich Carlson

Ce processus pour apprendre à entendre avec son corps a été long. Maintenant, accompagnée d’un orchestre, cette sensation musicale le parcourt entièrement. «C’est comme lorsque tu mets ta main sur la voie ferrée, tu ressens [les vibrations] quand le train s’en vient.»

Et sa voix? Elle sait désormais lorsqu’elle fausse. «Je ressens la différence quand je suis à côté de la note plutôt que dans la note. Le son résonne moins dans mon corps. Quand je suis sur la bonne note, tout vibre un peu plus et l’énergie est meilleure.»

Assumer son rêve 

Lorsqu’est venu le temps de réaliser son rêve en chantant devant un public, Ariane était prête à affronter le regard des autres. En fait, elle n’a jamais laissé l’opinion des autres lui nuire. 

Elle cite alors son sens de l’humour. «Quand j’étais petite, on me reprochait souvent de ne pas être drôle. J’avais le réflexe de dire que si les autres ne me trouvent pas drôle, moi, je peux me trouver drôle. Maintenant, je suis devenue plus drôle parce que j’ai appris à me faire rire moi-même.»

«Aussitôt que je pouvais parler, j’inventais des chansons. J’avais un téléphone fisher price. Je composais des chansons là-dessus en écrivant les chiffres du téléphone pour me rappeler de la mélodie que j’inventais», se remémore-t-elle. Crédit : Allan Hurd

Cet exemple est pour elle similaire à la musique. «J’adore chanter, ça me fait du bien et ça m’a toujours fait du bien». À force d’assumer son sens de l’humour et son désir de chanter devant un public, «j’accepte qui je suis tout en travaillant à devenir une meilleure version de moi-même», souligne-t-elle.  «On dirait que je chante de mieux en mieux. Plus je m’aime, mieux je chante. Aussi, plus je m’aime, mieux est reçue ma musique.» 

Parallèlement, Ariane s’estime chanceuse car sa famille l’a toujours traitée comme une enfant “normale”,  malgré son handicap. Elle l’a toujours encouragée dans ses projets. Issue d’une famille de musiciens, elle baigne dans cet univers depuis son plus jeune âge, «ça fait presque partie de mon ADN d’aimer la musique». 

Partager

La francophonie albertaine vous intéresse?

Nous aussi.

Abonnez-vous gratuitement à notre infolettre pour recevoir chaque deux semaines un concentré de nos meilleures histoires!