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le Dimanche 24 décembre 2023 14:02 Chronique «jeunesse»

Joyeux Noël malgré tout…

Au Rwanda, ils célèbrent Noël au grand air, sous le soleil, tout en savourant des mets traditionnels au son de concerts et de messes à l’église. Photo : Walter Chavez - Unsplash.com
Au Rwanda, ils célèbrent Noël au grand air, sous le soleil, tout en savourant des mets traditionnels au son de concerts et de messes à l’église. Photo : Walter Chavez - Unsplash.com
Noël approche et je sens déjà l’odeur croustillante du poulet rôti qui sort du four et m'enveloppe comme les guirlandes étreignent le sapin de Noël. Pendant ce temps, Mama est au téléphone, un rituel avec la famille restée au pays.
Joyeux Noël malgré tout…
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Là-bas, oubliez la neige et les sapins. Au Rwanda, ils célèbrent Noël au grand air, sous le soleil, tout en savourant des mets traditionnels au son de concerts et de messes à l’église. 

Il y a quelques années, alors que j’étais plus jeune, je suis allée au Rwanda pendant les vacances d’hiver. J’ai passé le jour de Noël à rendre visite à ma famille, à jouer avec mes cousins pour finalement clore la journée avec un «père Noël secret». À l’époque, il m’avait offert une figurine de l’ange Gabriel.

Avant la fête, les préparatifs

Pour que cette journée soit parfaite, il faut d’abord effectuer le pénible nettoyage. Passer la serpillère, balayer, épousseter, toute une liste de tâches à effectuer dans la maison. Alors nous nous préparons en toute hâte pour accueillir les invités qui arriveront dans quelques heures. 

Mama, elle, continue de rire au téléphone avec celles et ceux qui sont restés là-bas. Le son de sa voix crée un jovial amalgame avec les chants de Noël diffusés à bas volume sur les enceintes du salon. 

Assise sur le fauteuil, à la lumière blafarde d’une lampe, j’exécute les derniers ordres de ma petite sœur en écrivant une petite note au père Noël pour lui montrer toute notre sympathie lorsqu’il viendra chez nous. «Dis-lui que je le remercie de m’apporter ma poupée. N’oublie pas de lui dire de manger les biscuits et de boire le lait pour avoir plus d’énergie pendant son voyage en traîneau.» Elle continue de me parler, mais je me déconnecte au son de la voix soyeuse de la jeune chanteuse du groupe Vox Angeli. Elle interprète Noël des enfants du monde.

Enfants de Palestine

Ou enfants d’Israël

D’Amérique ou de Chine

En ce jour de Noël

Que ton regard se pose

Sur la terre ou le ciel

Ne retiens qu’une chose

Il faut croire à Noël

Je me sens naïve en pliant le petit mot de ma petite sœur. Je réalise que tous les enfants ne sont pas tous égaux face à Noël. 

Nos invités arriveront bientôt; ils passeront la soirée à converser. Il y aura également un festin à dévorer, un mélange de mets des tropiques et d’ici. De l’ubugali, accompagné de sa sauce à la viande, à la purée de pommes de terre et son gravy, nous serons rassasiés à n’en pas douter. 

À l’écart du blablabla des adultes, nous allons nous divertir. Films et sucreries à en avoir mal au ventre… les parents sont bien trop occupés!  

À la fin du repas, on mettra tout sur pause. Ce sera le moment tant attendu, le défi annuel du «meilleur décorateur» de maisons en pain d’épice. À l’aide du glaçage et des bonbons, le gagnant se révélera. Mais qui sera-t-il cette année? 

L’opulence n’empêche pas la raison

Est-ce bien important? À l’écoute de cette chanson qui défile dans mes oreilles, je me rappelle que ce moment est un havre de paix dans un monde troublé. 

Comment puis-je détourner le regard face aux milliers d’enfants décédés durant ce dernier mois en Palestine? Face au massacre du 7 octobre en Israël? Face à celles et ceux qui n’ont pas d’abris, qui dorment dehors dans le froid, ce soir et les prochains. 

Je me souviens du sifflement des missiles en Ukraine, des bombardements au Moyen-Orient, de l’effondrement des bâtiments, des pleurs de ces jeunes orphelins, des pleurs de désespoir qui envahissent les nouvelles du matin jusqu’au soir.

Matin couleur de cendre

Ou matin d’arc-en-ciel

Qu’importe il faut attendre

En ce soir de Noël

Que les fusils se taisent

Et répondent à l’appel

De cette parenthèse

Qui s’appelle Noël

Si seulement cette chanson pouvait faire taire les images de guerre et ses vœux se réaliser.

La foi 

Mes parents ne désirent pas que nous perdions le sens religieux de cette fête célébrant la naissance de Jésus-Christ. C’était il y a plus de 2000 ans. J’ai écouté des récits sur la nativité, des chants d’Église, tout en admirant les ornements et la crèche installés pour l’occasion. Mais une phrase m’est restée en tête : «La paix est le message de Noël, car le Christ est venu apporter la paix aux hommes.» 

Le pasteur, lors de son sermon, assure qu’il est possible de vivre en paix dans nos cœurs et avec les autres, car nous nous sommes réconciliés avec Dieu par la naissance et la mort de Jésus-Christ. Il estime que, malgré les conflits et les difficultés du quotidien, la paix de Dieu prévaudra lorsqu’il aura établi son royaume sur la Terre. 

Ma sœur impatiente me donne un coup de coude qui me sort de mes pensées. Elle me rappelle que je dois mettre son petit mot sur la table avec les biscuits et le verre de lait. C’est en y plaçant sa lettre qu’elle m’interroge : «Quel cadeau as-tu demandé au père Noël?»

J’ai tu la réponse, car, comme beaucoup d’autres, elle ne la comprendrait pas. À six ans, on pense à autre chose.

Je veux la paix, la paix sur notre planète

Cette chanson qui m’a accompagnée durant tout mon récit se termine par un message d’espoir. C’est peut-être la réponse du père Noël à mon souhait.

Un jour viendra peut-être

Un jour au goût de miel

Où l’on verra paraître

Un oiseau dans le ciel

Aux plumes de lumière

Un oiseau éternel

Colombe pour la Terre

Un oiseau de Noël.

Glossaire – Orphelin – Enfant qui a perdu l’un de ses parents ou les deux