Pour Isabelle Laurin, directrice générale de l’ACFA, l’évènement a démontré qu’un véritable écosystème francophone était en train de se structurer en Alberta.
« La première année, c’était vraiment pour avoir une compréhension commune du secteur et pour se doter d’un plan. Là, je sens beaucoup plus de cohésion. On a beaucoup plus de jeunes professionnels qui œuvrent dans ce secteur-là et qui veulent se rassembler. »
Au fil des éditions, le forum a pris de l’ampleur et attire désormais des intervenants communautaires, des étudiants, des spécialistes du monde de la santé et des organismes issus de diverses communautés culturelles. Cette année, plusieurs étudiants en sciences infirmières, criminologie et sociologie étaient présents afin de développer leur réseau professionnel francophone.
L’un des grands changements observés depuis la première édition concerne la réflexion autour des compétences culturelles en santé mentale. « On voulait s’assurer que les services soient non seulement linguistiquement adaptés, mais également culturellement adaptés », souligne Isabelle Laurin. Selon elle, les discussions ont beaucoup évolué et les intervenants échangent désormais davantage sur les bonnes pratiques pour rejoindre différentes communautés culturelles.
Le conférencier invité Michel Mpambara, entouré par Isabele Laurin, la directrice générale de l’ACFA, et Fabrice Sezan, gestionnaire au sein de l’ACFA.
Un réseautage primordial
À la suite des commentaires reçus lors des éditions précédentes, l’ACFA a intégré une activité brise-glace intitulée « Réseau 360 Connexion ». Chaque organisme avait quelques minutes pour passer de table en table et se présenter à son interlocuteur. Un exercice qui a particulièrement plu à Lucero Hernandez, coordonnatrice par intérim à l’Institut Guy-Lacombe de la famille (IGLF).
Ça nous a permis de voir quels étaient les objectifs, les mandats et comment est-ce qu’on pourrait éventuellement faire un partenariat
Dans un contexte de situation linguistique minoritaire, il est important pour Mme Hernandez de s’assoir et de mettre en valeur quels sont les enjeux liés à la santé mentale et aux services sociaux.
Pour sa part, Marie-Claude Côté, la directrice du Réseau Santé Alberta, estime que ce forum de l’ACFA est l’occasion parfaite « pour le réseautage parce qu’on a tous ces éléments-là ensemble dans la même pièce. On peut discuter des défis et des succès qu’on a tous en commun ». Pour elle, cette journée a surtout mis en lumière l’importance de la prévention et de la collaboration entre les différents acteurs communautaires.
Le Comité Franco-Queer de l’Ouest était l’un des organismes présents lors du forum.
Prévenir l’isolement pour mieux guérir
Alors que Lucero Hernandez constate que plusieurs familles francophones consultent lorsqu’elles se trouvent déjà en situation de détresse au lieu de consulter en amont, de son côté, Vincent Tatto Mfassu de Francophonie Canadienne Plurielle (FRAP) a profité du forum pour mettre en lumière les initiatives de son organisme auprès des hommes francophones immigrants.
Pour le représentant de la FRAP, ce rendez-vous a permis de réfléchir collectivement aux moyens de lutter contre l’isolement et de favoriser les connexions humaines au sein des communautés francophones. Le panel portant sur les approches communautaires a particulièrement retenu l’attention de la FRAP, qui y a présenté son programme Réseau Contact Homme.
« Il y a beaucoup de programmes pour les femmes, pour les enfants, pour les adolescents, mais très peu de programmes qui s’arrêtent sur l’intérêt des hommes, sur la question de la masculinité », explique Vincent Tatto Mfassu.
Selon lui, les hommes immigrants francophones font souvent face à d’importants défis d’adaptation sociale, économique et culturelle après leur arrivée au Canada. Le programme mis de l’avant par la FRAP cherche donc à créer des espaces d’échange, afin d’aider ces hommes à mieux s’intégrer à leur nouvel environnement.
Par la voix de Marie-Claude Côté, le RSA constate aussi que certains nouveaux arrivants hésitent encore à demander de l’aide. Elle rappelle que les perceptions culturelles liées à la santé mentale peuvent parfois freiner les démarches vers les services.
Il faut avoir les bonnes personnes qui peuvent parler de santé mentale et de mieux-être pour que les gens se sentent en confiance d’aller parler aux intervenants
À cet égard, selon Mme Côté, la conférence de l’humoriste québécois Michel Mpambara a été l’un des moments marquants du forum. Il a abordé avec franchise son propre parcours en santé mentale. « C’était absolument génial », résume Marie-Claude Côté. « Il a parlé de lui, de son expérience, puis des raisons pour lesquelles il a autant souffert, notamment parce qu’il n’a pas pris soin de sa santé mentale quand c’était le temps. »
Participants et participantes de divers organismes franco-albertains s’étaient donné rendez-vous le 5 mai, à Edmonton, pour la 4e édition du Forum sur les organismes sociaux et la santé mentale.
De futures collaborations ?
Le forum de l’ACFA aura permis aux organismes de mieux connaître les plateformes de chacun, comme ce fut le cas pour l’IGLF, qui offre des services destinés aux familles francophones de tous âges, allant des jeunes parents jusqu’aux grands-parents. Mme Hernandez rappelle que les services offerts par l’Institut comme le counseling et le soutien psychosocial, accessibles en présence, par téléphone ou en virtuel « sont complètement gratuits », alors qu’habituellement, l’accès à un ou une psychologue ou à une thérapie coûte cher.
Pour la FRAP, « notre partage a suscité de l’intérêt auprès des autres organismes, estime M. Tatto Mfassu. En travaillant ensemble, on peut voir ce qui peut être dupliqué et apprendre les uns des autres pour l’intérêt de la communauté plus largement. »
On espère vraiment que ça va permettre aux gens de maintenir le contact et de poursuivre les conversations durant toute l’année
Autre retombée non négligeable, le forum semble contribuer également à faire rayonner davantage les services en français au sein d’organisations anglophones. Isabelle Laurin cite notamment l’exemple d’une professionnelle francophone œuvrant auprès de jeunes atteints de cancer dans un organisme anglophone, qui offre désormais des services en français à des familles vivant des périodes difficiles.
Face à cette collaboration du milieu communautaire, une cinquième édition du forum est-elle envisageable ? Rien n’est confirmé pour l’instant, concède Mme Laurin. Le financement actuel du forum arrive à échéance, mais l’ACFA demeure toutefois optimiste. « On voit qu’il y a tellement un bel air d’aller. Moi, je suis convaincue que les solutions vont apparaître », conclut Isabelle Laurin.
Lexique :
Consulter en amont : signifie « avant », pour désigner la préparation, l’anticipation, la prévention d’une cause.
Déclaration IA : Le présent article a été rédigé par un journaliste. Un outil d’intelligence artificielle a été utilisé pour appuyer la transcription des entrevues. Le journaliste a vérifié l’exactitude des propos.