le Lundi 1 juin 2026
le Lundi 1 juin 2026 7:00 Santé

Prévenir pour mieux vivre

Dre Yvonne Kangong, en pleine conférence sur les divers types de cancer.
 — Crédit : gracieuseté
Dre Yvonne Kangong, en pleine conférence sur les divers types de cancer.
Crédit : gracieuseté

Depuis 2015, le Dr Nganda Luki œuvre pour améliorer la santé des communautés afro‑canadiennes d’Edmonton. Fondateur du Centre de bien‑être et de prévention (CBEP) pour les Afro‑Canadiens, il mène un travail de terrain essentiel, basé sur l’information, la sensibilisation et la proximité avec les communautés.

Prévenir pour mieux vivre
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C’est dans cette optique que depuis onze ans, plusieurs ateliers sont organisés autour de divers thèmes, que ce soit sur la santé mentale, la prévention de l’hypertension ou du diabète. À raison d’un ou deux ateliers par mois, le Dr Luki et son équipe vont directement à la rencontre des populations, notamment dans les églises africaines et caribéennes, là où elles sont le plus accessibles.

Le dernier en date, à l’automne, au Dalhousie Community Association de Calgary, avait trait au cancer. C’est à la Dre Yvonne Kangong, que son collègue, le Dr Luki, avait demandé de venir discuter de la prévention de cette maladie au sein des communautés francophones d’ascendance africaine et caribéenne.

Pour la docteure installée depuis près de 20 ans à Calgary, il ne fait pas de doute que changer de pays est un choc culturel entraînant son lot de répercussions dans le domaine de la santé. Que ce soit au niveau des habitudes alimentaires, du fait de prendre toujours la voiture, donc de moins marcher, ou d’avoir davantage de stress, car plusieurs personnes ont parfois deux boulots, tout cela amène des prédispositions à développer divers types de cancer. 

Des conférences comme ça, c’est pour nous rappeler que c’est important de prendre soin de soi

— Dre Yvonne Kangong,

Oser parler de ses problèmes

Car au-delà de l’offre de services, un enjeu majeur demeure : l’accès à l’information. « Le grand problème qu’ont les Noirs, c’est de ne pas chercher l’information », souligne le Dr Luki, une réalité culturelle, selon lui, qui freine la prévention.

Dans plusieurs communautés, parler de maladie reste tabou. « On ne veut pas que les gens sachent que vous êtes malades », dit-il, évoquant la peur d’être perçu comme faible ou déjà condamné.

Cette réticence touche aussi la santé mentale. « Si on voit que dans la famille, il y a quelqu’un qui a un problème de santé mentale, on le traite déjà de fou », explique le Dr Luki. Résultat : silence, isolement et absence de suivi médical.

C’est précisément pour briser ces tabous que le CBEP agit.

Il faut aller parler avec les gens, essayer de leur montrer le bienfait de l’information et la prévention

— C’est le Dr Nganda Luki, qui est à la tête du Centre du bien être et de prévention.

Un travail de patience, presque de pédagogie culturelle. Le défi est grand chez les nouveaux arrivants, souvent peu familiers avec le système de santé canadien. « Les services existent, mais ils ne les recherchent pas », observe-t-il. Le Dr Luki donne l’exemple d’une femme, surprise de recevoir une invitation pour un dépistage du cancer. Elle croyait à tort qu’on lui annonçait une maladie. Et qui plus ait, son anxiété allait bon train, soupçonnant d’avoir été dénoncée. D’où l’importance d’expliquer en amont les démarches préventives.

Maman Elisabeth

Affectueusement dénommée ainsi par Nganda Luki, Elisabeth Ngandjock n’en était pas à sa première conférence orchestrée par le CBEP. Originaire du Cameroun, elle est installée à Edmonton depuis sept ans. Maman Elisabeth considère que la rencontre sur le cancer était « très utile », car, selon elle, les personnes présentes ont pu découvrir « ce qui cause cette maladie. Moi, je n’avais jamais entendu parler du cancer avec mes parents. »

Outre le fait qu’une telle conférence lui a permis « d’avoir de la lumière » sur le cancer, Mme Ngandjock est ravie que les rencontres du CBEP se déroulent en français.

Le message passe plus vite en français que par la traduction 

— Elisabeth Ngandjock

Miser sur le partenariat

Pour maximiser son impact, le Centre doit tisser des liens. « Notre organisme a besoin de partenaires », affirme le Dr Luki, qui collabore, non seulement avec le RSA ou encore l’ACFA, mais également avec des organismes d’accueil des immigrants comme l’Alliance Jeunesse Famille de l’Alberta Society (AJFAS). Quant au financement du CBEP, Dr Luki explique qu’il provient des gouvernements fédéral et provincial.

Malgré les défis, le Dr Luki reste convaincu de la pertinence de son action. Il souhaite toutefois aller plus loin en mesurant scientifiquement les retombées de ses interventions. Comment mesurer « l’impact de ce que nous faisons ? » La réponse reste ouverte.

En attendant, une chose est certaine : sur le terrain, les mentalités évoluent. Lentement, mais surement. Et pour le Dr Luki, chaque prise de conscience compte. Car derrière chaque atelier, il y a une vie potentiellement transformée — voire sauvée.

Lexique

Stress : réaction physique et mentale naturelle face à une menace ou un défi pouvant entraîner divers symptômes, comme la fatigue ou l’anxiété, mais beaucoup plus grave au fil du temps. 

Dépistage : examen préventif visant à détecter une maladie comme le cancer ou le diabète.

Déclaration IA : Le présent article a été rédigé par un journaliste. Un outil d’intelligence artificielle a été utilisé pour appuyer la transcription des entrevues. Le journaliste a vérifié l’exactitude des propos.