Tourisme et diversité culturelle

Écrit par : Étienne Haché

7 juillet 2021

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Étienne Haché, philosophe et ancien professeur au Campus Saint-Jean, publie bimensuellement une chronique « polémique et philosophique ».

Rien n’est plus simple aujourd’hui que de partir d’Edmonton ou de Calgary pour se rendre, après quelques heures d’avion, en Chine, en Europe, en Afrique ou en Amérique du Sud. Cette facilité de voyager offre ainsi une multitude d’opportunités pour des activités touristiques. 

Mais le tourisme est-il réellement compatible avec la diversité culturelle ? En d’autres termes, voyager — expérience que les Lumières appelaient le « Grand Tour » par lequel la jeune noblesse européenne complétait son éducation — est-il toujours indispensable pour favoriser la rencontre des cultures ? N’est-ce pas possible de s’ouvrir à d’autres horizons sans avoir à se déplacer ? 

S’il fallait retracer l’histoire des voyages et des grandes explorations du monde, de l’Antiquité gréco-romaine aux temps modernes, jusqu’à la découverte de la Chine, de l’Inde et de l’Afrique par les Occidentaux, nous aurions sans doute un sentiment mitigé. Le voyage a certes permis à des civilisations de survivre et de s’enrichir mutuellement. Paradoxalement, les motivations commerciales, politiques, voire religieuses et idéologiques sous-jacentes à la découverte du monde par des esprits conquérants n’ont pas toujours été des expériences heureuses pour certains peuples.

Voyager, une expérience unique

Pour la majorité d’entre nous, voyager est souvent une occasion de vacances pour se ressourcer et profiter des avantages de la mer, de la montagne et du climat. Moment de plaisir en famille ou entre amis, c’est aussi un temps pour se retrouver dans un cadre différent. Le voyage offre ainsi l’occasion de pratiquer un tourisme dans des lieux uniques et reconnus pour leur attraction. Il permet donc en quelque sorte de concilier détente et ouverture à la diversité culturelle. 

Se familiariser avec la langue locale est nécessaire pour communiquer, comprendre et se faire comprendre. D’ailleurs, les jeunes sont souvent portés à faire une immersion linguistique pour se familiariser avec le pays d’accueil. D’autre part, avant même de voyager dans une région du globe, nous nous renseignons également sur le climat qui nous attend afin de prévoir des vêtements adaptés; même si certains pays possèdent des habitudes vestimentaires assez différentes des nôtres. Arrivés sur place, nous découvrons une architecture et des habitations qui peuvent parfois nous surprendre, telles que les cases en Afrique, les pyramides en Égypte ou encore les immenses tours à Dubaï…  En gastronomie, nous devons nous adapter aux habitudes alimentaires et aux plats locaux qui contrastent souvent avec nos coutumes culinaires. Il en va de même pour les usages qui peuvent être très différents d’un pays à un autre, voire contradictoires. À titre d’exemple, le deuil. En Occident, nous nous habillons en noir, alors que dans d’autres pays, comme dans le monde arabe, les habitants portent du blanc. Enfin, nous n’accordons pas tous la même attention à l’hygiène. Cela tient tantôt au climat ou à la misère, tantôt aux moyens et aux infrastructures disponibles sur place. 

Les voyages forment la jeunesse, dit-on souvent. Comme le pensait Montesquieu, cela permet de développer une plus grande ouverture d’esprit et de mieux accepter les différences socioculturelles. Sans le voyage, nous serions refermés sur nous-mêmes, satisfaits de notre situation, mais sans doute incapables de comprendre les difficultés et les défis que rencontrent certaines populations. L’Afrique est un bel exemple. C’est un continent très diversifié mais qui est confronté à des défis qui nous échappent souvent : pauvreté, scolarité, travail, développement.

Le tourisme de masse rend le voyage superficiel

Le voyage favorise sans doute le rapprochement avec d’autres cultures. Mais la diversité culturelle peut toutefois devenir superficielle avec le tourisme de masse. Celui-ci a été développé avec les agences de voyages qui proposent des itinéraires laissant peu de place à la découverte et à la diversité culturelle. Ce genre de voyage est fait sur mesure pour les touristes, qui voyagent d’aéroport en aéroport, d’un hôtel à l’autre. Ils visitent des monuments, des musées; mangent des repas continentaux au Japon ou ailleurs; mais sans jamais avoir l’occasion de pouvoir échanger avec les gens du pays sur leurs coutumes et leur culture. Tout leur périple se fait à un rythme effréné du matin au soir, pendant des jours, tout cela afin d’optimiser les coûts. Ils repartent de leur séjour avec un descriptif du pays effectué par un guide qui n’est pas nécessairement issu de la culture locale. 

Que dire maintenant de ces touristes qui voyagent dans un autre pays dans l’unique but de profiter du soleil et de la plage ? Dévorant tout ce qui leur tombe sous la main, ils ne pensent pas à visiter les lieux, à l’exception des boutiques, des restaurants ou encore des discothèques. Ce type de tourisme irréfléchi rencontre sans doute plus facilement la population, mais n’offre pas la possibilité de connaître et d’apprécier la culture locale. Il contribue même souvent à dégrader l’environnement, se montrant peu respectueux des lieux mis à leur disposition. 

Le contexte actuel lié à la pandémie causée par la Covid-19 a incité à repenser notre rapport à la culture et au monde. En Italie ou, plus récemment en Égypte, de nouveaux moyens d’expression et de communication ont permis de faire connaître l’héritage culturel par des visites virtuelles et des vidéos, donnant même l’impression d’être sur place. Par rapport au tourisme de masse appauvrissant, nous pouvons certainement en apprendre autant, sinon davantage sur les autres cultures par la lecture, des documentaires télévisés, des conférences, par l’apprentissage d’une langue, en préparant un plat aux saveurs d’un pays. C’est peut-être même une manière plus authentique de vivre et d’expérimenter la diversité culturelle.

Faire les bons choix…

Le tourisme montre que le voyage peut être utile pour découvrir une nouvelle culture, mais pas toujours une condition suffisante et nécessaire

En effet, le voyage permet beaucoup de possibilités d’exploration du monde. Aussi, il nous transforme et nous fait prendre conscience de la richesse des autres mondes qui nous entourent. Mais l’expérience du voyage peut vite devenir quelque chose de superficiel dans les conditions d’une société de masse comme la nôtre. 

En fait, c’est à nous que revient la possibilité de favoriser la diversité culturelle par des choix intelligents et par des convictions éthiques.

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