Immigration : deux revers à la médaille de la santé

Écrit par : Gabrielle Beaupré

23 mars 2022

Boniface Bahi, professeur d’anthropologie médicale au Campus Saint-Jean. Crédit : Courtoisie
Alors que les établissements de santé manquent régulièrement d’employés, les nouveaux arrivants, diplômés dans leur pays d’origine, se voient souvent fermer la porte dans des occasions professionnelles. Entre un retour à l’université et un changement de carrière, le choix n’est jamais simple. Et comme si cela ne suffisait pas, ils se retrouvent parfois dans l’impossibilité d’obtenir des soins adéquats par méconnaissance des valeurs culturelles ou linguistiques des professionnels de la santé.
Gabrielle Beaupré
IJL – Réseau.Presse – Le Franco

 

Boniface Bahi est originaire de la Côte d’Ivoire. Professeur d’anthropologie médicale au Campus Saint-Jean, il estime que la pénurie de main-d’œuvre dans le système de santé serait la solution à l’intégration des travailleurs de la santé immigrants.

 

Le problème est que «la reconnaissance du diplôme n’est pas toujours facile».

 

Bilé David, lui aussi natif de la Côte d’Ivoire, le confirme. Même s’il n’évolue plus dans le milieu médical depuis son arrivée en Alberta, il a déjà exercé la profession d’infirmier dans son pays d’origine. À son arrivée en 2013, son diplôme ne lui permettait que de travailler en tant que préposé aux bénéficiaires. Une dévaluation de ses compétences difficiles à accepter.

 

«La reconnaissance du diplôme n’est pas toujours facile». Boniface Bali

 

Pour travailler à nouveau comme infirmier, il aurait dû retourner deux ans sur les bancs de l’université. Une situation qui n’en valait pas la peine alors que lui-même n’était plus certain de sa volonté à continuer dans cette carrière. Il a donc préféré quitter ce domaine.

 

M. David est toutefois d’avis que ce retour en classe est important. Il permet aux nouveaux arrivants de comprendre le fonctionnement du système de santé canadien qui est d’ailleurs très différent de celui de nombreux pays d’Afrique.

 

Il témoigne que «certains immigrants ne sont pas heureux de recommencer à zéro». En effet, ils doivent alors concilier leur vie familiale, leur travail et leurs études. Compte tenu de la situation, certains d’entre eux, souvent surmenés, préfèrent changer de métier.

Des pathologies tropicales

Boniface Bahi souligne que ces travailleurs de la santé immigrants ont une expertise supplémentaire lorsqu’il s’agit de diagnostiquer les maladies tropicales. Parfois, pour certaines pathologies, «la technologie ne peut pas y répondre», alors que des professionnels qui ont vécu dans un environnement pandémique particulier peuvent faire la différence.

 

Il se rappelle que lorsqu’il était étudiant à l’Université de Montréal, un de ses camarades de classe est décédé suite à un voyage dans son pays d’origine. À son retour du Gabon, il était malade. «On l’a envoyé dans un hôpital où on pouvait traiter des maladies tropicales, mais les médecins ont eu de la difficulté à reconnaître les symptômes et donc, ils n’ont pas pu poser un diagnostic.»

 

Certaines pathologies tropicales telles que la malaria sont néanmoins mieux connues par le personnel médical canadien. La médecin Michelle Dion avoue ne pas avoir rencontré souvent de personnes atteintes de maladies infectieuses dans son cabinet.

 

Elle se souvient que le peu de fois où elle a rencontré un nouvel arrivant fiévreux, son premier réflexe était de penser à la malaria. «Les immigrants vont aussi souvent penser qu’ils l’ont. Il y en a qui l’ont déjà fait et ils connaissent très bien la maladie.»

Des enjeux culturels et linguistiques

Le rapport entre le professionnel de santé et son client peut être parfois confronté à des enjeux culturels en raison d’une «différenciation des valeurs», explique Boniface Bahi.

 

Pour illustrer son propos, il raconte une situation qui est déjà arrivée à l’un de ses confrères.

 

Ce dernier est un gynécologue. Un couple originaire de l’Afrique centrale vient le rencontrer dans son bureau. Il interroge la femme sur son état de santé, mais celle-ci ne répond pas. Dans l’incompréhension, il préfère faire appel à une de ses collègues pour tenter de nouer le dialogue et comprendre. «Dans sa culture, la patiente ne pouvait pas dire certaines informations en présence de son mari. Comme il était dans la pièce, elle ne pouvait pas parler.»

 

Par ailleurs, certains immigrants qui arrivent en Alberta ne parlent pas l’anglais. Se rendre à une consultation médicale devient parfois complexe. Les professionnels de la santé francophones ont une certaine sensibilité à ces difficultés et essaient de faciliter l’accès aux soins.

 

Dans les bureaux de Michelle Dion, les réceptionnistes ne parlent pas un mot de français. Cela ne l’empêche pas d’accueillir des patients francophones. Elle facilite l’accès à la prise de rendez-vous grâce aux réseaux sociaux.

 

«J’ai seulement cinq de mes patients qui me disent qu’ils veulent planifier un rendez-vous. Ça n’arrive pas souvent.» Dès qu’elle voit une notification de leur part, elle avertit les réceptionnistes qui appellent les patients en utilisant le 811 et les services d’interprétation afin de faciliter la communication.

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